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La gouvernance dans l’impasse

Les choix politiques à l’origine de la crise économique

Réunion du Conseil des ministres, mercredi dernier. © D.R.

Établir une similitude entre la situation financière et économique des années 90 et la situation actuelle, c’est dresser, d’emblée, un état des lieux alarmiste qui équivaut à un terrible aveu d’échec.

“Il appartient donc à chacun de nous, par-delà tout clivage, y compris politique, de s'associer à la préservation de l'indépendance économique et financière du pays par l'adhésion aux réformes et aux efforts que cela requiert”, a précisé le président de la République, mercredi dernier, lors du Conseil des ministres consacré à l’examen et à l’adoption du plan d'action du gouvernement. Pourtant “l’entre-soi” qui a présidé à la confection en cercle restreint dudit plan sous-entend, d’emblée, l’exclusion des autres. Tous les autres. Faute d’avoir des interlocuteurs dont ils pourraient, éventuellement, apprécier les qualités en s’inspirant de leurs critiques, nos dirigeants ont préféré ainsi s’entendre parler, rechignant toujours autant au débat. Exit donc le dialogue. Seule l’adhésion de tous est exigée. Cela dit, établir une similitude entre la situation financière et économique des années 90 et la situation actuelle, c’est dresser, d’emblée, un état des lieux plutôt désespérant, un terrible aveu d’échec politique. L’embellissement sans précédent des prix des hydrocarbures aurait dû nous faire entrer de plain-pied dans la modernité et dans l’économie de la connaissance, mais c’est l’inverse qui s’est produit.
Le processus dit de mutation de notre économie est devenu erratique sous les coups de boutoir de ce qu’il est convenu d’appeler “la mafia”. Il traduit en tout cas une relation complexe entre une volonté politique affichée et une réalité politique, économique et sociale qui impose son rythme aux réformes et modifie ou ajuste constamment et indéfiniment leurs contenus. Grâce à la manne énergétique, on aura  surtout importé de tout. Absolument tout. Notre nourriture, nos biens d’équipement et même nos monuments.
On a même parfois importé “du n’importe quoi”, juste pour faire évader des capitaux. Bref, si on avait voulu couler l’économie, on ne s’y serait pas pris autrement. Les faits sont têtus : par exemple, toutes les actions vouées à la bancarisation de l’économie et la mobilisation de l’épargne nationale ont buté sur l’absence d’un véritable marché financier et sur une faiblesse de l’autorité de l’État. Mais l’État peut-il se prévaloir de quelque autorité lorsque ceux qui parlent et agissent en son nom œuvrent à leur propre isolement politique ? On peut toujours trouver des circonstances atténuantes au pouvoir en avançant que la crise actuelle résulte d’une situation politique héritée à l’indépendance du pays lorsqu’il avait été décidé d’instaurer le parti unique dont la survivance se traduit encore de nos jours dans la gestion quotidienne de nos gouvernants. La problématique du sous-développement étant, par ailleurs, bien connue, nul besoin de s’attarder sur ses mécanismes dûment identifiés depuis longtemps, comme la corruption ou encore l’absence de contrôle populaire par le biais d’une représentation parlementaire légitime et crédible. Cela fait, ainsi, des années que l’on nous parle de la diversification de l’économie et même de l’après-pétrole, et pourtant notre PIB (hors hydrocarbures) reste parmi les plus bas au monde. Avec l’enclavement intérieur, son pendant, l’extraversion de l’économie nationale continue à freiner les capacités créatrices des Algériens et notamment l’émergence d’un tissu économique compatible avec les ambitions que peut raisonnablement nourrir un pays souverain.
Partant de ce constat, on peut donc affirmer que les différents gouvernements qui se sont succédé sous l’ère de Bouteflika, au nombre de 18 en 18 ans, — autre signe d’une instabilité politique qui ne dit pas son nom — ont tous failli. Aujourd’hui même, si l’on interrogeait le simple quidam sur la grave crise financière qui s’annonce en Algérie, il répondrait que, jusqu’à présent, rien n’a été fait par les pouvoirs publics pour l’éviter.
Le pays est donc malade... malade de ses dirigeants ! Car de l’avis général, ce sont principalement les méthodes des gouvernants qui génèrent le plus d’incertitudes dans ce pays. La régression économique a donc une origine politique. Et l’on sait que les mêmes causes, voire les mêmes hommes, produisent les mêmes effets.


Mohamed-Chérif Lachichi

 


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