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face à un champ politique en pleine recomposition

Quel espace pour la mouvance démocratique ?

© Archives Liberté

C’est la première fois, depuis le début du multipartisme en 1989, que des élections  législatives  suscitent  un  rejet  quasi  unanime  des  acteurs, politiques et associatifs, du camp démocratique.

Ayant pris position avec la rue, et donc avec le peuple dès le début de son insurrection, en février 2019, puis ayant choisi de demeurer toujours au diapason de sa lutte à chacune des étapes de la mise en œuvre de l’agenda du pouvoir, les acteurs du courant démocratique ont opté pour le rejet même de l’élection législative qui aura lieu ce 12 juin, soit dans trois jours.

Une position qui n’a pas été sans leur attirer davantage les foudres du pouvoir mais qui soulève également des questionnements sur leur avenir après cette élection.  Le fait est, sans doute, inédit dans les annales politiques du pays. C’est la première fois, depuis le début du multipartisme en 1989, que des élections législatives suscitent un rejet quasi unanime des acteurs, politiques et associatifs, du camp démocratique.

En effet, à peine quelques semaines après l’annonce de la tenue de cette échéance électorale, la plupart des partis politiques de cette mouvance, dont le RCD, le PT, le PST, l’UCP, le FFS… ont, l’un après l’autre, annoncé leur non-participation. Ces derniers s’accordent tous à considérer que cette élection, que le pouvoir veut tenir coûte que coûte, est loin de constituer une solution à la crise politique que traverse le pays.

Pour eux, les solutions sont plutôt dans la prise en charge des revendications du peuple via les différentes initiatives politiques proposées depuis le début de la révolution, dont celle du PAD, de Nida 22 et d’autres encore… mais qui ont été carrément rejetées sinon, en tout cas, n’ont pas trouvé écho auprès des tenants de la décision qui ne jurent que par la mise en œuvre de leur agenda. C’est à une élection sans les démocrates que l’Algérie aura droit dans trois jours.

Une position qui met visiblement le régime dans une mauvaise posture, lui qui se trouve, désormais, privé de son habituelle vitrine démocratique et qui est, ainsi, appelé à ne compter que sur les islamistes, les conservateurs et les indépendants, mais c’est une position qui a aussi un prix puisque, depuis plusieurs mois déjà, ces partisans du boycott sont devenus une cible de la répression au même titre que tous les manifestants qui continuent à revendiquer, dans la rue, le changement du système, sinon son départ.

Sale temps pour les démocrates qui sont déjà sous pressions et menaces depuis le début du Hirak. En effet, après les campagnes de propagande menées à leur encontre en mettant à contribution les réseaux sociaux et les chaînes de télévision sur lesquelles le pouvoir a fait main basse, voilà que les convocations par les services de sécurité et la justice ne concernent, désormais, plus les seuls manifestants mais aussi des cadres politiques.

Le pouvoir a passé la vitesse supérieure et le bal des convocations par les services de sécurité qui s’est ouvert avec Mohcine Belabbas, s’est étendu à de nombreux autres cadres politiques parmi lesquels on peut citer Athmane Mazouz, Mohand-Arezki Hamdous, du RCD, Abdelouahab Fersaoui de l’association RAJ et d’autres encore. Mais la main de fer ne s’est pas arrêtée aux personnes puisque même les appareils politiques et associatifs auxquels ils sont affiliés sont désormais menacés dans leur existence.

C’est le cas de l’UCP de Zoubida Assoul, du PST et du RAJ qui, sous prétexte de se conformer à la réglementation, sont menacés de dissolution. Même le FFS qui avait une place de choix dans les médias officiels avant de trancher sa position vis-à-vis des élections, a été vite banni dès lors qu’il s’est prononcé pour la non-participation.

Dans  ces  attaques  à  répétition  d’aucuns y  voient  une  offensive  visant à réduire à néant la mouvance démocratique qui a pris une position constante avec la rue qui grondait. Mais désormais, même la rue qui subit une des plus féroces répressions de l’histoire post-indépendance de l’Algérie ne gronde plus, sinon juste en Kabylie. Ce qui n’est pas sans mettre à mal davantage les partis démocratiques dont l’espace d’expression et d’action  est réduit à la portion congrue.

Ainsi, sans représentation à l’APN, et dans le cas où la rue viendrait à rester verrouillée, ce sera désormais leur existence même qui sera en jeu. Peuvent-ils  rebondir  après  l’élection  du  12  juin  prochain ?  Participeront-ils  aux prochaines élections locales ? Réoccuperont-ils la rue ?

Pour un ancien cadre politique de l’opposition qui a requis l’anonymat, “pour pouvoir rebondir, les forces démocratiques n’ont plus que le choix de s’unir en urgence autour de leurs revendications communes, dans un pôle représentatif, et qui sera appuyé par le peuple sinon accepter leur triste sort d’être broyés par la coalition qui se dessine et qui sera composée des islamo-conservateurs et d’opportunistes de tout bord”. 
 

Samir LESLOUS


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