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Projection en avant-première de “Cousines”

Mon Algérie à moi

Il est souvent difficile de raconter l’Algérie sans susciter de débats passionnés. Lyès Salem, comédien et réalisateur établi en France, s’est prêté à l’exercice dans un moyen-métrage (30 mn) présenté en avant-première samedi soir à la salle Ibn-Zeydoun. Cousines, une coproduction algéro-française labellisée “Année de l’Algérie en France”, a été tournée entre Alger et Tipasa en 2003. Le film se situe dans l’Algérie d’aujourd’hui. Il relate les villégiatures algéroises d’un émigré qui tournent à la confrontation entre deux univers. Première séquence : Driss (campé par le réalisateur), tout sourire, sort de sa malle un gros cabas pleins de friandises à offrir aux jeunes du quartier. S’ensuivent les chaudes embrassades entre cousins, cousines, oncles, tantes… Heure du repas : joyeuses jacasseries entre femmes derrière les fourneaux et dîner entre hommes. Ambiance lourde pour Driss. Entre-temps, il fait la connaissance de Nedjma, une cousine éloignée, un peu timide. Le  coup de foudre est instantané. Driss continue de promener sa mine joviale de séquence en séquence jusqu’à ce que commencent à se dessiner, autour lui, les contours d’une société plongée dans sa folie ordinaire. D’abord une sombre histoire d’assassinat d’une fille de 14 ans (hommage à Katia), parce que récalcitrante à mettre le hidjab. Ensuite, une vive empoignade avec Amrane, cousin promis à Nedjma, réfractaire en somme à tout ce qui peut faire son bonheur. Dernière séquence : Nedjma, en pleurs, se joint à une marche féminine. À chaud, le film a provoqué des commentaires mitigés. Oscillant entre formidable étalage de jeunes énergies et reproduction d’images galvaudées, quelque peu anachroniques. Le réalisateur s’en défend : pas de message ni de discours. Juste une histoire inspirée d’expériences et de souvenirs personnels qui l’ont “touché”. Il n’a fait, dit-il, que tendre un “miroir” de l’Algérie qu’il a vue de loin (il s’en excuse presque) durant la “mauvaise période”. Une Algérie qui ressemble, par endroits, à celle qu’on pourrait voir dans un rétroviseur. Présente parmi le public, Rabia Djalti, directrice des arts et des lettres au ministère de la Culture, nouvellement installée, trouvait aussi à redire. Ses remarques sont réellement troublantes : pas assez de spécificités algériennes dans le film à son goût. Elle entend costumes traditionnels, emblème national, etc. “Les américains, dans leurs films montrent toujours leur drapeau. Pourquoi on ne le ferait pas dans un film algérien ?” Sans commentaire ! Le propos du réalisateur, égratigné parce qu’il n’avait pas l’intention  de faire un “dépliant touristique”, était, avant tout, de créer une “"bombe" pour susciter, justement, des réactions”. De ce point de vue, le pari est réussi. Cousines sera présent prochainement en compétition nationale française au festival du court-métrage de Clermont-Ferrand, qui aura lieu du 30 janvier au 7 février, prochain.

D. B.