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A la une / Actualité

Ferhat Aït Ali, analyste financier, à “Liberté”

“Nos réserves de change fondent ici en Algérie et pas ailleurs”

© D.R.

L’analyste financier Ferhat Aït Ali nous livre, dans cet entretien, quelques éclairages sur la gestion de nos réserves de change. Selon lui, dans l'absolu, il n’y a pas de placement sans risque dans le monde.

Liberté : On pensait que le gros de nos réserves de change était placé en bons du Trésor américain, ce qui n’est, vraisemblablement, pas le cas. Où sont alors placées ces réserves de change ?  
Ferhat Aït Ali : Je ne sais pas d’où venait cette croyance collective sur les placements en bons du Trésor américain, mais il n'a jamais été question de placer les réserves algériennes à long terme en bons du Trésor américain, en fin 2015, on avait à peine un milliard en solde en bons du Trésor. Quelques placements ne dépassant pas les 7 milliards ont été fait en bons à court terme et rien d'autre. Tout le reste a toujours été fluide ou placé en banque à très court terme, pour un accès plus rapide en cas de besoin ou de transferts entre monnaies. Les réserves auraient été placées si leur vocation avait été de financer un fond souverain, pour des titres commerciaux, ou écartées d'une possibilité d'utilisation en cas de besoin comme c'est présentement notre cas. En réalité, ce ne sont que des détentions temporaires en devises, qui restent souvent dans les comptes où elles ont été reçues à la vente de pétrole et de gaz.

Le placement des réserves de change, dans des titres triple A, ne représente-t-il pas un risque pour ces fonds ?
Le triple A est la notation des banques commerciales qui jugent de leur présumée fiabilité en attendant la prochaine crise financière mondiale, ce ne sont pas des titres à proprement parler. Le gouverneur a voulu rassurer sur la nature des organismes auprès desquels ces avoirs sont placés en comptes ou titres à court terme. Dans l'absolu, il n’y a pas de placement sans risque dans le monde, mais en diversifiant les placements et les établissements, on peut diviser le risque par rapport à des placements massifs qui peuvent réserver de mauvaises surprises si la banque en question plonge. L'Islande s'est retrouvée en 2008 sans liquidités, pour avoir misé sur la Barings qui a coulé corps et biens. Manifestement, la Banque d'Algérie ne veut pas assumer le même risque, et c'est une bonne chose, mais nos réserves fondent ici en Algérie et pas dans les banques étrangères ; le trou noir qui avale toutes les réserves sans rien produire se trouve en Algérie et pas ailleurs. Selon le gouverneur de la BA, 63,57% des réserves de change sont placées en dollars, 20,07% en euros et 16, 36% en livre sterling.

Est-ce la meilleure répartition pour optimiser ces réserves de change ?
Pour une fois que la Banque d'Algérie donne la proportion de ses placements, c'est une bonne chose. Avant, il fallait les extrapoler sur la base des pertes de change subies entre monnaies de placement, et cette opacité a permis d'inclure de grosses pertes de change sur la livre sterling en 2016, dans le déficit de la balance des paiements, alors qu'il était inférieur aux 30 milliards de dollars d'érosion durant cet exercice. Cela dit, ces proportions ne sont ni fixes ni choisies, elles fluctuent en fonction des changes entre monnaies européennes et américaine, à une date donnée. De toute manière, aucune des monnaies en question n'est sûre en matière de placement sur la valeur des changes, et ces placements sont souvent dictés par le maintien de certains règlements de ventes d'hydrocarbures dans la monnaie de règlement originelle. À titre d'exemple, au 31 février 2017, si nous considérons ces proportions pour cette date, nous avons pour 97,3 milliards de dollars, dont  61,85% en dollars, 19,53% en euros et 15,92% en livres sterling. En contre-valeur, nous avons, de ce fait, 61,85 milliards de dollars, 16,13 milliards d'euros, au cours de 1,21 dollar pour un euro, et 11,77 milliards de livres sterling à 1,352 dollar par livre. Si les cours avaient stagné au 31 décembre 2016, on aurait eu, pour les mêmes montants, un solde en réserves de change de 93,3 milliards au lieu de 97,3, les quatre milliards de différence étant un gain de change sur l'estimation en dollars de nos réserves, comme on a eu une perte de change en 2015 et 2016. Cela dit, avec d'autres taux, les proportions seraient autres que celles données par le gouverneur. Cette fois, ils ont bien fait de ne pas paniquer et de vendre les livres et les euros quand ils ont plongé, on aurait assumé cette perte sur des monnaies qui, une fois descendues aussi bas, ne pouvaient que remonter après la crise de confiance. Pour leur répartition, il y a plusieurs considérations qui entrent en jeu, y compris politiques, et le risque de change sur la gestion statique des monnaies ne coûte rien juridiquement en Algérie par rapport à une perte même minime sur une gestion dynamique. Imaginons des opérations de spéculation sur les monnaies qui auraient mal tourné, le responsable serait lynché par toutes les parties. Par contre, que ces monnaies plongent ou s'érodent sans qu'on y touche, aucun problème dans le pays, où il existe comme une prime sociale à l'absence d'initiative.


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1 réactions
Brahms le 08/03/2018 à 10h49

Dans ses placements financiers, il ne faut pas oublier les frais cachés sur chaque transaction financière effectuée. La Banque étrangère va prendre son obole et avec le rendement accordé sur des placements à très court terme, la banque internationale gagnera plus que la banque d'Algérie.

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