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il est propulsé subitement au-devant de la scène

Slimane Chenine ou l’entrisme à l’heure du “hirak”


Personne ne pensait à lui comme président de l’Assemblée populaire nationale (APN) jusqu’au jour de la plénière, lorsque son nom a circulé comme par enchantement dans les travées de l’hémicycle. C’est qui, donc, Slimane Chenine, député d’un petit parti d’obédience islamique, qui, du jour au lendemain, sans effort et presque sans le vouloir, se trouve propulsé à la tête d’une importante institution de l’État ? Mercredi 10 juillet. 

Alors que tout le monde était quasi convaincu que le FLN garderait la main sur l’APN, en tant que parti majoritaire, ne voilà-t-il pas que, à la surprise générale, c’est un député islamiste qui a été coopté pour succéder à Mouad Bouchareb, poussé vers la sortie par une pression de ses partisans et de la rue. Retour sur le parcours d’un “homme de l’ombre” qui a toujours œuvré dans les coulisses. Les Algériens découvrent, au soir du 10 juillet, sur les écrans de télévision, le visage d’un “homme nouveau” qui leur parle des “acquis du mouvement populaire”. Puis, avant de clore son adresse, visiblement improvisée pour coller à la circonstance, le successeur de Mouad Bouchareb rend “hommage à l’armée” et “à son commandement”. Le ton est donné. Beaucoup d’Algériens, à commencer par les partis de l’opposition, ont compris le message : l’arrivée de Slimane Chenine à la tête de l’institution parlementaire est le fruit d’une recommandation et non d’une tractation entre parlementaires, comme on tente de le faire accroire. 
Car, avant ce jour, rien ne prédestinait cet homme, natif d’Ouargla en 1965, à présider aux destinées d’une institution “promise” aux partis du pouvoir depuis 1977 (essentiellement au FLN, le RND n’a géré l’APN, par le biais d’Abdelkader Bensalah, que durant le mandat de 1997 à 2002). Avant d’être élu député à Alger, lors des dernières élections législatives de 2017, sur une liste commune composée par trois partis islamistes (Adala, El-Bina et Nahda), Slimane Chenine avait derrière lui un long parcours politique. Lorsqu’il était étudiant, il active dans la mouvance islamiste. C’est ainsi qu’il se rapproche alors du leader du Hamas, Mahfoudh Nahnah, qui le prendra sous son aile. “Il était son chouchou”, témoigne un journaliste, qui a beaucoup travaillé avec lui. Nahnah en fera son chef de cabinet. En effet, au début des années 1990, Chenine prend du galon et accumule les promotions au sein du Hamas. 
Il devient conseiller, puis secrétaire particulier du “cheikh”, condamné dans les années 1980 pour destruction de biens publics pour, dit-on, marquer son opposition au système politique. Le désormais nouveau président de l’APN était même l’une des rares personnes à avoir accompagné Mahfoud Nahnah lorsque les responsables militaires ont décidé, en janvier 1992, de suspendre le processus électoral. Il sera également, début 1999, à ses côtés quand son gourou de “cheikh”, interdit de se porter candidat, apportera son soutien au candidat Abdelaziz Bouteflika, élu chef de l’État en avril de la même année. Durant la décennie noire, Chenine ne quittera pas son mentor. Il en deviendra le porte-parole officiel et se frayera ainsi un chemin dans le monde médiatique. Tout en étant chargé de communication du leader du Hamas, Slimane Chenine collaborera dans des médias algériens et étrangers, notamment panarabes. Il finira par créer son propre média, le journal arabophone El-Raed. Le journal, au faible tirage, bénéficie de la publicité Anep. Il est édité par le “Centre El-Raed pour la recherche”. Ce centre, qui organisait des conférences et des débats, a été fermé “par les services de sécurité” depuis quelques années déjà. Les autorités n’ont pas apprécié la venue de personnalités issues de la mouvance islamiste mondiale. L’homme est soupçonné de proximité avec les services de renseignement. 
L’étiquette lui a collé pendant longtemps. L’édition d’un journal et le bénéfice de la manne publicitaire Anep sont un privilège qui accentue ce soupçon. Chenine n’a pas démenti. Il a laissé dire. 
Le décès de Mahfoud Nahnah en 2003 le pousse à faire des choix. S’estimant un des gardiens, voire l’héritier de “la ligne originale” que le “cheikh” disparu a imprimée au Hamas, il rejoint le Mouvement du changement fondé par Abdelmadjid Menasra, avant de rejoindre, en 2013, le mouvement El-Bina, créé notamment par Abdelkader Bengrina et Ahmed Dane, tous anciens du Hamas. 
Est-ce la facilité à changer de camp et sa prédisposition à s’adapter politiquement qui font qu’il soit choisi pour présider l’APN ? Dans les allées de l’APN, le bruit a couru que c’est un coup de fil venu d’en haut qui a fait son bonheur. Mais alors, pour quelle contrepartie, quelle mission ? C’est toute la question. 
À des amis qui ont pu le rencontrer après sa désignation à la tête de l’APN, il a confié qu’il est là pour contribuer à la réussite du dialogue. Mission délicate pour celui qui ne compte pas que des amis au sein de la mouvance islamiste. Ses anciens partisans du Hamas, aujourd’hui MSP, lui tiennent rigueur. Toujours. 


Ali Boukhlef



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