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A la une / Actualité

Musique

Si l’andalou m’était conté

Depuis la brillante civilisation de Cordoue, des dizaines de maîtres ont disparu, emportant avec eux des pans entiers de la mémoire de cette musique.

Sommes-nous au bout de l’effort de récupération et de transcription du patrimoine musical andalou ? Cet effort, ô combien nécessaire, est loin d’être malheureusement accompli alors que la mémoire dans ce domaine ne cesse de s’effriter.
Avec ses 24 noubas dont parle le célèbre encyclopédiste algérien Al Maqqari (m. en 1631) incontournable pour la connaissance de l’histoire de l’Andalousie des savants, des poètes et des musiciens, le patrimoine de cette musique ne comptait pas moins de 3 000 morceaux avec leurs variantes mélodiques.
Aujourd’hui, quelques centaines de morceaux sont compilés et jalousement protégés par des musiciens. Le dernier grand templier de cette musique, Cheikh Larbi Bensari dont l’Algérie s’apprête à célébrer le 24 décembre prochain le 38e anniversaire de sa mort, possédait, dit-on, un répertoire atteignant  à  sa  mort 1 200 morceaux. Trente ans plus tard, le dernier bibliophile tlemcénien, Mohamed Bouali, dont il a été le principal relais de transmission de cette musique à  Tlemcen et cela après la mort du maître, ne conservera dans ses cahiers que 720 morceaux à peine.
Prendre conscience de la situation difficile traversée par ce patrimoine due à l’érosion de sa mémoire orale, c’était, il y a déjà longtemps, faire en sorte de le conserver. Or, l’absence d’une politique réelle et efficace de protection des patrimoines archéologique, littéraire, artistique, n’a point facilité ce travail qui reste toujours entier d’où l’importance de la tâche qui reste à faire. C’est dans ce cadre et en dehors de l’aide de l’État que s’inscrivent certaines actions de mécénat dont il faut louer les résultats. En dehors des associations de bénévoles qui ont fait de la protection de ce patrimoine un cheval de bataille, et ce, souvent, contre vents et marées, depuis et avant l’indépendance, pendant la longue nuit coloniale, le travail d’enregistrement accompli par le mélomane et chercheur en musicologie Fayçal Benkalfate ne passe pas inaperçu. Voilà que depuis plusieurs années déjà que ce dernier s’évertue,  par des moyens qu’il a lui-même installés et adaptés avec l’aide de mécènes soucieux de conserver l’art musical andalou, à enregistrer des noubas avec toutes leurs variantes de poésies, de mélodies, de rythmes.
Du fait de sa volonté, ce chercheur en musicologie a déjà consigné sous forme de CD -Rom près de 30% du patrimoine de cette musique pour ce qui est notamment du vaste répertoire  de l’école de Tlemcen. Un coffret de CD-Rom comprenant 12 noubas a été réalisé et diffusé.
Un même effort est actuellement engagé aussi pour l’enregistrement du patrimoine de l’école d’Alger. À ce jour, fera remarquer Fayçal Benkalfate, 220 morceaux des répertoires de Tlemcen et d’Alger de cette musique héritage du passé artistique et littéraire de l’Andalousie, ont été enregistrés et ce, avec la participation des associations musicales ou des chanteurs connus dans ce domaine.
Ce travail d’enregistrement se poursuit malgré les difficultés et l’absence de l’aide prévue par l’État, explique Fayçal Benkalfat. “Nous sommes financièrement à la limite de ce que nous pouvons faire devant l’absence d’intérêt accordé à ce travail par les institutions publiques chargées des secteurs de l’art et de la culture”, ajoutera-t-il
Pourquoi ce désintérêt de l’État à l’égard de cet effort jamais engagé auparavant en Algérie et en outre par des moyens privés ? Voilà une situation à laquelle Fayçal Benkalfate ne trouve pas, dit-il, d’éléments de réponse.
Par aillieurs, grâce aux moyens modernes de décryptage, les morceaux sont enregistrés, transcrits et leurs textes poétiques traduits en langue française par l’écrivain Souheil Dib. Ce travail est étayé, enfin, par une étude des systèmes modaux et rythmiques.
Cet effort d’étude et de conservation du patrimoine musical a exigé bien sûr la mise sur pied d’un orchestre dont “la valeur est aujourd’hui reconnue à l’échelle mondiale”, fera remarquer Fayçal Benkalfate. À deux reprises, cet orchestre sera, au cours de l’année 2002, invité à se reproduire à la cité de la musique à Paris, à Tunis à  l’occasion de la célébration de la disparition du grand musicologue Rudolph Derlanger, organisateur du premier congrès sur la musique arabe qui s’est tenu au Caire en 1932.

B. E. H.