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A la une / Actualité

Il interdit aux militants de parler sans l’accord de la direction du parti

Pourquoi Ould Abbes brandit le bâton

Djamel Ould Abbes, SG du FLN. © Yahia/Archives Liberté

Djamel Ould Abbes entend en finir avec toutes les voix dissonantes avant la tenue de la réunion du comité central.

Il n’en rêvait pas plus : devenir secrétaire général du Front de libération nationale. Les larmes qui lui échappèrent en public, lorsque, plébiscité par le comité central, en octobre 2016, il succédait à Amar Saâdani, schématisent ce vieux fantasme, souvent secrètement nourri, chez les caciques du FLN. Depuis, Djamel Ould Abbes, qui connaît d’où et comment peuvent se former les prémices d’une déchéance, d’une chute des commandes de l’ex-parti unique, travaille à consolider son pouvoir et régner d’une main de fer, quitte à passer pour un Léonid Brejnev. Tant pis, d’ailleurs, si cela ressemble tellement au parti communiste de l’ex-URSS. N’est-ce pas lui, et sans complexe, qui remettra au goût du jour la notion du Parti-État ? Et quand bien même les partis de l’opposition iraient trouver scandaleux de tenir pareil discours au 21e siècle, il ne s’est pas rétracté. Fort de la feuille de route qui lui a été tracée par la présidence de la République, et donc du soutien du palais d’El- Mouradia, il entreprend, aussitôt aux commandes du FLN, à chambouler l’ordre établi par son prédécesseur dans le parti.
Les cadres-militants promus et placés par Amar Saâdani à des postes de responsabilité, seront, dans un premier temps, éloignés des structures dirigeantes du FLN. Parallèlement, il ouvre la voie à une polémique autour de laquelle tout allait se faire et se défaire : un cinquième mandat pour le président Abdelaziz Bouteflika. Et comme pour justifier son bail dans la maison FLN, il se montrera d’un zèle jamais égalé à l’égard de son bienfaiteur… le chef de l’État. Mais bientôt l’excès de vénération, dont il fera montre en direction d’Abdelaziz Bouteflika, lui vaudra indignation et écœurement de l’opinion publique. Particulièrement, le jour où il dira, dans un entretien télévisé, diffusé pendant les élections municipales de novembre 2017, que “même sous la tombe, il votera pour Bouteflika”. Voilà qui éloigne du monde des vivants et du politiquement possible ! Mais Djamel Ould Abbes ne se montra pas pour autant désarçonné.
Bien au contraire, il multiplie les sorties plutôt comiques. Tantôt, il a étudié avec la chancelière allemande Angela Merkel. Tantôt, il a inventé un instrument médical que l’Allemagne, où il a fait ses classes universitaires dans les années 1960, a fini par exporter à l’étranger. Il sera, d’ailleurs, même décoré d’une médaille en guise de reconnaissance pour son invention scientifique. S’ensuivirent railleries et moqueries sur les réseaux sociaux, et les boulettes d’Ould Abbes allaient se hisser en tête du palmarès des meilleures blagues, détrônant ainsi les calembours de l’ancien Premier ministre, Abdelmalek Sellal. Et cela ne semblait pas du tout lui déplaire, tant amuser la galerie passe, depuis quelque temps, en Algérie, pour une vertu qui prolonge le règne. Mais Djamel Ould Abbes ne fera pas que blaguer.

Manœuvres du SG du FLN
Derrière l’image du personnage “sympathique” qu’il voulait se forger, se cache aussi un “diable” politique. Parce qu’il assène, entretemps, des coups à son rival du Rassemblement national démocratique (RND), et néanmoins Premier ministre, Ahmed Ouyahia. Il organise une tripartie parallèle, début janvier de l’année en cours, avec le même partenaire économique et social qu’avait réuni deux semaines plus tôt le gouvernement. Il remettra même en cause la liste des concessionnaires automobiles arrêtée par Ahmed Ouyahia. Les manœuvres du SG du FLN seront, un peu plus tard, couronnées par une décision présidentielle annulant les décisions prises par le Premier ministre dans le cadre du Conseil participatif de l’État, et soumettant toute ouverture du capital des entreprises publiques au privé, à l’accord préalable d’Abdelaziz Bouteflika. La liste des concessionnaires automobiles admis pour le montage de véhicules sera, elle aussi, revue et corrigée.
Pendant ce temps, Djamel Ould Abbes continuait à le clamer haut et fort : Le FLN, c’est l’État ! Mais voilà qu’une voix bruyante émerge des rangs du parti. Le député et homme d’affaires d’Annaba, Baha-Eddine Tliba, qui avait, dans un premier temps, parlé d’un projet de création d’une coordination nationale pour un cinquième mandat d’Abdelaziz Bouteflika, revient à la charge pour annoncer l’adhésion à son initiative d’un aréopage de personnalités politiques, dont deux anciens Premiers ministres, Abdelmalek Sellal et Abdelaziz Belkhadem. La sortie publique de l’ex-vice-président de l’Assemblée populaire nationale (APN), intervenait au lendemain d’un meeting animé par Djamel Ould Abbes à Aïn Témouchent, où il a formellement interdit aux cadres et militants du parti de s’exprimer “prématurément” sur la question du cinquième mandat.
Djamel Ould Abbes crie au complot et accuse un courant du parti de vouloir “rééditer le scénario de 2004”, faisant allusion à l’épisode de l’ancien chef de gouvernement Ali Benflis, lorsque, fraîchement débarqué de la tête du FLN à l’époque, il se porta candidat contre Abdelaziz Bouteflika, à la présidentielle de 2004. Il passe aussitôt à l’action et installe la commission de discipline du parti. Baha-Edine Tliba ne sera pas le seul à recevoir une convocation.

Vers le report du comité central
Deux mouhafedhs des wilayas de Tiaret et de Laghouat, ainsi que deux membres du comité central passeront également à la trappe. Le nom du député de Tébessa, et ex-chef du groupe parlementaire du FLN, Mohamed Djemaï, qui avait pourtant réussi à se faire oublier, sera aussi évoqué. Tous ceux connus ou soupçonnés de faire encore allégeance à l’ex-SG du parti, Amar Saâdani, sont ciblés. Ce dernier étant déjà lui-même soupçonné d’être le chef d’orchestre des machinations visant à déstabiliser Djamel Ould Abbes à la veille de la réunion du comité central du parti, initialement prévue à la mi-mars. Et lorsque Ould Abbes croyait, enfin, venir à bout des agitations au sein du parti, une autre voix dissonante émerge encore, celle d’un sénateur, cette fois-ci.
Abdelwahab Benzaïm, sénateur et membre du comité central du FLN, appelle le président de la République à limoger la ministre de l’Éducation nationale, Nouria Benghabrit, dans le sillage de la grève qui a touché son secteur et son bras de fer avec le Cnapeste. Là aussi, Djamel Ould Abbes ne fera pas preuve de tolérance : il traduit son sénateur devant la commission de discipline. Abdelwahab Benzaïm proteste et accuse Ould Abbes de “porter atteinte à la démocratie et à la liberté d’expression au sein du parti”. Mais le SG du FLN ne l’entend pas de cette oreille.
Avant-hier, en marge d’une cérémonie de recueillement sur la tombe du martyr Larbi Ben M’hidi, il ira encore plus loin et déclare à la presse : “Désormais, celui qui fait des déclarations publiques ou prend position sans l’accord préalable de la direction du parti, sera traduit devant la commission de discipline.” Il ajoutera même que “le parti sera nettoyé”. Et tout porte à croire que Djamel Ould Abbes entend le faire avant la réunion du comité central. Une réunion prévue à la mi-mars, mais qu’il veut visiblement reporter, puisque les bilans des quatre mandatures d’Abdelaziz Bouteflika, qu’il voulait présenter à cette occasion, ne sont prêts qu’au niveau de 22 wilayas, selon ses dires.
Ce qui est certain, Djamel Ould Abbes ne convoquera pas la réunion du comité central avant de s’assurer que tout devra se passer comme il le souhaite. C’est-à-dire, avoir la certitude qu’aucune menace ne viendra remettre en cause son maintien à la tête du parti, et son plan de campagne pour le cinquième mandat.


Mehdi Mehenni

 


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