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Suite à l’appel de Ferhat Mehenni à constituer “des forces de contrainte”

Multiplication des réactions de dénonciation à Tizi Ouzou

Bouaziz Aït Chebib (à gauche) et Ferhat Mehenni. © D.R.

Tout le monde, y compris ceux qui ont fait un bout de chemin avec lui au sein du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, s’en démarque.

En plus des formations politiques en présence en Kabylie qui sont connues pour leur opposition catégorique même à toute idée séparatiste en Algérie, aujourd’hui que le chantre du projet de l’indépendance de la Kabylie, Ferhat Mehenni, vient d’appeler à la constitution de ce qu’il a nommé “les forces de contraintes” dans la région, d’autres voix, de plus en plus nombreuses, et dont certaines d’entre elles étaient même, jusqu’à un passé récent, acquises au projet de Ferhat, s’élèvent pour réaffirmer l’attachement de la Kabylie à sa traditionnelle lutte pacifique, rejetant ainsi, par conséquent, toute éventualité de basculement dans la violence qui ne sera, soutient le commun des citoyens, “que dans l’intérêt du pouvoir”.
C’est, à vrai dire, au sein même de la mouvance séparatiste et autonomiste que les premiers appels à la vigilance et au rejet de tout passage à la violence ont été exprimés.
En effet, dans une déclaration intitulée “L’URK ne se trompe pas d’ennemi”, l’Union pour une république kabyle (URK), créée récemment par Bouaziz Aït Chebib, qui comptait, il y a à peine quelques mois, parmi les plus fidèles de Ferhat Mehenni, a réaffirmé son rejet de tout recours à la violence.
“L’URK se démarque des appels à la violence que nous considérons comme du pain béni pour l’État algérien et ses généraux. Les schémas classiques d’accession aux indépendances des années cinquante et soixante sont surannés et unanimement condamnés par la communauté internationale”, lit-on dans cette déclaration à travers laquelle l’URK dit rester “fermement convaincue que les voies de lutte pacifiques et modernes sont les seuls moyens efficaces pour garantir la liberté et la prospérité du peuple kabyle”.
Si ce mouvement dit continuer à poursuivre son combat pour l’indépendance de la Kabylie, il estime, néanmoins, que “toute tentative de glissement vers la violence ferait perdre à la Kabylie son capital de prestige et de sympathie acquis au prix de longues années de lutte et de sacrifice”. “Engageons-nous dans la voie de la raison et épargnons à nos enfants tout dérapage vers la violence duquel l’État algérien a la certitude de sortir vainqueur”, a appelé l’URK.       
Pour sa part, le mouvement autonomiste RPK, dirigé par Hamou Boumedine, a réagi à l’appel de Ferhat Mehenni en qualifiant ses propos “d’une extrême gravité”. “Son appel à la constitution de forces de contrainte et de sécurité pour se substituer à l’autorité de l’État est de nature à ouvrir une brèche à la violence et déboucher à terme sur une guerre civile en Kabylie. La résistance face à l’autoritarisme du pouvoir algérien, doit-on le réaffirmer, doit garder son caractère pacifique, reflet de son essence, et point d’ancrage duquel ses détracteurs voudraient la dévier”, explique le RPK, estimant que “jeter la jeunesse kabyle dans une confrontation avec les services de sécurité procède de l’abdication de toute responsabilité politique. C’est l’exposer à un affrontement sanglant pire que ce que nous avons vécu au cours des événements de 2001… et offrir une aubaine aux clans du pouvoir dans leurs manœuvres de stigmatisation de la Kabylie à la veille de l’échéance présidentielle de 2019”.
Le bureau exécutif du RPK appelle, par ailleurs, à la retenue, car il pense que “s’engager sur le terrain de la violence, c’est offrir une aubaine aux clans du pouvoir dans leurs manœuvres de stigmatisation de la Kabylie à la veille de l’échéance présidentielle de 2019”. Le RPK va encore plus loin en déclarant que “le sens du discernement nous commande aussi de ne pas occulter les considérations géopolitiques et de rester insensibles au développement et à la prolifération des conflits au niveau régional”, tout en citant les exemples frappants de “la Libye, de la Syrie et du Sahel”, sans oublier la terrible tragédie de la “décennie noire”. Pis encore, le RPK lance un véritable SOS à Ferhat Mehenni et à ses partisans pour ne pas “se laisser entraîner dans une aventure orchestrée par des forces obscures dont l’agenda est chargé par des actions de déstabilisation des nations”. D’anciens compagnons de Ferhat Mehenni, dont Arezki Abbout, qui dit s’être imposé la règle de “ne jamais donner d’avis personnel publiquement sur des déclarations de femmes ou d’hommes politiques kabyles”, n’a pas hésité, cette fois-ci, à exprimer son inquiétude et son souhait de voir la Kabylie continuer de privilégier le combat pacifique comme elle le fait depuis près de 40 ans. C’est là “la voie royale pour faire aboutir une revendication, fut-elle l’indépendance”, a estimé M. Abbout, qui a été le compagnon de prison de Ferhat Mehenni durant le Printemps berbère.
Tout en précisant que l’indépendance de la Kabylie est un projet auquel il n’adhère pas, mais dont il ne fait aucun tabou “pour peu qu’on rejette la violence comme moyen d’action”, ce militant des droits de l’Homme a lancé un appel aux consciences en ajoutant que “chacun a le droit de privilégier un moyen plutôt qu’un autre pour faire avancer la cause qu’il défend, mais je me permets de demander à tous ceux qui ont le destin de la Kabylie à cœur de se demander si cette fièvre, qui s’est emparée des militantes et militants de la cause amazighe, depuis l’appel lancé de Londres par Ferhat Mehenni, n’est pas en train de faire le jeu de ceux qui, tapis dans l’ombre, rêvent de voir la Kabylie basculer dans l’horreur et l’irréparable ?”
La position de M. Abbout est partagée par de nombreux militants de la cause amazighe dont l’universitaire et fervent défenseur de la cause amazighe, Saïd Chemakh, qui estime que seule la lutte pacifique paye. “Oui, au combat pacifique. Au jour d’aujourd’hui, il n’y a que le combat pacifique qui aboutit”, avise-t-il.  


Samir LESLOUS

 

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