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Tentative d’empêcher une manifestation de “Révolte’arts” à Tizi Ouzou

Quand l’art l’emporte sur la matraque

Révolte’Arts, une manifestation citoyenne. © K. Tighilt/Liberté

La 8e édition de la manifestation “Révolte’Arts” qu’organisent des artistes, chaque samedi, à la placette M’barek-Aït Menguellet de Tizi Ouzou, a été marquée, avant-hier soir, par une tentative d’empêchement par les forces de l’ordre. Les organisateurs, qui avaient passé l’après-midi à installer les chapiteaux qui devaient accueillir les activités, en cours de soirée, ont  été surpris par l’intervention des policiers venus en nombre pour leur exiger de déguerpir ! “Retirez tout ! Enlevez-moi tout cela !”, ordonne, d’un ton ferme, un brigadier de police, alors que trois organisateurs ont même été conduits au commissariat central avant d’être relâchés quelque temps après. “Il faut avoir une autorisation officielle pour occuper la place”, dit un agent de police qui poussera le zèle jusqu’à affirmer : “Nous avons reçu l’ordre de chasser même les marchands de qalbelouz et autres vendeurs à la sauvette, et il n’y a pas d’exception, car nous sommes tenus d’appliquer les instructions.” Certainement, la culture ne se mesure pas au mètre carré d’une place publique et le livre n’a pas d’égal avec une portion de qalbelouz, d’où l’impérieuse nécessité d’expliquer au policier qu’il s’agissait d’une simple activité culturelle à caractère non lucratif. En fait, les tentes installées abritaient une bibliothèque aménagée, un stand de photographie et un espace de poésie, alors que les autres activités prévues, notamment de la musique et un cercle-débat, étaient organisées en plein air. Ce qu’essayait d’expliquer vainement un des animateurs de Révolte’Arts. “Nous ne sommes pas venus pour vendre du qalbelouz, mais nous proposons des livres et nous organisons aussi d’autres activités de musique, de poésie, de théâtre et des ateliers de dessin”, a-t-il expliqué aux policiers. Et d’enchaîner avec ironie : “Un livre, ça ne contient pas de sucre et c’est sans risque pour la santé, même pour les diabétiques !” Ce à quoi un policier a répliqué : “Nous comprenons parfaitement votre situation, mais nous avons reçu des instructions pour vous empêcher d’occuper les lieux.” Accosté par nos soins, Omar, l’un des initiateurs de Révolte’Arts, dira : “Notre démarche est pacifique. Il s’agit d’activités artistiques visant à exiger une transition pacifique en Algérie et l’art est notre manière de réclamer nos droits pour aspirer à une Algérie meilleure. Il n’est nullement nécessaire d’user de la matraque face à un fil de guitare ! Les deux résonnent différemment.” 

Toujours est-il qu’après cette tentative d’empêchement musclé de la manif, il y a eu un large élan de solidarité de la part du Collectif des avocats, d’élus, d’étudiants et de citoyens sur place, et l’événement s’est bel et bien tenu, mais sans les chapiteaux, seul accord trouvé avec les policiers pour continuer le déroulement de l’événement après une large concertation avec les forces de l’ordre. Cela dit, cette solidarité aura donné du punch aux initiateurs de cette soirée de revendication qui ont pris bien du plaisir à amplifier, durant toute la soirée, la couleur et la tonalité dans une atmosphère qui flairait “les interdits”.
Cette tentative d’empêcher un événement artistique rappelle bien une citation du grand peintre algérien M’hamed Issiakhem, tirée de son œuvre Les aveugles, et qui disait : “Nous qui vivons au passé, nous la plus forte des multitudes, notre nombre s'accroît sans cesse et nous attendons du renfort...” Le rendez-vous est donc pris pour samedi prochain encore, à la même heure et au même endroit, car les artistes ne sont pas près de cesser leur révolte au même titre que des millions d’Algériens avides de liberté, de changement et de démocratie. 


K. Tighilt


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