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Après la polémique sur la priorité de l’une sur l’autre

Tamazight et la Palestine : pourquoi devrait-on choisir ?

Béjaïa, à l’instar d’autres wilayas, était au rendez-vous. ©D. R.

Pour les besoins de “La Cause”, il faut disqualifier toutes les causes, tamazight étant, bien entendu, la plus vulnérable d’entre toutes, parce que déjà suffisamment diabolisée et suspectée en permanence de représenter un danger pour l’unité nationale.

Entre tamazight et la Palestine, il nous faut apparemment choisir. Pas question, nous suggère-t-on, de croire en l’une et en l’autre. Ainsi posé, l’exercice est de tout repos pour ceux qui sont sensibles au sort de Jérusalem et de l’Esplanade des mosquées : pour ceux-là, en général, tamazight n’est pas spécialement une préoccupation, encore moins une revendication pouvant faire l’objet d’un combat. Elle ne peut être, tout au plus, qu’une cause… discutable. Pour les défenseurs de l’amazighité, en revanche, l’équation est bien plus complexe : même s’ils sont sensibles tout autant, jusqu’à preuve du contraire, à la question palestinienne, ils sont sommés, quant à eux, de mettre sous le boisseau, voire de renier toute autre conviction et de passer en pertes et profits leurs aspirations propres. Car il s’agit de faire place nette à la cause palestinienne. Comme si celle-ci ne pouvait tolérer aucune coexistence avec une autre cause, fut-elle juste et indiscutable.
Fussent-elles celles de Nelson Mandela et de Martin Luther King qui, pourtant, étaient inspirées par ce même besoin, humain et universel, de liberté et de justice.
Encore heureux, d’ailleurs, que la France coloniale n’ait pas eu, en 1954, le “génie malfaisant” de sensibiliser le peuple algérien sur la primo-urgence du sort de la Palestine et sur la nécessité de réfréner le désir de liberté et la soif d’indépendance des Algériens ; les Boudiaf, Abane, Ben M’hidi et autres en auraient été réduits à prêcher dans le désert…
Encore heureux, aussi, que l’on n’ait pas mis fin à toute collaboration algéro-américaine dans la lutte antiterroriste, alors même que Donald Trump vient de décider de transférer le siège de l’ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem. Car la lutte antiterroriste elle-même devrait s’éclipser pour permettre la mobilisation de tous et de toutes les énergies pour El-Qods. “Si la Palestine était terroriste, je serai encore de la Palestine”, a écrit hier sur sa page facebook un journaliste algérien bien connu. “Et si un conflit survenait entre l’Algérie et la Palestine, je serai du côté de la Palestine”, a-t-il ajouté pour que nul ne doute de son choix. Ou de son zèle, très algérien.
Les termes de l’équation sont donc bien posés : pour les besoins de “La Cause”, il faut disqualifier toutes les causes, tamazight étant, bien entendu, la plus vulnérable d’entre toutes, parce que déjà suffisamment diabolisée et suspectée en permanence de représenter un danger pour l’unité nationale. Et, comme la diabolisation n’a jamais cessé, y compris aujourd’hui que la langue est reconnue “officielle” dans la Constitution, la cause palestinienne et le geste de Trump sont certainement bons à exploiter pour jeter un surplus de suspicion sur une revendication portée par des millions d’Algériens et dont plus personne n’ose remettre en cause la légitimité.
Nous sommes, ici, dans la parfaite continuité de l’œuvre des régimes arabes, entamée depuis 1948, et inlassablement poursuivie après la décolonisation des pays de la région, et qui a consisté, partout, à faire taire, au nom de la “primauté” et de la “sacralité” de la cause palestinienne, toute velléité de contestation ou de revendication... La cause palestinienne n’a pas avancé pour autant, bien au contraire, mais pourquoi changer une “recette” qui, jusqu’ici, a grandement contribué, tout au moins, au maintien du statu quo recherché ? Tamazight n’est donc, en réalité, que la partie visible de l’iceberg car, au fond, ce déclassement dont elle fait l’objet vaut pour toutes les revendications démocratiques ou sociales aujourd’hui exprimées en Algérie.
Dommage que certains observateurs, pourtant inattendus sur ce terrain, s’en prennent à ce jeu, à leur corps défendant.
Mais, au fait, comment font-ils pour avoir le cœur à écrire sur “le nomadisme politique”, sur Ouyahia, sur Ould Abbes ou sur les ordures qui jonchent nos rues, alors même que la cause palestinienne vient de subir une énième agression israélo-américaine ?…

Saïd Chekri


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