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Économie / Avis d'expert

Avis d'expert

Déplétion des gisements conventionnels et après-pétrole

Après plus d’un demi-siècle d’exploitation des hydrocarbures, l’Algérie est arrivée à un tournant de ses capacités de production pétrolière et gazière qui, après avoir atteint un maximum, viennent d’entrer dans une phase de déclin.

Le  fameux pic pétrolier (oil peak) est déjà derrière nous. Il suffit de regarder les profils de production pour constater qu’il a eu lieu vers 2007-2008 aussi bien pour le pétrole que pour le gaz.
Avec le vieillissement et l’épuisement de la plupart des gisements du pays, y compris les super-géants de Hassi Messaoud et de Hassi R’mel, le rythme de production ne peut plus se maintenir. La phase de déclin dans laquelle ils sont entrés depuis plusieurs années se poursuivra progressivement et inéluctablement jusqu’à leur fin de vie car le soutirage qu’ils subissent entraîne une baisse continue de la productivité et des réserves qui ne peuvent plus être compensées par les apports, plutôt modestes, des nouvelles découvertes.  
Déclin des exportations et de la rente pétro-gazière
Le déclin de la production auquel se superpose un accroissement rapide de la consommation locale se traduit par un déclin rapide des exportations et de la rente des hydrocarbures. Certaines projections laissent entendre que, si la tendance actuelle perdure, les exportations diminueront progressivement jusqu’à arrêt complet  vers 2020  pour le pétrole avec, à cette date,  disparition de la rente et fin de l’autosuffisance pétrolières puis vers 2030 pour le gaz avec, à cette date, disparition de la rente et fin de l’autosuffisance gazières. En d’autres mots,  l’après-pétrole est en train de s’inviter plus tôt que prévu, alors que nous ne sommes pas prêts pour le recevoir.
On est en droit, bien sûr, de contester la précision de telles prévisions.
Mais même si elles s’avéraient imprécises au point de les reculer de quelques années, cela ne changerait pas grand-chose au fond du problème car elles resteront trop rapprochées et ne laisseront que très peu de temps pour mettre en œuvre les mesures qui s’imposent. Par  conséquent, il devient urgent de trouver des solutions pour repousser le plus loin possible de pareilles échéances  et gagner ainsi un supplément de temps précieux pour mieux se préparer à l’après-pétrole. A défaut de quoi, il y a risque d’être pris de court sans avoir eu le temps de répondre comme il se doit à une situation aussi préoccupante et aux répercussions qu’elle peut engendrer pour un pays dépendant à près de 98% de ses exportations de la rente pétro-gazière.
Conscients des problèmes qui se posent et des enjeux qu’ils impliquent, les responsables du secteur de l’énergie se sont résolument engagés à mobiliser et à stimuler toutes les ressources énergétiques du pays pour tenter de remédier, ou à défaut d’atténuer, le déficit de production et de recettes qui s’annoncent. D’abord avec les énergies conventionnelles qui, effectivement, ont un certain potentiel à améliorer la situation dans le court et le moyen terme mais sur lesquelles il ne faut pas trop compter pour le long et le très long terme, sauf découvertes majeures. Ensuite avec les énergies renouvelables et les hydrocarbures de schistes sur lesquelles, au contraire, il ne faudra pas trop se faire d’illusions pour le court et le moyen terme (ainsi que cela sera montré dans une prochaine contribution) mais qui offrent des perspectives prometteuses pour le long et le très long terme.     

L’après-pétrole est-il pour bientôt ?
Il convient, avant d’aller plus loin, de commencer par un commentaire sur la signification de certains termes ambigus tels que “durée des réserves’’ et “après-pétrole” qui peuvent s’avérer déroutants pour les personnes non averties. En ce qui concerne la “durée des réserves’’, elle est généralement définie dans les statistiques comme étant le rapport (R/P) du volume des réserves sur celui de la dernière production annuelle. Or cela ne correspond en rien à la réalité puisqu’il est incorrectement supposé que cette dernière production restera constante encore longtemps jusqu’à épuisement total des réserves. D’où la fausse idée pouvant induire certains en erreur en les laissant penser que la rente va, elle aussi, durer longtemps et qu’il n’y a pas lieu de trop s’inquiéter pour le moment de l’après-pétrole.
En réalité la production, après avoir atteint le pic, entre dans une phase de déclin avec des débits en constante régression jusqu’à la fin de vie des gisements alors que la consommation domestique s’accroît à un rythme rapide d’environ 7% par an pour le pétrole et davantage pour le gaz. Le déclin de la production et l’accroissement de la consommation se feront donc aux dépens des exportations qui diminueront et prendront fin d’autant plus rapidement que ce déclin et cet accroissement seront rapides.
Par conséquent, les exportations peuvent prendre fin beaucoup plus tôt qu’on ne s’y attend habituellement. Dans environ 7 ans pour le pétrole et 17 ans pour le gaz, laissent entendre certains experts aussi bien algériens qu’étrangers, et non pas dans respectivement 25 ans et 55 ans comme le laisse entendre le rapport R/P
Il est clair, dans ces conditions, que la notion d’après-pétrole  est une notion vague pouvant être interprétée différemment par différentes personnes et souvent confondue avec la fin de vie des gisements. Elle a donc besoin d’être définie de manière plus explicite dans un contexte d’épuisement et non pas de disparition des réserves qui peuvent traîner encore longtemps mais avec des débits insignifiants. Parmi les différentes définitions possibles, une approche réaliste consisterait à le définir comme étant “la période commençant le jour où la rente pétro-gazière ne suffira plus pour équilibrer le budget de l’Etat”. C’est cette définition que nous retiendrons car elle s’applique le mieux à un pays dont l’économie est basée sur une mono-rente pétro-gazière correspondant à près de 98% de ses exportations.
Une telle définition n’est pas fortuite. Elle repose sur l’expérience déjà vécue d’une rente vulnérable devenue insuffisante : tout le monde se souvient de l’avant-goût amer que peut avoir l’après-pétrole lorsqu’on ne s’y est pas préparé. C’était à la fin des années 80 lorsqu’une simple chute des prix a suffi pour ébranler le pays malgré l’abondance des réserves.
2020 et 2030 c’est demain matin et demain après-midi. Si ce scénario s’avère exact, il signifie également que, quelque part entre maintenant et 2030, mais à une date beaucoup plus proche de maintenant que de 2030, les recettes d’exportation auront chuté au point de ne plus pouvoir couvrir le montant des importations. En d’autres termes, l’après-pétrole est à nos portes.
En fait, des signes avant-coureurs prémonitoires commencent déjà à apparaitre et laissent craindre qu’un tel scénario se confirme.
C’est ce qui ressort d’un récent communiqué de la Banque d’Algérie(BA) qui “avertissait officiellement contre un risque de choc externe sur la balance des paiements extérieurs de l’Algérie du fait d’un recul de 13,9% des recettes pétrolières du pays au premier trimestre de l’année en cours”.
Il importe par conséquent, même si ce scénario s’avère moins sévère que prévu, de prendre dès à présent les mesures qui s’imposent pour faire face aux défis d’un après-pétrole trop proche et pour lequel nous ne sommes pas prêts. Etant bien entendu qu’une telle démarche ne servirait pas à grand-chose si elle ne se fixait comme priorité le passage progressif d’une économie basée essentiellement sur une rente pétro-gazière vers une économie diversifiée basée essentiellement sur les autres ressources du pays.   
Apport marginal de l’énergie solaire et des hydrocarbures de schistes dans le court et le moyen terme( …)
Sur la base des informations disponibles, les calculs, recoupements et extrapolations nous permettent de conclure que l’énergie solaire et les gaz de schistes combinés permettront, au mieux, de prolonger les exportations jusque vers 2035, au lieu de l’échéance prévue pour 2030, soit environ 5 années de plus. Mais cela, entendons-nous bien, pour des  exportations à bout de souffle qui ne dépasseront pas les 11 milliards de m3 en 2030 et qui chuteront progressivement pour s’annuler en 2035 soit une moyenne de 5,5 milliards de m3/an pendant 5 ans. Un chiffre sans commune mesure avec les 55 milliards d’exportations actuellement et les 85 milliards visés pour les années à venir.
Par conséquent, l’énergie solaire et les hydrocarbures de schistes seront loin, à eux seuls, même s’ils s’avèrent rentables, de compenser le déficit énergétique anticipé. Ils ne pourront, tout au plus, que légèrement atténuer les effets de l’après-pétrole. Leur apport ne sera donc pas d’un grand secours pour une économie privée trop tôt de sa rente et d’une partie de son approvisionnement énergétique avec les conséquences pouvant en résulter alors que la population aura dépassé les 50 millions dans le contexte d’un après-pétrole peu rassurant.
Il devient donc apparent que le gros des efforts devrait  porter sur la promotion des énergies conventionnelles tant que les autres formes d’énergie ne seront pas rentables. L’objectif recherché étant de maintenir les revenus pétro-gaziers et autres à leur maximum le plus longtemps possible.
Les récents amendements à la loi sur les hydrocarbures devraient faciliter cette démarche en intensifiant l’exploration, en améliorant la performance des vieux gisements, en accélérant la mise en production des nouveaux gisements, en étendant l’expérience acquise avec les schistes aux gisements compacts, en promouvant l’efficacité énergétique et en luttant contre le gaspillage.
On pourra gagner de la sorte un sursis supplémentaire, le dernier sans doute, pour préparer, sans secousses trop fortes, la transition vers l’après-pétrole.
Quant aux énergies renouvelables et aux hydrocarbures de schistes, ils ne sont pas encore rentables pour justifier des projets de grande envergure. Cela n’empêche pas de lancer des petits projets-pilote dès maintenant afin d’acquérir le savoir-faire et être prêts au moment opportun même si ce moment semble encore lointain.

Conclusions
Quel que soit le succès résultant de ces actions, il ne pourra apporter qu’un soulagement provisoire en aidant à surmonter ou à alléger les problèmes du court et moyen terme. Le nouveau sursis ainsi obtenu n’aura servi à rien si on oublie, comme par le passé, que tôt ou tard la rente pétro-gazière prendra fin inéluctablement et que l’après-pétrole est inévitable.
Et il ne faudrait surtout pas se laisser leurrer par l’idée, qui commence d’ailleurs à faire rêver certains, qu’une rente schisto-solaire providentielle  pourrait prendre la relève de la rente hydrocarbures actuelle. L’ère de l’énergie facile à produire et qui rapporte gros touche à sa fin : il faudra s’habituer à une énergie difficile et coûteuse. L’objectif primaire sera alors de satisfaire avant tout la consommation locale qui aura atteint des niveaux record.
Et même si l’objectif secondaire, consistant à exporter un éventuel excédent, pouvait se réaliser, les revenus seraient insignifiants comparés aux énormes revenus auxquels nous sommes habitués avec les hydrocarbures conventionnels. D’ailleurs une rente schisto-solaire trop importante ne serait pas souhaitable car risquant de perpétuer les mauvaises habitudes en s’appuyant sur une rente vulnérable et dangereuse aux dépens d’une économie diversifiée plus sûre et créatrice de richesses.
Par conséquent, la seule solution pérenne pouvant prendre le relais de la rente pétro-gazière et éviter, ou à défaut atténuer, les mauvaises surprises d’un après-pétrole qui se tient prêt à l’affût consiste, et il n’est pas inutile de répéter cette lapalissade pour terminer, à:
accélérer le passage progressif d’une économie basée principalement sur une rente pétro-gazière vers une économie  diversifiée basée principalement sur les autres ressources, nombreuses, du pays.


M. T.
* Ingénieur, ancien directeur à la Sonatrach.  
mterkmani@msn.com