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Après Macron, Merkel zappe les atteintes aux droits de l’Homme

Quand les Occidentaux évitent les sujets qui fâchent

Angela Merkel et Ahmed Ouyahia, en conférence de presse conjointe, lundi dernier, à Alger. © Louiza/Liberté

Lors de son séjour à Alger, Angela Merkel n’a pas soufflé mot sur la situation interne du pays, malgré les nombreux rapports, souvent loin d’être élogieux, d’ONG et autres organismes, relayés par les médias.

Cela participe assurément d’un pragmatisme adopté maintenant depuis plusieurs années : dans leurs haltes algéroises, les leaders occidentaux, jadis si prompts à s’offusquer de la moindre atteinte aux libertés et aux droits de l’Homme, évitent, désormais, “allégrement” d’évoquer les sujets qui fâchent. C’est le cas, par exemple, de la chancelière allemande, Angela Merkel, dont le pays, pourtant, passe pour un “modèle” d’État de droit. Lundi, lors de son séjour à Alger, Angela Merkel n’a pas soufflé mot sur la situation interne du pays, malgré les nombreux rapports, souvent loin d’être élogieux, d’ONG et autres organismes, et relayés par les médias. Comme les interdictions qui frappent les manifestations publiques, la répression, la situation de certains blogueurs et autres animateurs de la société civile et défenseurs des droits de l’Homme, la situation des Ahmadis, celle de la presse, ou encore la corruption. Il est vrai qu’elle a concédé à rencontrer cinq figures de la société civile dont Nadia Aït Zaï, le bâtonnier Miloud Brahimi, la jeune cinéaste, Sofia Djama, l’écrivain-journaliste, Kamel Daoud, et le vice-président de la Laddh pour probablement écouter un “autre son de cloche” qui devrait trancher avec les assurances des dirigeants qu’elle a rencontrés. Mais dans la déclaration liminaire d’introduction à la conférence de presse en compagnie d’Ahmed Ouyahia, Angela Merkel a seulement souligné, mais en termes diplomatiques, que la société civile algérienne a besoin de “liberté”. “Dans le cadre du développement, on aura besoin d’une société civile ouverte pour que la jeunesse puisse apporter sa créativité (…) Celle-là aussi était une partie de nos discussions”, a-t-elle dit. C’est une consœur allemande, s’appuyant sur les déclarations d’Amnesty International, qui a interpellé Ouyahia sur les difficultés rencontrées par certains et les entraves aux libertés. “Quelqu’un connaît un pays dans le monde qui n’a pas été critiqué par AI ? Je voudrais bien le savoir. C’est une organisation qui est là, qui a ses avis et que nous respectons. Malheureusement, votre séjour est court, mais vous pouvez connaître un peu plus l’Algérie par la presse électronique. Je vous invite, parlant de la liberté d’expression, à voir ce qu’écrit et ce que dessine comme caricatures la presse algérienne qui est composée de 160 journaux écrits contre le président de la République, contre le Premier ministre et tous ce qui est institution. Et je vous invite à vérifier s’il y a un journaliste qui a été poursuivi pour cela”, lui a rétorqué, mi agacé, mi narquois, Ahmed Ouyahia. Mais bien avant Merkel, le président français, Emmanuel Macron, a également évité, lors de sa visite en décembre 2017, d’évoquer publiquement les atteintes aux libertés. Comme Merkel, il a préféré rencontrer certaines figures de la société civile dont des écrivains au… siège de l’ambassade. “J’ai besoin d’entendre tout le monde. Il y avait des intellectuels que je respecte profondément, des écrivains dont j’aime la littérature, des entrepreneurs, des caricaturistes qui m’ont, d’ailleurs, jamais épargné et qui m’ont toujours amusé”, s’est presque emporté Macron, en réponse à une question d’une journaliste française de Mediapart qui lui reprochait de faire dans “le paradoxe” en parlant avec les autorités algériennes et avec “les voix critiques”, “peu entendues en Algérie”. La journaliste le relance : “Ils m’ont parlé d’une société malade, d’un régime malade. Donc, rendez-en compte !” “Il n’y a pas de paradoxe, je suis venu ici, je suis libre. En transparence avec les autorités algériennes, j’ai rencontré des gens qui pensent différemment et qui vivent une autre expérience de l’Algérie, parce que c’est cela un pays, des expériences multiples. J’y vois une volonté de ne rien cacher et de tout entendre. Les autorités algériennes ont accepté qu’il y ait cet échange. Il y avait les voix des plus jeunes qui veulent aller plus loin et plus fort, des intellectuels critiques, des créateurs et de religieux présents autour de la table. Là aussi, il n’y a pas de paradoxe, il y a de la liberté”, a-t-il répondu.
Il faut dire que depuis de nombreuses années, dans le prolongement d’une nouvelle vision américaine, les Occidentaux semblent plutôt éviter de s’ériger en donneurs de leçons, d’autant que “chez eux”, les choses ne se passent pas souvent comme ils le proclament. Aussi, les expéditions belliqueuses dans d’autres pays avec les conséquences dramatiques sur la situation des droits ont eu pour effet de les désarmer face à leurs interlocuteurs. C’est pourquoi, ils semblent désormais opter pour une forme de pragmatisme privilégiant la stabilité, clé de voûte du “business”. À ceux qui leur reprochent leur manque de soutien aux forces démocratiques, notamment dans les pays qui aspirent à plus d’ouverture, ils rétorquent toujours qu’il appartient à chaque pays de définir ses “priorités” et le “rythme” des changements auxquels il aspire. Et rien de plus emblématique de cette nouvelle politique que cette réplique de Macron à Alger. “Je compte sur vous, la jeunesse. Il faut changer les logiciels !”, a-t-il lancé dans un bain de foule à la rue Larbi-Ben M’hidi. “On étouffe !”, crie un jeune. “Vous n’avez qu’à vous desserrer”, réplique Macron.


Karim Kebir

 


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