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A la une / Actualité

Mohamed Taïbi, docteur EN socio-anthropologie

“L’espace électoral n’a pas enregistré de grandes évolutions”

© D.R.

Dans cet entretien, Mohamed Taïbi, docteur en socio-anthropologie, conférencier dans les instances européennes et auteur de plusieurs ouvrages, revient sur les élections locales de jeudi dernier.

Liberté : Quelle lecture faites-vous des résultats des élections locales qui se sont déroulées jeudi dernier ?
Mohamed Taïbi : L’on note une maturation réelle dans l’espace public. Beaucoup de questions ont été posées. Enormément de critiques ont été apportées sur la scène politique. Il est également constaté un manque d’engagement de la part des formations politiques. Le sens des discours ainsi que les idées développées n’ont pas été souvent bien saisis par la population. Une chose est certaine, ces élections répondent à une tendance : le pays est traversé par des courants d’idées. Le pays évolue ainsi dans toutes ces différences que le scrutin fait ressortir. Ce qui est confirmé à chaque fois par les données chiffrées. L’on peut citer la partie littorale du pays où le taux d’abstention est plus élevé que la région du Sud ou les Hauts-Plateaux. L’autre lecture de ces résultats est que la couche des jeunes, surtout la plus instruite, a exprimé son mécontentement quant à la nature de la gouvernance actuelle. Il faut tenir compte, par ailleurs, de la pratique partisane et de ce qu’elle produit dans le champ public. Aussi, prendre en considération les élites et les compétences qui produisent des idées à même de structurer les opinions et qui les poussent à voter selon leur choix et leurs différentes tendances. Ce sont là, les deux principes de la sociologie électorale. Et tout ce qui sort de ce contexte n’est que pure spéculation politicienne qui, parfois, devient, faussement, une pensée électorale. C’est ainsi que l’on fait de la question de l’abstention un problème politique alors qu’il s’agit d’une expression populaire sur l’offre et les propositions émanant des partis politiques. La tendance globale que dégage ce vote est qu’il s’agit d’un pays qui opte pour une mutation douce, pragmatique, mais qui doit s’adapter à la crise. Ces élections ont montré que la société, au-delà de ce qu’elle choisit, est tout de même présente. En tout cas, participer aux élections, est la meilleure manière de pousser les décideurs à bien réfléchir et à prendre en charge les doléances des citoyens.  

À la lumière de ces résultats, la cartographie politique a-t-elle subi des changements ?
La carte politique n’a pas évolué sensiblement. L’espace électoral n’a pas enregistré de grandes évolutions. L’on dénote une certaine monotonie dans la représentation partisane. Les citoyens de l’Algérie profonde votent essentiellement FLN et relativement RND. En Kabylie, les deux partis RCD et FFS sont, traditionnellement, ceux qui raflent la mise. L’autre constatation est que l’on ne vote pas ouvrier. C’est-à-dire, l’on ne recense pas l’émergence d’un grand syndicaliste dans ce vote. En termes plus clairs, le conformisme électoral reste toujours de mise. Les utopies politiques n’ont pas été rendez-vous.       

Comment expliquez-vous ce net recul des partis islamistes dans ces élections ?
Les partis enracinés par l’histoire sont présents. Ceux ancrés par l’identité ou la modernité aussi. Ces formations ont préservé leurs forces. Mais l’on relève une banalisation de l’élection islamiste. L’une des raisons de ce constat, est que ces partis n’arrivent plus à mobiliser. L’autre hypothèse : il y a une remise en cause du projet islamiste dans le monde musulman. Le paradigme de l’islamisme politique est en net recul. Ce fait est observé particulièrement dans les pays qui ont une bonne expérience dans la lutte contre le terrorisme. Ceux qui ont combattu le terrorisme avec rigueur, telle l’Algérie. Les gens ont compris que le discours qui mène vers les paradis incertains ne convainc plus en Algérie. Globalement, la société choisit la stabilité et le pragmatisme, mais cela ne l’empêche pas pour autant d’exprimer son mécontentement sur certaines questions.

L’on dénombre cependant, plus de 1,8 million de bulletins nuls dans ce scrutin…
C’est immense ! Cela est considéré comme un signe très significatif dans la lecture sociologique des élections. Cela veut dire qu’il y a 1,8 million d’Algériens qui vont aux urnes, qui s’expriment, mais qui disent, dans le même temps, que nous ne voulons pas de ces candidats.  C’est un message envoyé à l’adresse des partis politiques. Les votants veulent dire que les candidats proposés ne sont pas ceux qu’ils souhaitent voir se présenter aux élections. Mais ils avouent que participer au vote est un devoir civique.   

Quel impact aura ce scrutin sur les prochaines élections, notamment la présidentielle de 2019 ?
Ce vote se veut, en effet, une préparation pour les prochaines joutes électorales dans ce sens qu’il donne des indicateurs sur la tendance politique de l’Algérie. Il peut être considéré aussi comme un baromètre de ce que sera l’opposition en 2019. Une opposition qui a montré ses limites et qui n’arrive plus à se battre. Avec les résultats de cette élection, l’on se dirige vers une reconfiguration électorale fondée sur des référents. L’un de ces référents est laïco-moderniste, il dispose de son électorat au nord du pays. L’autre est nationaliste démocratique traditionnel composé foncièrement du FLN et du RND. Le troisième pôle englobe les islamistes. Je pense que le pays commence à s’organiser progressivement et à son insu. Ce qui va peser énormément dans les prochaines élections.      


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