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Auto / Auto-News

LE FONDATEUR DE LARGUS.DZ, MOURAD SAÂDI, S’EXPRIME SUR LE CAHIER DES CHARGES

“Les prix des véhicules importés seront élevés”

© D.R

Dans cet entretien, M. Saâdi décortique les dernières déclarations du ministre de l’Industrie, Ferhat Aït Ali, analyse l’évolution du marché automobile et s’exprime sur l’impact que pourraient avoir certaines clauses du prochain cahier des charges sur le marché du neuf. 

Liberté : Le nouveau cahier des charges relatif à l’importation des véhicules neufs suscite un débat houleux, et les opérateurs prétendants retiennent leur souffle. Comment appréhendez-vous cette situation ?
Mourad Saâdi : 
Avec impatience ! Tenant compte du fait que l’offre automobile est quasiment nulle depuis plusieurs années, il est aisé de constater dans quelle situation a été induit le marché, sachant que ses besoins sont énormes. Le cahier des charges attendu devra à mon humble avis mettre l’accent sur l’aspect technique et son contenu devra définir, par exemple, les procédures d’homologation des véhicules importés. Celles-ci doivent être rigoureuses mais rapides afin de ne pas pénaliser les concessionnaires. Par le passé, cette procédure pouvait durer plusieurs mois, ce qui n’était pas normal du tout. Aussi, en termes de finitions, le client doit pouvoir choisir la dotation d’équipements en fonction de son budget. En entrée de gamme, il serait absurde d’imposer une offre dotée de quatre airbags et de l’ESP. Cela alourdira le prix et exclura de fait une bonne partie des citoyens qui aspirent enfin à accéder à l’automobile. 

Les premiers éléments révélés par le ministre de l’Industrie sur ce cahier des charges laissent les observateurs perplexes. Selon vous, qu’est-ce qui va changer ?
Pour l’instant, nous attendons la publication de ce nouveau cahier des charges. Il serait hasardeux de porter un jugement anticipé sur ce qui va changer. Ce qui me paraît évident selon les premières informations rendues publiques, ce sont les difficultés que vont rencontrer les concessionnaires au regard, par exemple, des surfaces disproportionnées des infrastructures exigées dans ce nouveau cahier des charges. Si cela se confirme et en ajoutant l’obligation d’être propriétaire de ces infrastructures ainsi que de celles des entrepôts sous douane, il me paraît difficile pour un concessionnaire de tenir des prix de vente qui soient raisonnables. Ces exigences annoncées vont alourdir les charges qui seront forcément répercutées sur le prix du véhicule. Par ailleurs, il me semble que c’est la relation entre le constructeur et son représentant qui devra définir l’ensemble des éléments liés à la gestion de la marque, sachant que le concessionnaire doit impérativement répondre aux normes et aux valeurs de la marque représentée. 

Le ministre de l’Industrie a également donné un avant-goût concernant les prix des véhicules à importer en affirmant que la voiture ne sera pas à la portée de toutes les bourses. Est-ce la fin pour le segment A (même en entrée de gamme) en Algérie ? Y a-t-il des non-dits, selon vous ?
Au regard des conditions qui prévalent actuellement dans notre pays, il est certain que les prix des véhicules qui seront importés seront élevés. Tout d’abord, il faut considérer que l’activité automobile va repartir de zéro. En première année pleine, je n’imagine pas un marché florissant avec des volumes qui puissent satisfaire la forte demande. Au risque de me tromper, je dirais que le marché en 2021 du véhicule particulier ne dépassera pas 80 000 unités. L’incertitude liée au taux de change, les taxes élevées et la prudence des importateurs sont les éléments qui vont déterminer le volume qui sera importé. Comme il sera loin de répondre aux besoins du marché, les prix seront certainement élevés. Quant à dire que c’est la fin du segment des citadines, seul le contenu du cahier des charges nous le dira, sachant que sur ce segment de marché, il n’existe pas de modèle doté d’airbags latéraux, ni d’ESP, excepté sur les marques Premium dont les volumes sur ce segment sont insignifiants sur notre marché.

Le ministre de l’Industrie a révélé sur les ondes de la Radio nationale que deux grands constructeurs ont exprimé leur souhait de s’installer en Algérie. Est-ce possible dans les conditions actuelles, sachant que des usines sont fermées pour les raisons qu’on connaît tous et d’autres pataugent et/ou sont en attente du feu vert pour entrer en exploitation ?
Entre l’annonce d’un constructeur qui affirme sa volonté de venir investir dans notre pays et la concrétisation de cette annonce, beaucoup de temps va passer. Aujourd’hui, les constructeurs sont plutôt préoccupés par les stocks importants qui n’ont pas été écoulés en raison de la pandémie de Covid-19. Aussi, nous assistons à un regain certain du sentiment national qui fait que les constructeurs envisagent le rapatriement de leurs productions afin de préserver l’emploi dans leurs pays respectifs. Il me semble donc qu’il est prématuré pour un constructeur d’envisager un investissement lourd en Algérie dans un avenir proche. Cela étant, la venue d’un grand constructeur sera certainement la meilleure solution pour notre pays de se doter d’une industrie automobile digne de ce nom. Notre pays dispose de nombreux atouts. À charge pour nous de les mettre en valeur.

Cette situation pèse lourdement sur l’avenir de l’industrie automobile et impacte inéluctablement les prix sur le marché de l’occasion qui, selon nos échos, dépassent tous les seuils. Comment analysez-vous cette situation kafkaïenne ?
Oui, nous sommes indéniablement dans une période difficile et incertaine. L’absence d’une offre suffisante sur le véhicule neuf a pour conséquence de valoriser le véhicule d’occasion, cela est logique. Cette situation va encore durer, puisque les premières importations ne seront effectuées qu’au cours de l’année prochaine. 
En plus, comme souligné, ces importations en première année seront loin de répondre aux besoins du marché, ce qui fera perdurer la cherté du véhicule d’occasion. Dans une autre perspective, je ne vois pas pourquoi le marché du véhicule d’occasion ne bénéficie d’aucune attention. Pourtant, il peut générer de l’emploi, de la richesse pour le Trésor public et de la sécurité. Ce qui est loin d’être le cas au niveau des souks.

Entretien réalisé par : FARID BELGACEM


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