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Loi criminalisant les Violences faites aux femmes

Une petite avancée

Selon l’intervenant qui cite des statistiques officielles, dans certaines communautés, presque 20% des femmes sont victimes de violences conjugales dans un pays où la loi est pourtant connue pour sa sévérité.

 

Si la loi criminalisant la violence faite aux femmes adoptée récemment, après une année de blocage au Conseil de la nation, a agréé les milieux démocrates, en général, et le mouvement féministe, en particulier, le Dr Madjid Yesli, médecin de famille au Québec et ancien DSP (directeur de la santé et de la population) de Tizi Ouzou au début des années 2000, demeure prudent. Pour lui, entre la théorie et la pratique du terrain, il y a loin de la coupe aux lèvres. Il a étayé son propos dans une conférence qu’il a animée, samedi à Montréal, à l’invitation de la fondation Tiregwa. L’orateur, qui a disserté sur la violence intrafamiliale, a construit d’emblée un plaidoyer pour une communication “non violente” au sein de la famille. L’orateur affirme que cette loi, que les milieux conservateurs ont tenté de saborder, notamment au niveau du Sénat, est le fruit du combat des femmes démocrates. Il y voit “une petite avancée”, même si M. Yesli ne manquera pas de nuancer son propos.
C’est que, d’après lui, la clause du pardon contenue dans la loi en question est pour le moins problématique, en ce sens qu’elle peut anéantir les maigres acquis arrachés de haute lutte par les femmes. Le conférencier suggère une forte mobilisation pour appuyer le mouvement féministe. “C’est le seul moyen, en l’absence de volonté politique des pouvoirs publics ; il reste encore du chemin à faire”, explique-t-il. L’ancien DSP de Tizi Ouzou, après un long exposé sur la violence conjugale, relève que celle-ci fait des dégâts dans les communautés immigrantes, à commencer par la communauté maghrébine établie au Québec.
À ce propos, il dira que 5,2% des femmes sont violentées au Québec. Ce chiffre est en-deçà de la réalité, dans la mesure où, dit-il, la sous-déclaration des cas avérés chez les familles immigrantes est monnaie courante, et ce, pour des raisons historiques, culturelles et sociologiques. Selon l’intervenant qui cite des statistiques officielles, dans certaines communautés, presque 20% des femmes sont victimes de violences conjugales dans un pays où la loi est pourtant connue pour sa sévérité. “À titre indicatif, 6 700 femmes avec leurs enfants ont sollicité des refuges à la suite des violences dans leurs foyers”, souligne le conférencier, qui suggère au gouvernement algérien de prendre exemple sur le Canada qui consacre un budget de 4 milliards de dollars pour lutter contre les violences faites aux femmes. Le numéro vert 911 est un moyen redoutable au Québec. Nombre de femmes algériennes ont dû appeler le 911 à la suite des violences dont elles sont victimes.  Les auteurs de ces violences finissent par séjourner en prison ou dans les commissariats. Même si les chiffres ne sont pas disponibles, il y a, selon des témoignages, des dizaines d’Algériens qui ont fait de la prison pour des violences conjugales. Parfois, ces violences débouchent sur le divorce, une autre plaie au sein de la communauté nationale établie au Canada.


Y. A.