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Le Dr Nabil Mellah, DG des laboratoires Merinal, membre de l’Unop

“L’exonération des opérateurs de l’instruction bancaire s’impose”

© D.R.

Liberté : Comment évaluez-vous l’impact de la mesure de la Banque d’Algérie, un mois après sa mise en œuvre ?
Le Dr Nabil Mellah : En fait, il y a quelques années, la lettre de crédit obligatoire avait été imposée aux opérateurs, et cette année, l’on impose un nouveau mode de paiement pour le moins assez original, à savoir 120% moins 30 jours. Mais soyons positifs malgré tout, et disons-nous qu’au moins cette fois-ci, les industriels ne sont pas concernés, il y a donc une amélioration si j’ose dire. On note également un léger mieux en termes de délais de mise en place, puisqu’on passe à 8 jours au lieu de 2 à l’époque. Pour ce qui est de l’impact, l’on notera avant tout l’augmentation des frais financiers des entreprises algériennes.  Auparavant, ces dernières payaient leurs fournisseurs au bas mot à 90 jours ; du fait des 30 jours obligatoires avant expédition, elles devront assumer les frais financiers de ce quadrimestre perdu au moins ; ceci correspondra à environ 4 à 5% TTC, la TVA dans notre secteur étant très difficile à recouvrer. Évidemment, les fournisseurs étrangers, qui seront dorénavant payés à vue, et donc sans délais, verront, eux, leurs frais financiers baisser. Cette augmentation des frais financiers pose deux problématiques : la première concerne le médicament dans la structure des prix auquel il n’y a aucun moyen d’incorporer ces frais financiers, puisque cette structure de prix est réglementée et figée. Il s’agira donc de pertes sèches que les entreprises algériennes devront assumer.

La deuxième concerne les marchés publics passés avant cette mesure : ces frais financiers n’ayant pas été intégrés par les fournisseurs locaux, ils devront également trouver des solutions, avant de devoir augmenter leurs prix.
Une autre problématique s’ajoute à ces considérations financières, et elle concernera principalement la disponibilité des produits, au cas où les entreprises se retrouveraient en manque de liquidités ou de lignes de financement.

Y a-t-il risque de pénurie de médicaments ?
Au-delà du risque de défaillance des producteurs qui ont également une activité d’importation, le risque de pénurie est, bien entendu, augmenté.
L’environnement financier et logistique de l’industrie pharmaceutique est déjà très contraignant, et, évidemment, toute mesure qui viendrait le bureaucratiser encore plus ne peut qu’augmenter les risques de pénurie.
L’obligation de pré-domiciliation de 30 jours avant l’expédition rend donc de fait l’approvisionnement d’urgence impossible.
À cela, il faut ajouter que pour de nombreux produits pharmaceutiques, tels que les dispositifs ou les consommables médicaux, que les hôpitaux payent dans un délai d’un an, il est habituel que le fournisseur étranger assume avec son partenaire algérien une partie des stocks de sécurité afin d’être en mesure d’effectuer des livraisons immédiates en cas de besoin. Ce mode de paiement va rendre la participation du fournisseur étranger au financement des stocks locaux impossible. De ce fait, ces derniers diminueront obligatoirement et le risque de rupture ne pourra qu’être augmenté.
La direction de la pharmacie a, d’ailleurs, été informée de cet état de fait.

Que préconiseriez-vous pour éviter la pénurie ?
Avant tout, il faut réfléchir aux motivations d’une telle décision, tant il est inconcevable que le but soit d’augmenter les frais financiers des Algériens et réduire ceux des étrangers.
L’on peut penser que la mise en place de cette mesure a pour objectif de réduire certaines importations qui sont superflues pour l’Algérie en cette période de crise, et peut-être de forcer les opérateurs exerçant dans l’informel à bancariser leurs ressources pour financer leurs importations.
L’informel étant quasiment inexistant dans notre secteur, de l’avis même de nos autorités, et le produit pharmaceutique ne pouvant être considéré comme superflu, il est évident que la meilleure chose à faire pour anticiper ces ruptures serait d’exonérer notre secteur de ces mesures. En ce qui nous concerne, nous pouvons aisément en voir les effets négatifs sans pour autant leur déceler un intérêt pour l’économie nationale.    


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