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Fawzi Derrar, Directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie

“Nous négocions avec tous les producteurs”

© Louiza Ammi/Liberté

Après la bataille contre la progression de  la  pandémie, voici venue une autre encore plus féroce, celle de l’acquisition du vaccin. Depuis l’annonce par Pfizer de la découverte du vaccin, les gouvernements sont dans une course effrénée pour l’achat par anticipation de l’antidote, avant même son lancement sur le marché. Le directeur général de l’Institut Pasteur d’Algérie révèle dans cet entretien les négociations de notre pays avec les différents groupes pharmaceutiques.

Liberté :  Les annonces  concernant  la  découverte  du  vaccin anticoronavirus  se  multiplient.  L’Algérie  a-t-elle  entamé  les négociations pour l’aquérir ?
Fawzi Derrar : Il y a déjà des projets de vaccin qui sont à un stade d’essai très avancé. L’on peut citer les américains Pfizer et Moderna, dont le taux d’efficacité est prouvé respectivement à hauteur de 90 et 94%. Ce sont des données qui restent tout de même préliminaires, autrement dit, il y a d’autres études à réaliser. Ces groupes ont demandé des autorisations d’utilisation pour les prochaines semaines, notamment aux États-Unis. 

Dans cette perspective, nous avons tenu plusieurs réunions avec des producteurs de vaccins. Pas plus tard que mardi dernier, nous avons tenu, dans le cadre du Comité scientifique, une réunion technique avec les représentants de Pfizer. 

Nous avons abordé tous les aspects inhérents à ce nouveau vaccin, notamment l’aspect technique et l’aspect logistique de ce nouveau produit d’immunisation. C’est dire qu’il faudra bien négocier l’aspect logistique qui a toute son importance et peut même avoir un impact dans la campagne de vaccination. Par conséquent, il faudra trouver et acquérir des solutions par rapport à notre système de vaccination existant déjà.

Cette réunion tenue avec Pfizer a-t-elle été couronnée par une précommande ? 
Nous n’en sommes pas encore là. Il faut avoir d’abord à l’esprit qu’outre les deux vaccins susmentionnés, il y en a d’autres qui vont encore sortir. Il y a aussi la possibilité de passer par le système Covax des Nations unies qui permet de garantir un accès au vaccin. Le système Covax permettra d’acquérir le vaccin deux à trois fois moins cher qu’en l’achetant directement chez un fabricant.

Cela dit, celui qui passe par le système Covax ne l’empêche pas aussi de mener seul des négociations directement avec un fabricant. Nous avons aussi reçu avant le groupe Pfizer d’autres fournisseurs. Nous avons eu l’opportunité de négocier avec d’autres laboratoires américains, européens, chinois et même russes. Nous sommes en train d’étudier tous les paramètres, ainsi que les avantages qu’offrent les uns par rapport aux autres. 

Que ressort-il concrètement des discussions avec Pfizer ?
On a débattu avec le représentant du groupe américain de tous les aspects et des avantages liés au vaccin produit par Pfizer et qui pourrait être d’ailleurs parmi les premiers disponibles sur le marché. On a aussi discuté de l’impact de ce vaccin sur notre système de vaccination. À ce niveau de négociation, il faudra prendre en compte certains aspects logistiques, puisqu’il s’agit d’un vaccin d’une nouvelle génération.

Pour cela, on doit mettre en œuvre les moyens de transport et de logistique conséquents pour acquérir un tel produit d’immunisation qui est très fragile. Comme il n’est pas exclu qu’il y aurait encore d’autres vaccins qui n’auront pas les mêmes contraintes. On doit, par conséquent, être attentif à ce qui se passe chez les différents producteurs. 

L’acquisition d’un tel vaccin d’une nouvelle génération suggère donc un chamboulement du système algérien de vaccination... 
Je pense qu’il ne faudrait pas chambouler tout le système de vaccination. Il faudra penser à préserver le système actuel puisqu’on aura à réaliser une vaccination de masse.Il s’agit aujourd’hui de discuter et d’étudier de près quel vaccin pourrait être plus facilement assimilé et absorbé par notre système de vaccination.

Il y a des moyens logistiques propres à la technologie du vaccin nouvelle génération et qui nécessite un petit remodelage de notre système de vaccination. En fait, les moyens logistiques peuvent être déterminants sur le choix du vaccin à acquérir. 

Le plus important est de prévoir la mise en place d’une campagne de vaccination juste après que les autorisations d’utilisation seront délivrées. Il faudra donc déjà mettre en place tout un planning de doses et arrêter l’ordre de priorisation des catégories à vacciner dans un premier temps, tels le personnel soignant et les personnes à risque. 

Donc, ces groupes pharmaceutiques producteurs proposent des vaccins selon la formule de vente, fourniture et pose... 
Exact. Ces groupes nous proposent des vaccins en mode de vente, fourniture et pose. C’est pourquoi il faudrait bien cerner la problématique de la vaccination. Il faut que notre système de vaccination puisse s’adapter aux conditions de ces vaccins dits de nouvelle génération. C’est tout l’enjeu autour de ces vaccins qui seront proposés.

Comment les virologues de l’Institut Pasteur gèrent-ils cette deuxième vague ? L’IPA est-il déjà submergé alors que la tempête virale ne fait que commencer ?
Il faut dire que cette recrudescence de l’épidémie était attendue. L’Institut Pasteur d’Algérie a pris par conséquent les devants et s’est bien préparé pour affronter cette hausse épidémique. Il faut savoir à cet égard que l’IPA couvre un taux qui oscille entre 60 et 65% de diagnostic des échantillons de test PCR pratiqués à l’échelle nationale. Autrement dit, nous assurons le diagnostic de la majorité des tests effectués dans le pays.

Partant de là, l’Institut a su bénéficier de l’expérience vécue lors de la première vague, quand il y avait notamment une pression terrible sur les examens de dépistage. Cette pression s’expliquait par le fait qu’il n’y avait pas un maillage de laboratoires spécialisés dans le traitement de la PCR. En revanche, aujourd’hui, les choses se sont nettement améliorées, notamment avec la contribution d’un nombre de laboratoires publics et d’autres privés, même si certains ont subi des arrêts dus au manque des réactifs.

Malgré la hausse du nombre de cas de contamination par la Covid enregistrés quotidiennement, la situation n’est pas aussi tendue au niveau de l’IPA. Nous avons mis en place une petite réorganisation à l’intérieur de l’établissement, ce qui a permis et facilité à plusieurs laboratoires de se lancer dans le diagnostic de la Covid. Il y a aussi un autre élément positif qui n’est pas des moindres, c’est l’acquisition de certains automates.

Ces automates nous ont permis d’améliorer et de réaliser des prélèvements à une cadence plus élevée. D’ailleurs, nous devrions recevoir dans les prochains jours d’autres automates pour renforcer encore la cadence de traitement. Par conséquent, il faut souligner que jusqu’à l’heure actuelle, les centres de dépistage ouverts à travers le pays parviennent à y faire face.

Quel est le nombre de centres de diagnostic homologués et déjà opérationnels jusque-là ?
Jusqu’à la semaine dernière, nous étions à 45 laboratoires publics et à une vingtaine d’autres de droit privé que l’IPA a validés et homologués.

Vous disiez précédemment que l’IPA et ses différentes annexes arrivent à couvrir un taux de 65% de la demande nationale des tests. Le reste des diagnostics est-il exécuté dans les laboratoires privés ?
Ce que nous devons savoir à ce sujet, c’est que les 35% restants des prélèvements sont pris en charge par les centres de dépistage hospitaliers publics ouverts à l’intérieur des hôpitaux ou des EPH, ainsi que par les laboratoires privés homologués par l’IPA.

Nous citerons, à titre d’exemple, le cas de la wilaya d’Ouargla qui est dotée de trois centres de dépistage : un centre de diagnostic opérationnel à l’intérieur même de l’hôpital, ainsi que deux grands laboratoires privés. Il y a plusieurs autres wilayas qui fonctionnent avec des centres privés agréés par l’Institut Pasteur.

L’apport du secteur privé est désormais indéniable dans le marché du diagnostic...
Effectivement. L’apport du secteur privé tourne pour le moment autour de 20%. Il faut souligner que la cadence de réalisation des diagnostics sera encore plus élevée après l’entrée du privé dans le domaine du diagnostic de tests PCR et que de nouveaux laboratoires ont déjà introduit des demandes d’homologation.

Quel est le nombre d’échantillons traités par jour ?
Jusque-là, on tourne autour de 2 500 prélèvements jour, en y ajoutant évidemment ceux pris en charge par toutes les annexes de l’IPA à Constantine et à Oran. Pour le secteur privé, je n’ai pas encore un point de situation précis.

En parvenant à réaliser des performances, l’on peut dire que l’IPA a bien su tirer profit de la période d’accalmie épidémique pour se renforcer en moyens et, du coup, affronter la deuxième vague...  
En étant déjà responsable du laboratoire de référence en la matière avant de prendre la direction générale de l’IPA en mars dernier, on avait cumulé de l’expérience sur ce qui a été réalisé en diagnostic. Quand la pandémie a commencé à frapper dans le pays, nous avions déjà à l’époque entamé toutes les recherches nécessaires et ce, pour prendre les devants sur tous les plans. 

Mais vu le contexte mondial qui a été ébranlé par la pandémie, tout a été retardé. Alors que plusieurs pays étaient déjà préparés pour faire face au coronavirus, notamment la Chine, ensuite les pays européens. Ce qui veut dire qu’il y avait une tension sur le marché mondial et une course effrénée pour l’acquisition des équipements de lutte et des moyens de diagnostic. C’est ce qui a fait que nous avions été retardés dans les différentes acquisitions au départ. Mais maintenant, tout est rentré dans l’ordre. Nous sommes sur la bonne trajectoire.

Mais le problème des réactifs reste encore posé, puisqu’il y a encore des centres qui déplorent le manque de ces produits...   
Je pense que le problème d’approvisionnement en réactifs n’est pas posé en tant que tel, puisque les fournisseurs de réactifs sont là et assurent la couverture de la demande nationale. Je dirais plutôt qu’il y a des difficultés liées à la gestion au niveau de la structure de dépistage elle-même.

Quelle est la durée maximale de traitement des échantillons de prélèvements ?
Cela dépend de plusieurs facteurs. Techniquement parlant, il y a certains automates qui exigent entre 45 minutes à une heure de temps pour obtenir le résultat du diagnostic, mais si l’on prend en compte l’enregistrement, la codification et la mise du prélèvement dans l’appareil, le verdict du diagnostic tombe en deux heures seulement.

Il y a d’autres automates dont le nombre d’échantillons à traiter est beaucoup plus grand et dont les résultats sont rendus dans les délais d’une journée. Il faut dire qu’on ne dépasse généralement pas les 48 heures, sauf quand il y a des prélèvements qui arrivent en fin de journée, à ce moment-là, il faut attendre jusqu’au lendemain pour s’acquitter des différentes étapes précédant l’analyse.

Mais ce qui va sûrement raccourcir encore les délais de traitement, c’est la création d’une plateforme au  ministère de la Santé. Nous demandons ainsi aux structures qui envoient les échantillons de faire les enregistrements et d’exécuter les autres étapes à leur niveau via la plateforme. Ce qui va diminuer considérablement les attentes.

Quel est le nombre de diagnostics réalisés jusque-là à travers le territoire national depuis l’apparition de l’épidémie ?
Jusqu’à la semaine dernière, nous avions atteint un chiffre qui avoisine les 300 000 prélèvements effectués sur l’ensemble du territoire national.

Le recours aux tests antigéniques est désormais possible. Quelle est la différence avec la PCR, vu que ces tests se font également à partir d’un prélèvement nasopharyngé ?
Le test antigénique détecte une partie ou un des constituants du virus par opposition à la PCR qui détecte tout le matériel génétique du virus. Ces tests antigéniques se sont beaucoup développés et ont acquis un certain degré de sensibilité très forte. L’OMS a fixé maintenant le seuil de sensibilité du test à 80%. 

Il y a des tests qui ont reçu l’autorisation d’utilisation d’urgence de l’OMS, ce qui va nous permettre d’intégrer ces outils dans la stratégie nationale de diagnostic. Pour cela, il y a un groupe qui travaille pour acquérir ces tests et compléter le diagnostic de la Covid par la PCR. 

Les tests antigéniques sont-ils moins coûteux que la PCR ?
C’est nettement moins cher que la PCR. Leur prix oscille entre 5 et 7 dollars. Ces tests antigéniques sont aussi recommandés dans certaines indications, comme dans les écoles ou les entreprises. On a commencé à utiliser ces tests dans les aéroports de certains pays européens.

Avec l’acquisition des tests antigéniques, peut-on envisager un dépistage de masse ciblé ?
Oui, c’est possible. Il faudrait tout de même agir par priorisation, mais en cernant d’abord les clusters épidémiques. Autrement dit, il faut avoir suffisamment de tests pour détecter les patients symptomatiques, soit les patients qui sécrètent le virus et qui contaminent dans un premier temps.

Dans un deuxième palier, il faut identifier les patients symptomatiques à risque, tels que les diabétiques et les sujets contacts. Dans un troisième palier et qui sera très important, il faudra dépister le plus grand nombre de personnes. 

Le coût de la PCR varie chez le privé et le public. Ne faut-il pas plafonner les prix ?
En effet. À l’international, le prix du test PCR oscille entre 100 et 120 euros. Par rapport aux 7 dollars des tests antigéniques, la différence de coût est très importante. Chez nous, ce n’est pas figé, la politique de convention nous permet de trouver toujours un bon prix avec les clients. En tenant compte des réactifs utilisés, nous étions tombés au départ à 15 000 DA.

C’est  un  prix  qui  découle  du  prix  appliqué  sur  le  marché  mondial des réactifs.Maintenant, nous sommes en train de revenir sur ce prix-là pour le baisser et le rendre plus accessible. Effectivement, les prix appliqués par le privé sont excessifs. La plupart des laboratoires privés s’approvisionnent seuls sans passer par l’IPA. Il faut absolument aller vers une politique des prix.

 

Entretien réalisé par : HANAFI H.


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