Scroll To Top
FLASH
  • L'intégralité du contenu (articles) de la version papier de "Liberté" est disponible sur le site le jour même de l'édition, à partir de midi (GMT+1)
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version papier de "Liberté" écrire à : info@liberte-algerie.com
  • Pour toute information (ou demande) concernant la version digitale de "Liberté" écrire à: redactiondigitale@liberte-algerie.com

A la une / Actualité

Actualité

Pourquoi la violence se généralise-t-elle ?

Un fait divers relaté par la presse algérienne a beaucoup choqué l’opinion publique : des candidats ont eu recours à la violence physique et ont usé d’armes blanches pour imposer une fraude généralisée à l’examen du baccalauréat.

Jusqu’à présent, personne n’ignorait l’ampleur de la violence dans notre vie quotidienne, cependant nul n’imaginait qu’elle pourrait frapper aussi fort et surtout dans un domaine aussi sensible que celui de l’éducation, censé être le plus protégé de la violence généralisée. L’école est supposée nous apprendre les valeurs morales et sociales. Son rôle est de former des individus humainement mûrs capables de partager un espace commun, sans recours à un quelconque affrontement, pour être citoyen.
La violence consiste à obtenir un droit ou à briser une contrainte par la brutalité et l’agressivité. Elle constitue le moyen le plus primitif, celui que l’humain partage avec l’animal. Elle s’associe souvent à un désir spécifique à l’humain, celui de faire du mal. L’animal, lui, ne cherche que son propre bien et ne connaît pas le désir de faire du mal à autrui, comme le dit Marcel Conche. Quand le désir de faire valoir un droit s’associe à celui de faire du mal, la violence primitive devient terreur.  La violence de l’animal n’est ni morale ni immorale. Elle fait partie de son existence. C’est d’elle que dépend sa survie.
La violence de l’être humain est immorale  car non seulement elle le renvoie à son stade animal mais aussi parce qu’il l’utilise pour transgresser l’ordre établi. Pour vivre en communauté, les hommes et les femmes doivent rompre avec leur comportement primitif, faire valoir le droit en lieu et place de la violence et utiliser ce droit comme outil de défense.
La problématique de la violence se pose donc dès lors qu’elle est utilisée. Pourtant, parfois, la conscience accepte la violence, bien qu’immorale, quand elle se présente comme le seul moyen de contrecarrer l’injustice ou le danger. Cependant, la violence en elle-même demeure hideuse et exclue de la moralité. La seule légitimité qui puisse lui être reconnue réside dans sa finalité. C’est pour cette raison que l’expression de “violence légitime” est moralement inacceptable. Attribuer à la violence une quelconque légitimité serait le premier pas vers son acceptation par la conscience morale, et encore faudrait-il savoir s’arrêter à cette frontière morale : ne l’utiliser que pour sauver sa vie.
Il faudrait une grande sagesse (et c’est ce qui fait défaut à la majorité des humains) à celui qui découvre le pouvoir et l’efficience de la violence pour éviter de  s’en servir au-delà des limites de ses droits et ne pas l’utiliser pour réaliser ses désirs et ses envies, alors que ce que nous désirons n’est pas forcément notre droit. On peut désirer, par exemple, l’ordinateur exposé dans une vitrine sans avoir le droit de le posséder.  Pour éviter toute dérive de la conscience morale, alors même que certaines situations ne laissent pas d’autre choix que de recourir à la violence, on ne doit jamais cesser de condamner cette violence en tant que telle. Quand tuer est le seul moyen de sauver sa vie menacée, on ne doit en aucun cas présenter le crime comme un geste “bien”.
Ainsi, au moment où je tends la main pour voler une pomme, car si je ne le fais pas à ce moment-là ma vie est en danger, je dois préserver toute la lucidité de ma conscience qui juge ce geste comme un acte immoral et condamnable. Je condamne donc mon geste en tant que fin même si je l’accepte en tant que moyen. Justifier la violence comme moyen pour réaliser une fin morale sans la condamner est un signe de corruption de la conscience morale.
Quand des élèves utilisent la violence pour obtenir le baccalauréat, nous sommes face à une violence dont la finalité n’est pas de revendiquer un droit ou de contrecarrer une injustice mais de réaliser un désir. Réaliser son désir par la violence et la force, alors que le désir ne relève pas forcément du droit, crée le trouble et provoque l’injustice : injustice par rapport aux autres élèves qui, eux, se conformant aux règles des examens, ont essayé de réaliser leur rêve d’être bacheliers par leur seul travail et leurs seules connaissances.
Quand une conscience considère la violence comme un moyen magique devant lequel aucun obstacle ne résiste, elle ne la voit plus comme immorale et hideuse, bien au contraire elle l’aime, la glorifie et par conséquent s’abstient de la condamner. Or, ne pas condamner la violence, c’est lui permettre de se transformer en valeur morale et c’est tout le système du bien et du mal qui est alors perturbé et menacé.  Pour certains philosophes, quand il y a violence, il y a absence de conscience. Ils n’envisagent pas une conscience morale qui accepterait le mal : tous ceux qui jugent quand bien une chose qui est mal sont, selon eux, dépourvus de conscience morale. Or, l’absence de conscience morale signifie ne porter aucun jugement ni bon ni mauvais, alors que l’agresseur ne condamnant pas son geste juge son acte comme bien, soit par pragmatisme, soit parce qu’il pense qu’il est absolument bien. Dans les deux cas, son jugement moralise la violence.
Pour éviter toute corruption de la conscience morale, il ne faut donc jamais cesser de dénoncer la violence quand bien même celle-ci se présenterait à la conscience comme le moyen nécessaire pour réaliser la fin espérée. Afin que la violence ne s’approprie jamais la valeur morale de la fin et garde toujours son caractère naturel: l’immoralité, la dénoncer doit être un principe en lui-même.


R. A.