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A la une / Actualité

Portrait

Rachid Hamatou : l’écriture et la lutte

Il est né au pied du mont Tader azougheh, soit kef hmmar aux environs d’El-Madher en 1960. En 1966, Rachid s’installe tant bien que mal à Batna dite capitale des Aurès à cette époque, et c’est déjà  mal vu de dévoiler ses origines montagnardes et villageoises.  Le Chaoui ou mieux encore le chaouiphone n’avait qu’une solution, se nier, parler “beldi”, la langue de la ville, et prendre une nouvelle identité, celle du fils du bled ou “ould bled”, un des sujets préférés de Jacques Tati  l’acculturation, paraître au lieu d’être.  C’est la première crise identitaire de Rachid Hamatou qui s’est forgé petit à petit sa propre identité en ayant en mémoire le tatouage au front de sa mère, le tombeau d’Imadghassen à un jet de pierre de son lieu de naissance, le nom de sa tribu Aith Chlih, puis ses premières lectures et surtout celles qui vont répondre à ses besoins  : La grotte éclatée, T’fouda, Mémoire d’un militant auressien,  Nedjma…  Le lycée plus tard apporte avec lui ses premières interrogations aussi, ses premières quêtes ; Hamatou sentait une tentative de greffe… L’arabisation à outrance, la profanation portée à la toponymie, ses premiers  soucis commencent. Un jour, il tente un Z  berbère sur son cartable. “On n’est pas en Kabylie”, lui avait dit le premier responsable du lycée… “On est où alors”, demande Rachid ? “Pourquoi les Aurès, c’est un département du Qatar ?” Première punition identitaire… Happé par le milieu du travail, tantôt  fonctionnaire à la Maison de la culture, ou enseignant de langue française dans les villages les plus éloignés du chef-lieu de la wilaya par mesure disciplinaire, ou alors photographe de presse à l’ex-hebdomadaire El Aurès, et tantôt enseignant de photographie à l’Ecole des beaux-arts de Batna, responsable de la cellule de communication de la wilaya de Batna…  “Il m’a toujours été dit, signifié que je suis employé, donc salarié. Une autre vie, politique, culturelle, citoyenne… est prohibée et ne m’attire que tracasseries et sanctions.  Et c’est justement ce que je faisais…”  Membre initiateur et fondateur du Mouvement culturel amazigh dans les Aurès, correspondant du journal Le Matin : “La page régionale était une fenêtre, une lucarne  pour toute la région ; pour la première fois on entendait parler de Darmoun, Ichouken, Nafla…”  Journaliste, Rachid Hamatou choisit le pseudonyme de Syphax, “un homme incontournable dans l'histoire de Rome et Carthage… mais inconnu et méconnu chez lui. Palais, monnaie à son effigie… L’école nous parle de personne fictive... Antar Ibnou Cheded, on ne sait même pas s’il a vraiment existé ", s’interroge Rachid. Sur ses sentiers lointains de villages inconnus, Syphax ou Rachid a pris le bâton du pèlerin et ces sentiers battus racontant… la fermeture des cantines scolaires, les enfants de Tighraghare qui font 10 km jour pour aller à l’école, les brouettes transformées en lits d’accouchement à Ath Bchina, les habitants de Darmoun qui ne captent ni télévision ni radio, Baghai à qui on a refusé la statue de la reine berbère Dihya.  Pourtant dans son pays natal, l’aéroport de Batna a été baptisé du nom de Imedghassen puis débaptisé pour ne pas froisser les nostalgiques de l’Algérie orientale. C’est ainsi qu’est né un livre Aurès ma douleur, “un récit dur, réaliste”, écrit Rachid. “Je dois faire attention aux points et aux virgules, il n’y a pas de problème, car j’illustre avec des photographies les tristes réalités  de mon Aurès.  Aurès ma douleur ne sera qu’un début pour d’autres écrits que je considère comme devoir de mémoire. Je le dédie à mon fils  Youba… et à tous ceux qui se battent pour la liberté au sein du mouvement citoyen, à M. Benchicou, à Yamina Mechakra.”

N. B.