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Abdelaziz Rahabi, hier, au forum de “liberté”

“L’institution présidentielle est en crise”

Abdelaziz Rahabi, hier, au Forum de “Liberté”.

L’Algérie n’est pas seulement un marché formidable pour les productions étrangères, on veut en faire aussi un “bon gendarme”.

En abordant la politique étrangère du pays, l’invité de Liberté, Abdelaziz Rahabi, soucieux des convenances, n’a pas manqué de signaler, hier, la présence parmi l’assistance d’Ahmed  Attaf, ancien chef de la diplomatie algérienne,  dont il dit parler sous son contrôle. Pour lui, “la sous-représentation actuelle de l’État algérien” est préjudiciable au pays. “Il y a une crise de l’institution présidentielle puisqu’on l’appelle ainsi, chez nous. Le pays s’est construit autour de cette institution. Et quand celle-ci tombe en panne, c’est tout le pays qui suit. Occulter l’affaire de la vacance du pouvoir en Algérie, c’est occulter l’essentiel !” À l’instar de nos grands-mères, le brillant diplomate de carrière soupçonne, lui aussi, qu’il y a forcément, quelque part, un transfert des pouvoirs du chef de l’État vers des centres de décisions occultes. Et ce ne sont sûrement pas les images fabriquées qu’on nous montre, de temps à autre, qui changeront d’un iota cette intime conviction. “Le chef de l’État reçoit actuellement des ambassadeurs étrangers dans le désordre où le dernier arrivé est le premier reçu”, note-t-il. À l’entendre les entorses au protocole et aux usages diplomatiques sont légion. Par ailleurs, le chef de l’État reçoit régulièrement le chef d’état-major pour aborder l’aspect sécuritaire et délivrer ensuite un message qui, selon lui, a tout l’air d’“un chantage à la stabilité”. L’hypercentralisation du pouvoir et l’absence de débat démocratique peuvent être mesurées, d’après lui, par le nombre de lois votées par le Parlement soit à peine 27 textes. Un chiffre dérisoire si on le compare aux 600 lois marocaines ou encore aux 1 200 lois votées ou amendées en France.
De ce point de vue, le “dynamisme” de nos députés ne peut être que celui de véritables chômeurs de luxe. “De toute manière, ils se considèrent comme le prolongement de l’Exécutif et jamais comme un contre-pouvoir.” Comme pour la diplomatie, l’ancien ministre de la Communication regrette également que la question énergétique soit devenue à son tour “un sujet tabou”. “Tout se décide en dehors des institutions comme par exemple le Conseil de l’énergie.” Si la production n’augmente pas, cela indique, selon Rahabi, “notre incapacité à produire davantage ou à promouvoir des énergies alternatives”.
Le plus grave, néanmoins, est que notre consommation s’accroît, elle, chaque année de 10%. “À partir du moment où l’on a décidé de subventionner l’énergie, nous subventionnons par conséquent tous les autres produits”, souligne-t-il, à juste titre. Il ne manquera pas, non plus, de préciser que cette générosité de l’État-providence algérien profite même à ses voisins. “Avec ses 28 milliards de dollars transferts sociaux, le gouvernement n’achète pas la paix sociale, il ne fait que la louer.”

Qui alimente le feu aux frontières ?
Ce qui chagrine par-dessus tout ce membre influent de la CNLTD, c’est qu’on assigne aujourd’hui à l’Algérie le rôle de “gendarme” avec la double mission de protéger et nos frontières et celles de nos voisins fragiles. “Cela exige des hommes, beaucoup de moyens et de la vigilance. Il s’agit donc d’une guerre d’usure.” “Personne ne vient investir chez vous alors qu’on propose de vous ériger au rang de puissance régionale.” D’après lui, et nos grands-mères en conviendront,  il y a comme quelque chose qui cloche. Car “la véritable force, c’est produire”.
Rahabi rappellera, ainsi, en présence de l’ancien ministre des Affaires étrangères Ahmed Attaf, que le terrorisme est un phénomène transfrontalier. “Nous n’avons pas inventé le terrorisme. Nous n’en sommes pas responsables,  nous en sommes victimes !”, précise l’orateur en guise de mise au point. “Nous n’avons aucune responsabilité dans cette menace contre la paix mondiale. Il s’agit d’une préoccupation de toute la communauté internationale dont une implication plus grande est souhaitée.” D’après lui, la sécurité régionale n’est pas seulement de la responsabilité de l’Algérie. “On n’a pas à payer la facture. D’ailleurs, nous n’avons ni les moyens ni la prétention d’avoir ce statut de puissance régionale.” Il rappellera que la France au Mali avait sollicité l’aide matérielle des Américains pour transporter ses troupes. “Les dirigeants français sont soumis au contrôle de la dépense publique, ils ne peuvent s’autoriser à engager, comme bon leur semble, leurs économies.”
Aussi, considérer l’Algérie comme un partenaire puissant et incontournable, cela titille en particulier l’ego de nos dirigeants qui n’hésitent pas à utiliser, selon lui, ces flatteries en politique intérieure. “Est-ce seulement notre budget d’armement ou notre expérience de la  lutte contre le terrorisme qui autorise les puissances occidentales à nous conférer ce statut ?”, s’interroge-t-il. D’après Rahabi, l’Algérie n’est pas simplement un marché formidable, un débouché pour de nombreuses productions étrangères, c’est devenu aussi “un bon gendarme”. Il est vrai qu’avec 6 340 km de frontière avec 7 pays voisins dont certains sont en proie au terrorisme, la situation comporte, en effet, quelques exigences importantes. “Mais de là, à se servir de cette situation pour faire du marketing intérieur ou encore exercer un chantage sécuritaire sous l’œil complaisant des puissances occidentales, cela est inacceptable.” 
Un exemple digne de Machiavel, notre situation diplomatique au demeurant fragile serait devenue un atout pour rester au pouvoir. “La diplomatie et la situation sécuritaire sont utilisées comme des outils de politique intérieure. La diplomatie est censée refléter la nature de la réalité nationale, elle est devenue aujourd’hui la justification de cette réalité.” Rahabi reproche aux Occidentaux de ne pas être “regardants” ni sur la nature ni sur la profondeur des réformes qu’on prétend mener. Il les soupçonne même de s’arranger de cette absence de contre-pouvoir. “On nous demande d’investir dans la sécurité à nos frontières. Comme au Pakistan…”, conclut-il, rappelant que la France au Mali a sollicité l’aide matérielle des Américains pour transporter ses troupes. “Les dirigeants français sont soumis au contrôle de la dépense publique, ils ne peuvent s’autoriser à engager, comme bon leur semble, leurs économies. Nous, en revanche, nous n’avons plus aucune ambition ni politique, ni économique, ni éducationnelle, ni de développement. Notre agenda est déterminé, désormais, que par des tensions aux frontières.” Interpellé par l’absence de réaction face aux déclarations du roi du Maroc qui semblent être mal vécues par l’opinion, Rahabi remet les pendules à l’heure. “Avec leur quasi- insularité, les Marocains se sentent comme encerclés. Leurs officiels tiennent souvent un discours inamical et belliqueux à l’endroit de l’Algérie. Un ami me faisait remarquer qu’on se sent bien seul et presque comme orphelin, lorsque l’on constate que l’Algérie n’a pas répondu dans les formes adéquates au roi du Maroc c'est-à-dire au niveau du chef de l’État.”
La réponse de Rahabi a consisté à tirer le constat que l’Algérie n’est plus tirée par “un destin collectif”. “La diplomatie est, certes, un domaine réservé au chef de l’État. C’est une façon de faire algérienne, c’est même un principe constitutionnel. Le problème est que le nôtre s’en sert pour améliorer son image et non pas celle de l’Algérie”. D’après lui, le consensus national autour de la défense et de la diplomatie c’est “l’affaire de tous les Algériens”. Il fera même à ce sujet la comparaison avec le Maroc qui a vu son consensus national s’élargir de façon notable autour de la politique étrangère. “Nous, on est revenus à la diplomatie du maquis.”

À quoi joue le FFS ?
Invité à revenir sur “l’appel au peuple algérien” lancé symboliquement le 1er novembre par la CNLTD et dont il est l’un des rédacteurs, Rahabi considère que, désormais, “le peuple est pris à témoin” sur la gravité de la situation. “Nous proposons aussi une sorte de crise”, s’empresse-t-il de préciser. Il réitérera à ce sujet sa confiance dans le bon sens populaire. “Le peuple a toujours été acteur de son histoire. Il est dépositaire de la souveraineté nationale. Le peuple voit aujourd’hui l’injustice, la répartition inéquitable des richesses nationales…”. 50% d’abstention électorale est pour lui un indicateur probant de la faible adhésion à la politique du gouvernement et l’expression d’une demande de changement. “Nous avons voulu convaincre les Algériens avant de convaincre le pouvoir politique qui, lui, a ses certitudes. Frappé par le syndrome du Printemps arabe, le pouvoir ne réagit en Algérie qu’à la pression exercée notamment par la rue qui est, veuillez le noter, un espace d’expression comme un autre. Il n’y a pas lieu de faire peur aux Algériens. Nous, on parle de consensus et de dialogue avec le pouvoir et non pas avec la rue.”  Interrogé au sujet de la proposition du FFS quant à la tenue d’une conférence nationale, Rahabi avertira, d’emblée, que sa réponse sera “très peu diplomatique”. “Vous savez, créer un abcès de fixation, n’est pas pour ainsi dire une idée neuve ni même très originale. Après l’effondrement du mur de Berlin, le général Kérékou a lancé au Bénin l’idée d’une conférence nationale souveraine. Souveraine, je précise bien, car le FFS  ne le dit pas. Souveraine cela veut dire que le gouvernement donne un mandat à cette conférence.” D’après lui, cette idée de conférence est venue surtout donner un “sursis” au pouvoir en place et surtout pas pour “transformer le pays”. “Cette initiative est venue parce que le pouvoir craint un printemps algérien”, accuse-t-il le FFS, sans ambages. C’est une idée, selon lui, très parisienne car elle est inspirée du célèbre discours de La Baule qui énonçait une sorte de “prime à la démocratie”. Il trouve cette idée  “pas très claire”.
Il rappellera que le FFS a participé à la conférence de Mazafran qui demandait explicitement une transition “c'est-à-dire passer d’un système autiste comme le nôtre à un système démocratique”. Une idée à laquelle le FFS avait pourtant adhéré. “N’apportant pas un plus à la plateforme du Mazafran qu’il a signée, le FFS aurait dû adresser sa proposition au pouvoir et non pas à l’opposition qui demande précisément une transition démocratique.” Rahabi soupçonne même que cette initiative est destinée à fragiliser le consensus qui s’est fait jour au sein de l’opposition en apportant “une bouée de sauvetage” à un pouvoir déclinant. “Le document du Mazafran est consensuel car il a réussi à fédérer toute l’opposition. Cela ne s’était jamais produit depuis 1962. C’est un produit enfanté par la crise politique algérienne, c’est un acquis important. On avait l’habitude d’ériger des murs entre les partis et là vous avez une convergence autour d’idées de liberté et de justice.” Il révélera qu’au sein de l’instance de concertation et de suivi de l’opposition de la CNLTD, il a été entamé des consultations afin de donner “une réponse unifiée au FFS”. L’Instance aurait convenu ainsi, d’adopter “une seule attitude” qui sera rendue publiquement prochainement “pour clore ce dossier et passer à autre chose”. Quant à la fameuse “feuille blanche” que le FFS voulait remplir, celle-ci ne peut être, selon Rahabi, que de l’apanage du pouvoir. “Aâryane fi aâryane maytlaqaw ghir fel hamam”, a-t-il conclu en paraphrasant le défunt Habib Bourguiba qui, lui, s’exprimait sur la création de la Ligue arabe dont on connaît aujourd’hui le sort.


M.-C. L.

Publié dans : algerie,rahabi

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