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A LA UNE / Actualité

Tomate industrielle

Une filière malmenée par les scandales

Malgré une production suffisante, l’Algérie continue à importer de la tomate industrielle. ©D. R.

Les importations en provenance de Chine, financées de surcroît par les banques publiques, ont sérieusement mis à mal une activité qui se retrouve anesthésiée par les comportements frauduleux de certains opérateurs.

La filière de la tomate industrielle est menacée d’effondrement. Producteurs et conserveurs font face, depuis quelques années déjà, à la concurrence des importations, un sport auquel s’adonnent deux grands industriels. Ceux-ci, membres du Forum des chefs d’entreprise (FCE), continuent de bénéficier d’importantes lignes de crédit aux fins de l’importation, quand bien même la production nationale couvrirait les besoins en quantités suffisantes. La situation ne semble pas bouger d’un iota malgré les velléités de contrôle des importations manifestées par l’Exécutif. Preuve en est les quantités de triple concentré de tomates débarquées au port d’Annaba, il y a une quinzaine de jours, à l’heure où agriculteurs et conserveurs locaux tentent, tant bien que mal, de sauver la saison.
En effet, 80 containers chargés de triple concentré de tomates en provenance de Chine ont été débarqués récemment au port d’Annaba, peu après les déclarations du ministre de l’Agriculture, le 16 juillet à El-Tarf, plaidant pour l’arrêt des importations du triple concentré de tomates, prétextant une production suffisamment capable de couvrir les besoins nationaux. Bénéficiant d’importants crédits à l’importation attribués essentiellement par le CPA (Crédit populaire d’Algérie) et par la BEA (Banque extérieure d’Algérie), des facilitations sur toute la chaîne du processus procédural, rien ne semble arrêter les deux industriels beaucoup plus investis dans l’importation que dans la production locale. Pis encore, à en croire des opérateurs de l’est du pays, le triple concentré de tomates importé sert à être mélangé à de faibles quantités de la production locale pour pouvoir bénéficier des subventions accordées par l’État aux professionnels de la filière. La subvention accordée par l’État aux conserveurs s’engageant à acheter la production des agriculteurs est estimée à 1,50 dinar le kilogramme de tomate.
Des comportements frauduleux qui ont quasiment anesthésié la filière alors que celle-ci aurait pu non seulement couvrir les besoins internes, mais aussi dégager d’importants excédents à l’exportation. “Les importations à tout va depuis la Chine ne se sont jamais arrêtées. Des centaines de millions de dollars ont été injectés par les banques publiques dans l’importation du triple concentré de tomates au détriment des conserveurs et des agriculteurs algériens qui font travailler des dizaines de milliers de personnes dans l’amont agricole et l’aval industriel”, témoigne un des professionnels de la filière, contacté par Liberté. Les agriculteurs ont dû réduire la voilure faute de contrats avec les conserveurs. Cinq conserveries ont, à leur tour, baissé rideau cette année faute de crédits de campagne que la Badr avait l’habitude d’octroyer dans le cadre de la formule Rfig (crédit bonifié). Les professionnels anticipent ainsi une forte baisse des rendements de la filière cette année, tant dans son amont agricole que dans son aval industriel.

Aides de l’État, quel bilan ?
Les importations en provenance de Chine, financées de surcroît par les banques publiques, ont sérieusement malmené l’activité dans toute sa chaîne de valeur, élevant le métier de l’import à la catégorie premium tout en réduisant celui de la production à sa plus simple expression. Les conserveurs implantés à l’est du pays, contactés par nos soins, demandent qu’une sérieuse enquête soit ouverte sur la filière. “De l’argent a été accordé en crédits et en subventions mais le retour sur investissement laisse à désirer”, nous dit-on.
“Le CPA et la BEA ouvrent des lignes de crédit aux fins d’importation au profit de deux industriels, alors que la Badr peine à octroyer des crédits de campagne au bénéfice des agriculteurs et des conserveurs algériens. Le contraste est saisissant”, souligne notre interlocuteur qui dit vouloir attirer l’opinion publique sur des comportements antiéconomiques et contraires aux intérêts du pays. D’une manière générale, les banques publiques sont traditionnellement très fébriles lorsqu’il s’agit de financer l’investissement privé, mais habituellement très réceptives aux demandes des importateurs.
La passivité des autres institutions de l’État ont aidé à encourager les comportements frauduleux et les fléaux qui gravitaient autour de l’acte d’importation.
Quant à la tomate, le ministère du Commerce était bizarrement incapable d’inclure le triple concentré dans la fameuse liste des produits interdits à l’importation, quand bien même la production locale serait capable de répondre aux besoins. Comme pour l’histoire de la filière lait et des céréales qui bénéficient d’importantes subventions, l’État a mis également de l’argent dans la filière tomate à travers d’importantes subventions pour l'acquisition de matériel et à la production.
Agriculteurs et transformateurs en ont profité sans que l’objectif de se libérer des importations soit réalisé. N’est-il pas temps de faire les comptes ? L’enquête exigée par les professionnels de la filière pourrait lever le voile sur des dépassements aussi gravissimes que scandaleux. Quatre wilayas du pays à fort potentiel se sont illustrées dans le domaine de la plantation et de la transformation de la tomate, à savoir Skikda, Guelma, Annaba et El-Tarf. Elles accaparent, à elles seules, 80% des superficies globales de tomate destinée à la transformation. La production de la filière est passée de 4,7 millions de tonnes en 2000 à 12 millions tonnes en 2017, selon les données communiquées par le ministère de l’Agriculture. Concernant les unités de transformation de la tomate, le parc industriel serait riche de 25 unités d'une capacité de transformation de 36 000 tonnes/jour. Plusieurs unités de transformation ont mis la clé sous le paillasson sous le poids de la perte de change héritée des années 1990. Des opérateurs continuent à payer des arriérés, plus de vingt ans après ; les pouvoirs publics refusant d’acquiescer à leur vœu de se voir décharger du fardeau de la dette liée à la perte de change.

Ali Titouche


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