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Gestion du pays

Une absence de vision stratégique avérée

La crise que vit l’Algérie, suite à la chute des cours des hydrocarbures, n’a fait que confirmer les vulnérabilités du mode de gestion du pays. Les feuilles de route des différents gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays font ressortir que leur vision de l’évolution de notre économie, en plus d’être à très court terme, ont péché par manque de décisions stratégiques ou efficaces à même de sortir le pays de la crise. La nomination, en août dernier, d’Ahmed Ouyahia en remplacement d’Abdelmadjid Tebboune, dans les circonstances que l’on sait, se devait d’être accompagnée d’un sursaut qualitatif dans le mode de gouvernance de notre économie. Qualifié de “l’homme de la situation”, son retour aux affaires était perçu, par ses partisans, comme l’avènement du pragmatisme au service des intérêts du pays. Mais il n’aurait fallu que quelques mois pour les démentir. Il faut dire que dès le départ, le “plan Ouyahia” a fait peur aux économistes, notamment en ce qui concerne le recours à la planche à billets.
Face aux critiques et aux avertissements multiples, le Premier ministre a préféré faire le dos rond en avançant “le refus de l’endettement extérieur et la préservation de la souveraineté du pays”. Beaucoup d’observateurs très avertis déplorent le manque de vision du gouvernement Ouyahia. Un manque de vision avoué par le Premier ministre lui-même devant les patrons algériens à l’occasion de l’université d’été du Forum des chefs d’entreprise (FCE) lorsqu’il a déclaré : “Il nous est difficile de bâtir une vision de l’avenir ou de ce que sera l’Algérie en 2050.”
À vrai dire, la méthode Ouyahia ne diffère guère de celle de ses prédécesseurs. Elle est empreinte d’approximations et de manque de cohésion entre les différents départements ministériels. Sinon, comment expliquer  le revirement du Premier ministre relatif à la liste des concessionnaires automobiles autorisés à faire du montage. Selon des articles de presse, c’est le ministre de l’Industrie et des Mines, Youcef Yousfi, qui se serait opposé à cette liste des marques automobiles autorisées à produire en Algérie. D’où son ajournement. Est-ce à dire que cette liste a été établie sans concertation avec ce ministère censé gérer le secteur ? Il y a également l’interdiction à l’importation de près de 900 produits. De nombreux experts s’interrogent sur la pertinence de cette liste et les critères qui ont prévalu pour son établissement. Une question légitimée par la montée au créneau de certains opérateurs qui en subissent déjà les effets. Pour les observateurs, le gouvernement continue dans sa gestion administrative du commerce extérieur en remplaçant une interdiction par une autre. Dans une tribune, publiée récemment, Alexandre Kateb, ancien membre de la task force de Sellal, écrit qu’“on ne peut qu’être dubitatif face aux déclarations des responsables ministériels et notamment celui du Commerce, empêtré dans des explications confuses et alambiquées. On invoque le retour à des instruments de régulation du commerce plus conformes à la logique économique, qu’il aurait fallu instaurer dès le départ, au lieu de recourir à des mesures administratives anachroniques”. Par ailleurs, Alexandre Kateb juge que la réforme du système bancaire est au point mort. Il estime que la bourse “n’est considérée par les dirigeants politiques que comme une curiosité exotique, qu’il a bien fallu se résoudre à créer lors du dernier plan d’ajustement structurel conclu avec le FMI, mais qui ne présente aux yeux de ces dirigeants aucune utilité”.
D’ailleurs, Ahmed Ouyahia semble faire l’impasse sur ce levier important. Lors de l’université d’été du FCE, il a été clair en déclarant que très peu d’entreprises publiques peuvent entrer en Bourse à cause de leur situation financière, en ajoutant que “tant que je serai Premier ministre, aucune entreprise publique juteuse n’entrera en Bourse”. Pour Alexandre Kateb, “le système économique est à l’image d’une classe politique qui reste figée dans ses archaïsmes, et qui refuse obstinément de prendre en compte le facteur temps et la rationalité économique dans ses décisions”.

Saïd Smati


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