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LE CHANTEUR IDIR TIRE SA RÉVÉRENCE A L’ÂGE DE 71 ANS

VAVA INOUVA S’EN VA...

© Louiza Ammi/Liberté

DES HAUTEURS DES ATH YANNI AU FIRMAMENT DE LA GLOIRE
Idir, une étoile dans le ciel de Dieu

 

 

Il  y  met  tellement  d’amour, de tendresse  et  de  générosité  que  ses œuvres arrivent à transcender les barrières de la langue. Ses mélodies sont  comme  une incommensurable thérapie  pour  ceux  qui  savent apprécier ses hymnes à la vie.

“Tu sais Hamid, je ne pensais pas vivre avant de voir que la lumière de notre culture pouvait être si magnifiquement restituée et si bien interprétée. Tu lui as redonné la place qui lui revient de droit et là-haut au ciel je sens que nos ancêtres jettent sur toi des bénédictions sous forme de poussières d'étoiles”. Qui mieux que l’immense Mouloud Mammeri pouvait trouver des mots tant simples que poignants pour restituer en deux phrases seulement le scintillement de l’étoile naissante, à l’époque, de celui qui aura permis à la chanson kabyle de s’approprier une place parmi les musiques du monde. 

Ce beau témoignage cache, certes mal cette affection paternelle débordante qu’éprouvait Dda L’Mouloud pour le gars de son patelin — qui aura réussi là où beaucoup ont échoué : donner à la culture kabyle, et par-delà à la culture algérienne, cette dimension universelle qui lui manquait. En atteignant le firmament, ce Hamid dont parlait le romancier dans une lettre qu’il lui avait adressée, cédait, ainsi la place à un Idir qui n’avait pas besoin de déployer tout son génie pour voir braisiller dans le ciel de l’universalité les Avava Inouva, Zwits Rwits et Azwaw.

Chantés certes en kabyle, mais les messages délivrés sont authentiquement algériens et profondément humains. Parce que pour Idir, évoquer sa mère, ses ancêtres, son village, sa Kabylie natale, son Algérie, c’est aussi célébrer l’humanité. La mission étant largement accomplie, l’artiste pouvait reposer en paix.  Hamid Cheriet, de son vrai nom, n’avait que 75 ans, mais la fibrose pulmonaire, la maladie qui le rongeait depuis quelques années, a fini par avoir raison de sa combativité et de son… humour. 

Oui parce qu’il avait aussi le sens de l’humour, sacré Idir. “J’avoue avoir vécu ces instants de grâce depuis le 22 février comme des bouffées d'oxygène. Atteint d’une fibrose pulmonaire, je sais de quoi je parle”, répondait-il à une question d’un journaliste français qui l’interrogeait sur la révolution du 22 février 2019. La nouvelle de sa mort est tombée tel un couperet. C’est sa famille qui l’a annoncée samedi soir. 

“Nous avons le regret de vous annoncer le décès de notre père (à tous), Idir le samedi 2 mai à 21h30. Repose en paix papa”, est-il écrit dans un message posté sur la page Facebook de l’artiste. S’ensuivit un florilège d’hommages qui a irradié la Toile dans une anthologie de célébrations à faire oublier que nous perdons un personnage irremplaçable.

C’est que pour le commun des internautes, l’artiste n’est pas mort. Il rejoint juste la constellation d’étoiles qu’il a tant exaltées… pour briller, pour l’éternité. Son legs ? Au-delà d’une discographie plutôt modeste puisqu’elle ne compte, en définitive, que 9 albums, l’aura de l’enfant d’Aït Lahcène, ce village perché comme l’est tout le territoire des Ath Yanni, sur les hauteurs de Tizi  Ouzou, a brillé au-delà des frontières du pays.

N’est-ce pas là le meilleur héritage que l’on puisse laisser derrière soi après avoir rejoint les cieux ? “Rsed A Yidess” que l’on peut traduire approximativement par “Que vienne le sommeil”, c’est tout ce que l’artiste avait dans sa besace en venant au monde de la chanson presque par effraction. Lui-même, il le reconnait, d’ailleurs. Idir entreprenait des études de géologie et se destinait plutôt à une carrière dans l'industrie pétrolière. 

Mais sa vie a basculé en 1973, lorsqu’il a été appelé, à l’occasion d’une émission sur Radio Alger, à remplacer au pied levé la diva Nouara, qui devait interpréter une berceuse qu’il lui avait lui-même composée. Cette berceuse était le point de départ d’une riche et belle carrière, surtout que juste après, en 1976, il enregistre chez Pathé Marconi, son premier album à la tête duquel trône la célébrissime Avava Inouva. 

L’album compte 16 chansons, les unes plus sublimes que les autres. Avava Inouva, Ssendu (battre le lait), Azguer (le veau), Zwits Rwits (chanson de fêtes), Chfigh (je me souviens), Tagrawla (la révolution), Tighri bw gdud (l’appel du peuple), Izumal (les opprimés)… autant dire une œuvre d’art. Idir y met tellement d’amour, tellement de tendresse et tellement de générosité que ses œuvres arrivent à transcender les barrières de la langue. 

Ses mélodies sont comme une incommensurable thérapie pour ceux qui savent apprécier ces hymnes à la vie. Ses chants d’où jaillit une lumière inextinguible ont bercé des générations d’Algériens y compris ceux qui ne comprenaient pas grand-chose à ce qu’il racontait. Mais c’est précisément cela qui distingue Idir, lui dont l’hommage aujourd’hui est unanime. Et c’est sans doute cela qui lui a permis de s’exporter facilement de l’autre côté de la Méditerranée où, il côtoiera bon nombre d’artistes de renom avec lesquels il a enregistré des duos réussis.

Ce fût le cas en 1999, où on le retrouve (avec l’album Identités) aux côtés de célébrités de divers horizons culturels, tels Manu Chao, Zebda, Brahim Izri, Maxime le Forestier, Dan Ar Braz, l’Orchestre national de Barbès. Après une retentissante expérience avec Cheb Khaled et Cheb Mami en compagnie desquels il a repris respectivement Zwits Rwits et Azwaw, Idir collabore avec Jean-Jacques Goldman qui lui écrit une délicieuse complainte Pourquoi cette pluie ?, contenue dans l’album “Deux rives, un rêve”, en 2002. 

En 2017, le chanteur continue sur sa lancée en entreprenant une fructueuse collaboration (album “Ici et ailleurs”) avec, notamment Charles Aznavour, Francis Cabrel, Patrick Bruel, Bernard Lavilliers, Gérard Lenorman, Henri Salvador et, pour la deuxième fois, avec Maxime Le Forestier. Idir a eu une carrière pleine, comme le démontre la profusion d’hommages qui lui ont été rendus à l’annonce de sa disparition, pas seulement par des figures du monde artistique qu’il a tant côtoyé, mais aussi par d’illustres hommes politiques et de sportifs connus.

Ses fans, nombreux, ont également envahi la Toile, qui pour exprimer sa tristesse pour la perte d’une icône de la chanson algérienne, qui pour balancer une photo ou un selfie pris avec l’artiste, qui pour témoigner d’une rencontre impromptue avec lui. D’autres ont choisi une autre façon d’honorer sa mémoire : en partageant ses chansons, ses clips et ses concerts. Une consolation. L’artiste peut reposer en paix. Avant de rejoindre les cieux, il a réalisé ce qui lui tenait à cœur : revenir chanter, même pour une dernière fois, dans son pays auquel il était viscéralement attaché. 

C’est chose faite en janvier 2018, après près de 40 ans d’absence de la scène algérienne. Un grand concert à l’occasion de Yennayer. La double consécration pour le militant invétéré de la cause amazighe qui renoue avec ses fans à la mythique coupole du 5-Juillet à Alger. 

Ayant exaucé, une de ses dernières volontés, le chanteur pouvait reposer du sommeil du juste, non pas, comme il l’aurait souhaité, à l’ombre d’un olivier, là-haut sur ces sommets des Ath Yanni qui l’ont vu naître un certain 25 octobre 1945, mais, crise de coronavirus oblige, dans la région parisienne où réside sa famille. “Rsed A Yidess” (Que vienne le sommeil). Repose en paix l’artiste.
 

Hamid SAIDANI

 

 

 

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Merci IDIR !

 

 

 

 

 

 

 

 


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