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A la une / Actualité

L’économiste Ferhat Aït Ali à propos de l’informel

“Un phénomène social et économique qui a un pendant politique”

© D.R.

Liberté : Quel est le poids de l'informel dans l'économie nationale ?
Ferhat Aït Ali : Ce que nous appelons communément activités informelles représentent moins de 30% du PIB, avec des fonds représentant moins du quart du volume de transactions, soit 50 milliards de dollars de transactions avec des plus-values de l'ordre de 12 milliards de dollars, soit, si on devait les imposer, des recettes maximales de l'ordre de 4 milliards de dollars en plus pour le Trésor. Quant au cumul des gains et revenus non déclarés chez les particuliers, il ne doit pas dépasser les 2 000 milliards de dinars, eux-mêmes recyclés dans différents achats et opérations, et dont la plus grande partie est sous prescription fiscale depuis longtemps.

Toutes les mesures prises pour éradiquer ce fléau n’ont pas donné de résultats probants. Quelles sont, selon vous, les raisons à l'origine de cette incapacité à résoudre cet épineux problème dans notre pays ?
C’est un phénomène social, et pas seulement économique. Il a même un pendant politique et juridique. Les marchés anarchiques sont venus suppléer le manque de marchés officiels bien gérés, et aussi à une injustice fiscale, caractérisée aussi bien dans les taux de prélèvement que dans la précarité des activités qu'elle cible. Ajoutons à cela l'inefficacité d'une administration fiscale à revoir de fond en comble, dans l'appréhension des activités non déclarées, et sa pression qui se rabat sur les activités déclarées aussi bien pour les besoins insatiables de l'État en recettes que pour celui de certains de ses agents en prébendes. Quand une administration est opaque, défaillante et obéit elle-même à des ordres, la sphère réelle visible est perçue comme plus risquée. Toute action de lutte contre un phénomène doit commencer par sa genèse et ses facteurs générateurs.

L’opération dite “déclaration fiscale volontaire”, lancée en 2015, qui visait à inciter les détenteurs de capitaux à mettre leur argent dans le circuit bancaire moyennant une imposition de 7%, a été un échec total. Quelles en sont les causes ?
Cette opération cocasse, qui exigeait du détenteur de capitaux de prouver que les fonds détenus par lui étaient propres de toute suspicion quant à leur origine, était viciée d'avance, en ce sens qu'elle mettait l'administration, source de tous les informels, en position discrétionnaire face à la partie qui a déclaré ses capitaux, sans aucune garantie juridique, était vouée à l'échec. Car perçue dès le départ, par ceux qui avaient des capitaux, comme une source de tracasseries futures et de chantages, si ce n'est de rétorsion, sur des fonds qui, jusque-là, manœuvraient sans aucune entrave dans la sphère réelle, dans un pays où 40% de la masse monétaire était émise en billets et pièces, alors que l'euro ne l'est qu'à 5%.

Quelles-sont les solutions que vous préconiseriez, vous, en tant qu'expert, pour la lutte contre ce fléau ?
Je ne vois pas comment une personne qui touche 20 fois le SNMG, sans rien faire d'utile de sa journée, peut se prévaloir de payer des impôts, alors que le reste de son salaire est indu, pour obliger des petits commerces précaires à lui verser encore de quoi continuer à vivre aux crochets de la société. En outre, la Banque d'Algérie qui permet l'existence d'un marché de devises parallèles à 200 mètres de son siège, en le laissant s'alimenter par la surfacturation, tout en interdisant aux résidents le droit d'échanger leurs dinars sans passer par ce marché, ne peut lutter contre ce phénomène. Un gouvernement qui ne peut également fonctionner sans prélever d'une manière ou d'une autre 40% du PIB sur les avoirs de la société, dont le pétrole, pour en orienter l'intégralité à sa guise vers des sources vivant de l’informel et de la non-productivité, ne peut lutter contre l'informel. Préconiser une solution, dans cet environnement sans en appeler au changement intégral de notre approche de la gestion du pays et une révision du vivier sociopolitique de ces phénomènes, relève du charlatanisme pur et simple.


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2 réactions
Wake-up le 24/09/2017 à 16h03

Dans les pays en bonne santé (Europe, USA, etc.), le taux de change (Euro-Dollard) à l’hôtel ou au resto est plus faible que dans un bureau de change. Le taux de change sur la rue est le baromètre de l’état de santé de l’Algérie. Tant que le dinard vaut moins au change sur la rue ceci indique que l’Algérie est malade. Plus la différence est grande plus elle s’approchera du coma. Comme la température d’un malade qui passe de 37.5 à 42. Voici un exemple illustratif :

Wake-up le 24/09/2017 à 16h15

Un milliard d’Euros échangé pour l'import = 134 milliard de DA. Ce milliard vaut environ 200 milliard de DA sur le marché informel (66 Milliard de DA benef). Le vendeur étranger donne à X une facture de 1 Milliard d’euros pour une marchandise qui vaut le quart. X le paie un demi-illiard. Où est parti l’autre demi-milliard ? en partie retourné sur le marché informel…élémentaire. En fait, qui a le droit d’échanger un milliard d’euros au prix de la banque en Algérie pour importer ?

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