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Printemps berbère

Les premiers jalons du combat pacifique

Né d’un arbitraire, Avril 1980 a ouvert de larges horizons à la perspective démocratique nationale. Le mérite revient d’abord à une jeune élite d’après-guerre qui a eu le génie d’inventer le combat pacifique dans un contexte politique fait de violence, d’ostracisme et de pensée unique.
Les militants politiques structurés dans la clandestinité ont su coupler la revendication culturelle et identitaire aux libertés démocratiques et à la question des droits de l’homme.
Depuis l’interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri à l’université de Tizi Ouzou le 10 mars 1980, les militants du Mouvement culturel berbère (MCB) ont décidé, pour la première fois, de poser la question amazighe et des libertés démocratiques dans le débat public et de manière pacifique. Les premières manifestations spontanées organisées les 11 et 26 mars à Tizi Ouzou et à Alger, à l’initiative de la communauté universitaire de Tizi Ouzou, ainsi que des étudiants de l’INH ont désarçonné un pouvoir autiste, autoritaire et répressif.
La répression des manifestations pacifiques n’a pas eu raison de la détermination de la militance berbériste. Bien au contraire, les milieux militants ont décidé de mener le combat à visage découvert, mais toujours pacifiquement.C’est ainsi que la marche populaire du 7 avril 1980 à Alger, dont l’appel a été rédigé par Saïd Sadi, a fédéré les forces politiques d’opposition. Ainsi, outre les militants du FFS, Mustapha Bacha, alors à l’extrême-gauche, avait accepté de distribuer l’appel dans les campus. “C’est surtout la première action publique de rue pacifique. La lutte pacifique n’existait pas dans le glossaire politique algérien”, soutient Saïd Sadi.
Le mouvement revendicatif berbère avait pris de l’épaisseur avec une adhésion populaire sans faille. Et pour cause, la grève générale du 16 avril 1980, massivement suivie par la population en Kabylie aux traditions de lutte bien ancrées, ne pouvait que rassurer de jeunes militants qui ont su traduire un héritage légué par les pionniers du Mouvement national en alternative politique fiable et crédible.L’arrestation le 20 avril 1980 de Saïd Sadi, de Mouloud Lounaouci, de Mustapha Bacha, de Saïd Khelil, de Djamel Zenati et de leurs camarades avait suscité un large mouvement de solidarité et de mobilisation populaire qui a abouti à la libération, le 26 juin 1980, des 24 détenus du MCB.

Le flambeau des artisans d’Avril 80 est aujourd’hui repris avec conviction et détermination par une jeunesse engagée, formatée aux standards universels et hors de portée du logiciel du système dont le départ est exigé par tout un peuple en marche vers son destin. “La graine d’Avril 80 a fait éclore les nouvelles formes de lutte qui animent les revendications historiques d’aujourd’hui”, selon le Dr Sadi.
Les manifestations pacifiques qui ont fait irruption depuis le 22 février sont la preuve que la graine de l’espérance semée au Printemps berbère a porté ses fruits et que le flambeau des “aînés” a été repris par la jeunesse qui a échappé aux sirènes d’un pouvoir disqualifié et condamné par l’Histoire.

Au-delà des jalons de Tafsut Imazighen, les citoyens, notamment les étudiants, dans un réflexe de lucidité, se réapproprient avec ferveur les repères de la mémoire militante. Ce combat mémoriel a mis en échec les manœuvres du pouvoir à disqualifier l’insurrection citoyenne en isolant la jeunesse algérienne des pionniers du combat politique pacifique.
 

Yahia Arkat


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