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En dépit des assurances du ministre de la Santé

Les députés craignent une remise en cause de la gratuité des soins

Mokhtar Hasbellaoui, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. ©D. R.

Après l’audition du premier responsable du secteur, la commission des affaires sociales et de la santé de l’APN poursuivra les consultations et recevra dans les prochains jours tous les syndicats du secteur.

Le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Mokhtar Hasbellaoui, s’est voulu rassurant à l’endroit des représentants des partis politiques siégeant dans la Chambre basse du Parlement quant aux craintes exprimées au sujet de l'abandon de la gratuité des soins et de la privatisation des établissements hospitaliers, en affirmant que l'État “ne renoncera jamais à cet acquis”. Lors de son passage devant la commission des affaires sociales et de la santé de l'Assemblée populaire nationale (APN), M. Hasbellaoui avait beau souligner que la gratuité des soins constituait “l'un des acquis irréversibles”, mais c’était compter sans l’adversité et l’esprit critique des députés de l’opposition, qui ne demandaient qu’a être convaincus de cette démarche, à l’instar de la députée du Parti des travailleurs, Nadia Chouitem, auteure de plusieurs questions se rapportant aux contradictions entre les déclarations du ministre et le contenu de ce même projet de loi, au sujet, notamment, de la gratuité des soins et de l’amélioration du système de santé, et du rôle de l’État. Selon elle, “ce projet de loi consacre clairement le désengagement de l’État, mais pas que, puisqu’il ouvre la voie directement à la désorganisation de tout le secteur de la santé. Autrement dit, nous sommes actuellement dans un secteur doté, certes, d’insuffisances, mais ce projet programme un secteur qui sera sans système de santé”. C’est partant de cette lecture qu’elle a posé des questions au ministre, mais qui “n’ont pas suscité de réponses du ministre, qui est resté évasif, vague, en réaffirmant, avec des slogans, qu’il maintient la gratuité des soins”. Elle a, à l’occasion, insisté sur le principe de la gratuité des soins dans le secteur public, en vertu de l’article 94 qui cite les catégories qui en bénéficient, à savoir les personnes en difficulté, en particulier les femmes et les enfants.
Elle constate, cependant, que dans le volet financement, il est stipulé que “l’État ne garantit le financement que pour les soins de base, les urgences, la prévention et la formation, mais les frais de soins sont à la charge de la sécurité sociale”. Autrement dit, ce sont les caisses sociales qui remplacent, dans ce domaine, le trésor public. Or, les caisses sociales ne sont pas la propriété de l’État, mais celles des travailleurs cotisants. Le ministre n’a pas répondu aussi au sujet d’un article “bizarre” selon lequel, l’État prendra en charge les frais de soins dans les établissements privés, a-t-elle rappelé encore, estimant que le présent projet de loi prépare la suppression de la gratuité des soins, en dépit des dénégations du ministre qui, “soit il ne saisit pas la portée et la gravité politique, sociale et sanitaire de ce projet de loi, soit il nous prend pour des imbéciles”, dit-elle. Cela étant, en dehors de cette question, le ministre aura fort à faire pour convaincre l’opinion publique au sujet de nombre de questions à controverse, notamment en soulignant l’urgence de mettre en place “un programme national planning familial”, mais aussi la question de l’interruption volontaire de la grossesse, en autorisant cette pratique dans seulement deux cas : lorsque la grossesse constitue un danger pour la femme enceinte ou pour l’embryon. Les syndicats de la corporation, qui ont évoqué un projet de loi criminalisant les membres de la corporation, ont exprimé un avis réfractaire à ce projet de loi en formulant leur vœu de l’amender. En tout cas, selon Mme Chouitem, la commission poursuivra ses consultations et recevra dans les prochains jours tous les acteurs du secteur de la santé, y compris les syndicats autonomes et l’Intersyndicale. Sur le principe, le président du Syndicat des praticiens de la santé publique, Lyès Merabet, qui déplore l’absence d’une concertation pour l’élaboration de cette loi de l’ensemble des partenaires sociaux, a indiqué que son syndicat prend ses distances par rapport aux déclarations du ministre, en affirmant son rejet d’être inclus dans une démarche pour laquelle il n’a pas été concerté. Et ce, avant de s’interroger : “Pourquoi avoir choisi cette période de campagne pour les élections locales, où les parlementaires sont adossés à leurs partis, et sachant qu’il y a aussi un projet de loi qui est la loi de finances 2018, qui focalise l’attention de tout le monde, et l’avoir associé au projet de la loi sur la santé ?” Tout en se disant déçu, M. Merabet a dénoncé cette démarche qui choisit la politique du fait accompli. Mais “cela ne peut pas constituer une excuse pour aller vers une loi liberticide en matière d’accès aux soins, qui rétrécit l’assiette de la prestation que nous devons assurer à nos concitoyens”. Le président du syndicat a souhaité que le débat révèle un esprit responsable et que l’essentiel soit revu, dans le sens de garantir la gratuité des soins, en affirmant qu’“un projet de loi libéral et ultralibéral ne pourra que consolider le staff privé, mais surtout aggraver la situation par rapport à la gratuité des soins pour la majorité des Algériens”.   

AMAR RAFA
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