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Arrestations, interpellations, débats interdits…

Volonté de répression sur fond de panique

Alger noire de monde malgré la forte présence de la police anti-émeute. © Sofiane Zitari/Liberté

Trois mois de contestation ne semblent pas encore avoir bousculé certains réflexes et habitudes fortement chevillés chez plusieurs responsables.

Sommes-nous finalement dans le cinquième mandat sans Bouteflika, pour reprendre une formule de l’ex-chef de gouvernement Ahmed Benbitour ? À voir l’attitude des services de sécurité depuis quelques jours à l’égard des manifestants, conjuguée aux velléités d’étouffement de l’expression libre qui se manifestent çà et là et la convocation devant les tribunaux de blogueurs, tout porte à croire que le régime, irrémédiablement sourd aux revendications des Algériens, a décidé de privilégier la force et la répression dans l’espoir de venir à bout de la contestation que porte un mouvement inédit depuis le 22 février. 

Hier à Alger, bien avant le début de la manifestation, les services de sécurité, mobilisés en force pour la circonstance comme jamais auparavant, de l’avis des participants, ont procédé à plusieurs arrestations. Des citoyens portant des sacs à dos ont été fouillés alors que d’autres ont été délestés de leurs drapeaux ou pancartes. À l’entrée Est d’Alger, du côté de Bab Ezzouar, des barrages filtrants ont été dressés et des citoyens ­— comme ont témoigné certains d’entre eux sur les réseaux sociaux — en provenance des wilayas de l’intérieur ont été conduits dans des commissariats sans raison apparente. Et n’eût été la forte mobilisation des manifestants, que les informations sur les arrestations ont visiblement galvanisés, les services de sécurité déployés ne se seraient pas empêchés de recourir à la répression, comme ils l’ont déjà fait avec les étudiants mardi dernier. Cette tentation du recours à  la force, dans la foulée de la reprise en main de certaines places, comme la Grande-Poste, édifice emblématique et point de ralliement des contestataires, intervient parallèlement aux tentatives d’empêchement de certains débats publics en soirée et de conférences de certaines figures de l’opposition. Jeudi, la wilaya d’Annaba a refusé l’organisation d’un iftar public en raison de la présence de deux figures impliquées dans la contestation : les avocats Mes Mustapha Bouchachi et Abdelghani Badi. La veille, c’est la wilaya de M’sila qui opposait une fin de non-recevoir à une conférence sur le thème “Économie algérienne, réalités et perspectives” que devait animer l’ex-chef de gouvernement Ahmed Benbitour, à l’invitation de l’UNPEF (Union nationale du personnel de l’éducation et de la formation). 
Parallèlement, de nombreux activistes ont été convoqués par les services de sécurité. À l’Université Alger III, le recteur a refusé le doyen élu par les enseignants à la Faculté des sciences politiques, en l’occurrence Sofiane Sakhri, au motif qu’il est “opposant au régime”. Si elle peut suggérer que le régime est pris d’une peur panique, à mesure que la mobilisation se poursuit, cette propension à la répression et au musellement confirme, si besoin est, la persistance et la survivance de l’état d’esprit qui anime les démembrements de l’État, en dépit de l’insurrection citoyenne pacifique réclamant un changement de système. Trois mois de contestation ne semblent pas encore avoir bousculé certains réflexes et habitudes fortement chevillés chez plusieurs responsables. Mais pour autant, il faut se demander s’il s’agit simplement de faits de résidus épars du régime de Bouteflika ou si cela procède d’une stratégie, une contre-révolution en somme, visant à venir à bout d’un mouvement qui a ébranlé en profondeur le système. Il y a deux jours, le PT a déclaré : “La décision de détention arbitraire de Louisa Hanoune a ouvert la voie à une nouvelle étape de dérives et d’incertitudes en relation avec la contre-révolution qui vise par tous les moyens à faire avorter une révolution menée par des millions d’Algériens et d’Algériennes.” Hier, le FFS a évoqué un “état de siège à peine voilé appliqué pour se débarrasser d’une révolution qui ne fléchit pas”. Dès lors, faut-il y voir aussi la traduction de “l’impératif de revoir la manière d’organiser les marches”, préconisé par Ahmed Gaïd Salah dans son discours lundi dernier à Ouargla ? Ou est-ce le dernier baroud d’honneur d’un régime aux abois ? Nous serons probablement mieux édifiés dans les prochains jours, maintenant que la perspective de l’élection pour juillet prochain est définitivement rejetée par “Son Excellence” le peuple. 


Karim Kebir


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