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Reconduction de Bouteflika pour un nouveau quinquennat

L’insoutenable statu quo politique

L’élection présidentielle 2019, un scrutin crucial pour l’Algérie. © D. R.

Après une longue période de tergiversations, de suspense et de spéculations, les partis du pouvoir passent à l’acte.

Les partis de l’Alliance présidentielle s’apprêtent à lancer avant l’heure, ce week-end, la campagne électorale pour la “réélection” d’Abdelaziz Bouteflika, plus que jamais amoindri par la maladie, pour un 5e mandat à la tête de l’État. Une action qui écorne, de nouveau, l’image du pays. Tout est mis en place : les partis de la “majorité présidentielle” lanceront, officiellement, cette campagne à partir de samedi. Avant cela, ils se rencontreront samedi au siège du FLN pour coordonner leurs actions et accomplir la campagne électorale par procuration comme ce fut le cas en 2014.
A priori, rien de nouveau n’est à signaler sous le soleil du régime Bouteflika et de ses adeptes. Mais les formations politiques, désormais renforcées par le MPA qui va mettre fin, lui aussi, dès ce week-end, à ses hésitations, ne semblent pas se soucier de l’obstacle que peut constituer la maladie handicapante du chef de l’État et de l’image de l’Algérie sur la scène internationale.
En adoubant un homme malade, les partis du pouvoir prennent donc le risque de plonger le pays dans l’inconnu.
Cela fait sept ans que le chef de l’État, reconduit en 2014 malgré sa lourde maladie, ne s’adresse plus aux Algériens, ne reçoit que rarement des personnalités étrangères et ne se déplace plus pour représenter l’Algérie à des rencontres internationales. Les réunions du Conseil des ministres, censées adopter les lois importantes pour la gestion du pays, deviennent épisodiques. Autant dire qu’en dehors des images que diffusent les médias officiels, le chef de l’État n’assume plus ses fonctions, pourtant bien définies dans la Constitution.
En dehors des rares Conseils des ministres qu’il préside accessoirement, il est quasiment absent des affaires publiques. De fait, une vacance du pouvoir. Depuis des années, des acteurs politiques, notamment ceux de l’opposition, tirent la sonnette d’alarme sur la réalité de la gestion des affaires de l’État.
Des hommes au long parcours dans les arcanes de l’État, tout comme des militants politiques, ont mis en garde contre l’accaparement de “forces anticonstitutionnelles” des leviers de décisions. Ali Benflis, Louisa Hanoune, Mohcine Belabbas et les animateurs du mouvement Mouwatana ont affiché publiquement cette crainte.
Une peur accentuée par la lecture du message, le 27 novembre dernier, devant les walis, et attribué au chef de l’État. Beaucoup d’observateurs ont, en effet, relevé le caractère belliqueux et outrancier du message. La secrétaire générale du Parti des travailleurs avait même cru déceler l’empreinte du Premier ministre, Ahmed Ouyahia.
Cette situation pousse des observateurs à penser que présenter Abdelaziz Bouteflika dans les conditions actuelles serait un geste de trop.
À en croire les proches du chef de l’État, l’annonce de la candidature ne saurait tarder. “Ce sera la semaine prochaine”, a annoncé le porte-parole du RND, cité par TSA. Seddik Chihab n’est pas connu pour être un des hommes qui détiennent les secrets du Palais. Mais sa proximité avec le Premier ministre et ses déclarations récentes laissent penser que le député de la capitale est mis dans la confidence.
Chihab s’est même avéré être un des porte-parole les moins gênés du système : il affirme que la santé du chef de l’État ne constitue plus un obstacle. Pis encore, le régime ne cache plus ses intentions. Il assume le lourd handicap du chef de l’État.

Un nouveau mandat à blanc pour l’Algérie
Ces assertions des soutiens d’Abdelaziz Bouteflika laissent penser que la gouvernance par procuration est un fait. “Nous savons tous que l’état de santé du président Bouteflika n’est pas le même que lors des précédents scrutins. Mais depuis l’élection de 2014, nous n’avons pas remarqué que sa maladie constituait un obstacle dans l’accomplissement de ses prérogatives constitutionnelles”, affirme Seddik Chihab.
Au-delà de cette situation de blocage dans laquelle se trouve le pays, la reconduction d’Abdelaziz Bouteflika pour un nouveau mandat présidentiel ne peut être perçue, par l’opinion publique, que comme une incapacité des composantes du pouvoir à se mettre d’accord sur un candidat consensuel qui préserverait les intérêts de tout le monde. “C’est le seul homme qui fait consensus”, avait affirmé Chihab Seddik, seul parmi les soutiens du chef de l’État à dire les choses crûment. Car si l’idée d’un plan B a été évoquée à un certain moment, elle a vite été abandonnée. L’option d’accompagner le chef de l’État pour un mandat à vie semble être la seule solution immédiate qui se présente à tout ce magma d’hommes et de femmes qui constituent aujourd’hui le système politique algérien.
Cela rappelle, en effet, le scénario du 4e mandat. Alors que le chef de l’État était déjà dans une situation sanitaire délicate depuis son admission à l’hôpital en mai 2013, ses partisans avaient accepté de faire campagnepour lui. D’autres noms étaient cités comme possibles successeurs. Mais l’option d’un nouveau mandat avait fini par s’imposer. “Si le président Bouteflika ne s’était pas présenté, le ciel nous serait tombé sur la tête”, avait indiqué un jour Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND. L’homme s’interrogeait, pourtant, quelques mois auparavant, sur l’utilité d’un nouveau mandat de Bouteflika pour l’Algérie. Pis encore, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Mourad Medelci, qui vient de décéder, avait même indiqué, une année avant le scrutin, que l’option d’un “4e mandat” était “une blague”. Sauf que cinq ans plus tard, cette “blague” peut en produire une autre. Avec l’amorce d’une campagne pour un 5e mandat, c’est donc un nouveau quinquennat à vide qui commence pour l’Algérie. Car, avec l’évolution de sa maladie, le chef de l’État est de plus en plus éloigné des affaires. Ce qui met en danger un pays déjà menacé par la crise économique dont le gouvernement n’a qu’une seule solution : la planche à billets avec tous les risques que cela peut engendrer.

 


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