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Rescapée des massacres du 17 Octobre 1961

Yamna Saâd : “J’ai reçu des coups de matraque alors que j’étais enceinte de 9 mois”

Paris, un certain mardi d'octobre 1961. ©D. R.

Ce témoignage exclusif pour Liberté, est le récit d’une femme, pas n’importe laquelle. Elle est l’épouse de Saâd Abssi, un des responsables de la Fédération de France du FLN pendant la révolution.

Des rescapés des massacres du 17 Octobre 1961, il n’en reste pas beaucoup. La plupart sont aujourd’hui morts de vieillesse. Certains, encore vivants, sont frappés par la maladie, l’usure. Leur mémoire comme leur corps flanche. Quand Yamna Saâd parle, on sent aussi de la fatigue dans sa voix. Une toux persistante lui fait marquer des arrêts dans la conversation. Mais la vieille femme de 76 ans tient bon. Elle raconte, avec fierté, comment elle est sortie de nuit dans la rue, à Lyon, il y 55 ans, pour défiler à la gloire de l’Algérie libre. “Il y avait du monde partout, des hommes, des femmes et des enfants. Nous n’avions pas peur de marcher et de braver la police”, confie Yamna. Elle-même alors âgé d’à peine 21 ans était flanquée de ses deux jeunes enfants, Djamel et Karim, respectivement âgés de deux ans et de un an. Quelques semaines plus tard, elle allait donner naissance à un autre fils. Son ventre était gros comme un œuf mais cela n’a pas empêché les policiers de lui donner des coups de matraque. “Ils m’ont frappée comme tous les autres. Les CRS ne faisaient aucune distinction entre les hommes, les enfants et les femmes, encore moins celles qui étaient enceintes”, raconte la brave femme.
À l’opposé des autres Algériens de Lyon, Yamna avait été informée assez tôt de la tenue de la manifestation organisée en soutien aux compatriotes de Paris, ciblés par un couvre-feu préfectoral. Mais les représentants locaux de la Fédération de France du FLN, l’ont dissuadée fortement d’y prendre part compte tenu de sa grossesse. “Ils avaient insisté pour que je n’y aille pas surtout que mon mari était à cette époque en prison”, fait-elle savoir. Son époux est Saâd Abssi, un des responsables de la FF-FLN. Il avait été arrêté six mois plutôt pour son rôle dans l’organisation de la lutte clandestine en Hexagone. Il tenait des réunions, collectait de l’argent et surtout organisait la solidarité à l’égard des familles de militants tués ou emprisonnés. À son tour, il s’est retrouvé derrière les barreaux laissant sa femme et ses jeunes enfants aux soins de ses compagnons. “Les frères s’occupaient de nous et nous permettaient de survivre”, dit Yamna. Les mêmes ont fait leur possible pour l’empêcher de défiler le 17 octobre. Mais elle a refusé de leur obéir. Comme son mari, Yamna était déterminée à faire entendre sa voix. À la question de savoir si elle regrette aujourd’hui d’avoir pris un si gros risque, l’héroïne anonyme de cette nuit du 17 Octobre, répond par la négative. “Absolument pas. Je l’avais fait pour l’Algérie”. Galvanisée par sa jeunesse et ses convictions, elle avait tenu tête aux forces de l’ordre qui voulaient lui arracher ses enfants des mains avant de la fourrer comme tant d’autres femmes dans un camion. “J’ai refusé de céder alors que je voyais d’autres pleurer d’impuissance à le vue de leurs petits laissés seuls sur la chaussée”, raconte Yamna. Toutes les femmes furent alors conduites dans un terrain vague, bordant une décharge à la périphérie de la ville. Elles sont laissées là toute la nuit, avant d’être autorisées à regagner leur domicile. Les hommes eux ont été arrêtés, emmenés dans des camps. Certains ne sont jamais revenus. Pour dénoncer les arrestations et les noyades de Paris, les Algériennes de Lyon sortent de nouveau dans la rue. Impénitente, Yamna les suit avec courage toujours accompagnée de ses enfants. Aujourd’hui, elle est fière de dire que ces derniers sont devenus des adultes accomplis. La fratrie s’est agrandie. Quatre autres enfants sont venus au monde depuis. “Ils sont tous mariés maintenant”, révèle la vieille femme. Dans son appartement de Gennevilliers, au nord de Paris, elle continue à prendre soin de son mari, très affaibli par la maladie. “Nos enfants nous entourent. Nous sommes heureux”, conclut Yamna dans un murmure.   

S. L.-K.


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