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La Turquie s’apprête à envoyer des troupes militaires à Tripoli

Menace d’escalade en Libye

Fayaz el-Sarraj (à gauche), chef du gouvernement libyen, et Recep Tayyip Erdogan, président de la République de Turquie. © D.R.

Il n’est pas exclu que le conflit libyen déborde sur tout le voisinage, à commencer par le Sahel où la situation sécuritaire au Mali, au Burkina Faso, en Centrafrique et au Niger est déjà des plus incertaines. La Libye, devenue un véritable bourbier, a besoin d’une solution politique pour le règlement de sa crise qui n’a que trop duré. Envoyer des troupes militaires sur le sol ne fera qu’alimenter le chaos et exacerber davantage les divisions entre les différentes factions libyennes.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé jeudi le vote, dès janvier prochain, d’une loi permettant l’envoi de troupes militaires en Libye, en soutien au  Gouvernement d’union nationale (GNA). Cette annonce faite au lendemain d’une visite surprise en Tunisie risque d’exacerber davantage les tensions dans un pays déjà théâtre d’une guerre par procuration entre l'Arabie saoudite, l'Égypte, les Émirats arabes unis, soutenant le général à la retraite Khalifa Haftar, d'une part, et le Qatar et la Turquie, soutenant le gouvernement de Fayaz el-Sarraj, d’autre part. Officiellement, le chef de l’État turc a indiqué que cet “engagement” répond à une demande des autorités libyennes (GNA) portant sur une aide militaire de la Turquie afin de faire face à l’offensive meurtrière des troupes du général Haftar sur la capitale Tripoli, lancée le 4 avril dernier.
“Puisque nous y sommes invités, nous répondrons à cette invitation. Dès la réouverture du Parlement (début janvier) nous présenterons notre résolution concernant l’envoi de nos soldats”, a déclaré le président turc, jeudi. En réalité, la Turquie, qui a déjà ratifié à la mi-décembre un accord de coopération militaire avec le gouvernement de Tripoli, veut étendre la sphère de son influence en Méditerranée orientale notamment, riche en hydrocarbures. Mais à quel prix ? La Libye, devenue un véritable bourbier, a besoin d’une solution politique pour le règlement de sa crise qui n’a que trop duré. Envoyer des troupes militaires sur le sol ne fera qu’alimenter le chaos et exacerber davantage les divisions entre les différentes factions libyennes. L'émissaire de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, a, à maintes reprises, averti contre la multiplication des acteurs internationaux intervenant dans ce pays. Pour lui, ces derniers font partie de la crise mais pas de la solution.De ce point de vue, si l’engagement de la Turquie à envoyer ses troupes en Libye se traduit formellement, c’est tout le processus politique déjà fragile, mené sous l’égide de l’ONU, qui volera en éclats. Avec l’arrivée de nouvelles forces militaires, le conflit qui a fait déjà depuis avril plus de 1 000 morts et 140 000 déplacés, selon l'ONU, va, sans doute, prendre des tournures encore plus dramatiques. Pas qu’en Libye d’ailleurs. Il n’est pas exclu que la guerre en cours ne déborde sur tout le voisinage de la Libye, à commencer par le Sahel où la situation sécuritaire au Mali, au Burkina Faso, en Centrafrique et au Niger est déjà des plus incertaines. La Tunisie et l’Algérie qui partagent de longues frontières avec leur voisin libyen ne sont pas non plus à l’abri de subir les contrecoups d’une guerre qui ne cesse de prendre des dimensions internationales. Plusieurs pays ont réagi hier après les déclarations d’Erdogan. D’abord la Tunisie où la visite surprise du président turc a fait des vagues. La présidence tunisienne a vivement critiqué des “milieux”, ayant répandu des “allégations” selon lesquelles la Tunisie serait prête à faire partie d’une coalition avec la Turquie en Libye ou encore à ouvrir ses frontières pour le passage des forces turques.  Dans un communiqué diffusé jeudi, la présidence tunisienne a affirmé que la Tunisie “ne sera jamais membre d'une coalition ou d'une alliance pouvant remettre en cause sa souveraineté”, a rapporté l'agence tunisienne TAP. “Le territoire national ne peut être que sous la souveraineté tunisienne”, a assuré la présidence de la République tout en dénonçant “des déclarations et des allégations mensongères”. D’après le communiqué, le chef de l’État Kaïs Saïed “est déterminé à préserver la souveraineté, l’indépendance et la liberté de décision de la Tunisie”. Plusieurs partis politiques ont appelé également à l'impératif de ne pas s'ingérer dans les affaires internes de la Libye et “se laisser entraîner dans les politiques des axes”. Le président égyptien Abdel-Fattah al-Sissi a, pour sa part, réaffirmé jeudi, le rejet par l'Égypte de toutes les formes d'ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la Libye, pays voisin en proie à un conflit. 
 

Karim Benamar


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