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Économie / Avis d'expert

Avis d'expert

Entre incertitudes et espoir

L’année 2013 s’achève et commence l’année 2014 où se déroulera l’élection présidentielle sur au moins cinq années où l‘économique sera déterminant pour l’avenir de l’Algérie. Quel est le bilan de l’économie algérienne afin de tracer les perspectives futures entre 2014/2020 ?

Après  plus  de 50 années d’indépendance, c’est la prédominance de la rente des hydrocarbures qui irrigue toute l’économie et le corps social : Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie, c’est Sonatrach.

Les  indicateurs financiers en 2013 se dégradent
Sonatrach a engrangé entre 2000 et 2013 environ 670 milliards de dollars selon les bilans officiels. Cela a permis une dépense publique sans précédent depuis l’indépendance politique. La dépense publique a été de 7 milliards de dollars entre 2001-2003, le président de la République ayant annoncé lors d’un Conseil des ministres durant le dernier trimestre 2011 que 500 milliards de dollars devaient être mobilisés entre 2004-2014. En 2010,  le gouvernement algérien a déclaré officiellement que 130 milliards de dollars sont des restes à réaliser du programme 2004/2009. Plus précis, la Direction générale de la prévision et des politiques (DGPP) du ministère algérien des Finances a déclaré, le 7 mai 2013 — information reprise par l'agence officielle APS — que les deux plans quinquennaux successifs ont été respectivement dotés de 100 et de 286 milliards de dollars, soit une enveloppe budgétaire globale de 386 milliards, pour la décennie 2005-2014. L'écart entre le niveau de décaissement effectif, incluant les prévisions pour l'année 2012  selon la DGPP — qui restent cependant provisoires —, et celui inscrit dans les deux programmes — 500 milliards de dollars — s'explique par la faiblesse de la capacité du marché algérien à absorber les investissements projetés, notamment du secteur du BTP. Pourquoi a-t-on donc parlé initialement d'une dépense publique de 500 milliards de dollars pour la situer ensuite à 386 milliards, alors qu'aucun bilan n'a été réalisé à ce jour ? Puisque la DGPP parle uniquement d'investissement, la différence est-elle due aux matières premières importées — le taux d'intégration, tant des entreprises publiques que privées algériennes, ne dépassant pas 15% — et inclues dans la dépense publique ? Cependant un  rapport de la Banque mondiale sur les infrastructures en Algérie montre clairement des malfaçons du fait de non-maturation de projets, surcoûts exorbitants de plus de 20% par rapport aux normes internationales, certains projets ayant été réévalués de 50% et un rapport de l’OCDE que l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats en référence aux pays similaires de la région Mena. La rente des hydrocarbures a permis également d’importantes réserves de changes – moyen et non facteur de développement  estimées à 56 Mds $ en 2005, 77,78 Mds $ en 2006, 110 Mds $ en 2007 à 138,35 Mds $ en 2008, à 147,2 Mds $ en 2009, à 157 Mds $ fin 2010  à 188 Mds $ fin 2011, 190 fin 2012, 189,750 milliards de dollars à fin juin 2013, selon le gouverneur de la Banque d’Algérie en ce mois de décembre 2013 devant l’Assemblée populaire nationale, à l’occasion de la présentation du rapport relatif aux évolutions économiques et monétaires en 2012 dénotant une baisse des réserves de changes, étant prévu selon le FMI 206 milliards de dollars fin 2013, montant auquel il faut ajouter 173 tonnes d’or dont le stock selon le FMI n’aurait pas évolué depuis 2009 alors qu’il y a production d’or dans al région de Tamanrasset. Ces réserves garantissent plus de trois années d’importation.
En 2012, pour  le ministre des Finances devant les députés a indiqué que l'Algérie a réduit sa dette extérieure de 28 milliards de dollars (55% du PIB) en 1999 à 410 millions de dollars en 2012.
Ainsi, la balance des paiements extérieurs a été déficitaire durant le premier semestre 2013 et également pour les neuf premiers mois de 2013 de plus de 1,7 milliard de dollars, le compte courant de la balance des paiements ayant accusé un déficit de l’ordre de 1,2 milliard de dollars durant le premier semestre 2013 contre un excédent de 10 milliards de dollars durant la même période de 2012. En plus, il ne faut pas se limiter à la balance commerciale, mais étudier la balance de paiements qui montre que le montant poste assistance technique étrangère est passé de 2 Mds $ en 2002 à 11 Mds $ entre 2009/2010 et a été d’environ 12 Mds $  en 2012.Cela témoigne de la fragilité de la balance des paiements extérieurs devant les chocs externes.
Said

Une sphère réelle léthargique
L’économie algérienne se caractérise par 96/97% d’exportation d‘hydrocarbures à l’état brut et semi-brut (sur les 3/4% restants 50% sont constitués de dérivées d’hydrocarbures) donnant en réalité 98% provenant des hydrocarbures, et important 70-75% des besoins des ménages et des entreprises dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%, quelles soient publiques ou privées. Car l’important n’est pas la sortie du produit en Algérie mais de savoir si les matières premières sont produites localement ou importées devant donc dresser la balance devises. Selon le FMI, plus de 40-45% du produit intérieur brut (PIB) sont générés par les hydrocarbures mais en réalité,  tenant compte des effets indirects de la dépense publique via toujours les hydrocarbures, le BTPH, qui tire la croissance actuelle, il reste moins de 20% pour les véritables producteurs de richesses s’autofinançant. Comme le reconnaît le Premier ministre algérien lors d’une récente réunion le 18 mai 2013, les assainissements répétés des entreprises publiques n’ont pas eu les effets escomptés. Je le cite : “1 000 milliards de dinars d’assainissement seulement ces dernières années sans résultats probants”, ces montants s’ajoutant aux 50 milliards de dollars entre 1971/2011. Cela montre un divorce entre la bonne santé financière de l'État, due aux hydrocarbures, et la sphère réelle de l'économie, avec cet adage, un pays riche mais une population de plus en plus pauvre du fait de la concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière, expliquant le malaise social. Tenons-nous à deux indicateurs fondamentaux l’inflation le chômage. Cancer de la rente, l'inflation a doublé par rapport à 2011 à 8,89% en 2012, selon les chiffres officiels  — et même 15 % pour les produits de première nécessité auxquels s’adresse la majorité de la population, bien qu’en baisse¸ selon les officiels,  pour 2013 (4%). Pour le taux de chômage,  le taux officiel est de 10% — relativement modeste au regard des autres pays du Maghreb, mais aussi de l'Espagne et de la Grèce, toutes deux autour de 27% —, met surtout en exergue la faible crédibilité de certaines statistiques algériennes. D'une part, parce que selon, le rapport 2012 de l'ONS, le secteur informel représente autour de 50% de l'activité économique du pays.

Les défis de l’Algérie : moralité dans la gouvernance

Quelle conclusion pour l’avenir de l’Algérie en cette fin d ‘année 2013 et pour 2014 ? Si les résultats sont loin, très loin des potentialités que recèlent le pays du fait d’une gouvernance mitigée, et elles sont nombreuses, je suis pourtant confiant. L’Algérie recèle d'importantes potentialités, surtout les compétences humaines richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures, actuellement marginalisées, tant au niveau local qu’à l’étranger, pour surmonter la situation actuelle. Pour cela,  une profonde moralité des personnes chargées de diriger la cité s’impose. Cela passe par une nouvelle gouvernance, dont la lutte contre la corruption interne et les transferts illicites de capitaux à l’étranger qui connaît un niveau alarmant selon le rapport 2013 de la Banque africaine de développement (ristournes et surfacturation), certes existant depuis l'indépendance politique, mais qui a pris des proportions alarmantes entre 2004 et 2013 du fait que l'on a injecté  des sommes colossales sans prévoir de mécanismes de contrôle tant démocratiques qui sont les plus efficaces que techniques et gelant certaines institutions (Conseil national de l’énergie, Cour des comptes, Conseil de la concurrence etc.). L’actuelle politique socioéconomique ne peut que conduire à l’impasse et donc à l’implosion sociale à terme. L’on ne saurait ignorer les effets de la mondialisation à la fois positifs mais pervers sans régulation, devant insérer les projets futurs dans le cadre de l’intégration du Maghreb pont entre l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique, pour la stabilité et une prospérité partagée de la région. Avec de nombreux experts algériens résidents et non-résidents, depuis 2007 nous demandons un large débat national, au sein d’une structure indépendante non instrumentalisée, ouvert aux forces politiques, sociales et économiques afin de tracer une trajectoire de passage d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des nouvelles mutations mondiales se basant sur des entreprises compétitives qu’elles soient locales ou étrangères apportant une valeur ajoutée technologique et managériale au pays. L’Algérie est à la croisée des chemins. Il faut éviter toute autosatisfaction, contraire au vécu quotidien de l’immense majorité des Algériens, source de névrose collective, mais également éviter toute sinistrose : tout ce qui a été réalisé entre 1963-2013 n’est pas totalement négatif mais beaucoup d’insuffisances qu’il s’agit impérativement de corriger. Le défi des nations en ce XXIe siècle, monde en perpétuel mouvement instable et incertain, est la maîtrise du temps, tout pays qui n’avance pas recule forcément. Il y a maintenant unanimité. Si l’Algérie rate le cap du développement entre 2014-2020, elle sera éternellement un pays sous-développé avec d’importants remous sociaux et politiques avec des interférences étrangères. C’est sa dernière chance. Aussi, le changement grâce à un dialogue fécond et productif entre Algériens, ne devant privilégier que les intérêts supérieurs du pays personne n’ayant le monopole du nationalisme, le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir, s’impose pour des raisons de sécurité nationale.

A. M. 
ademmebtoul@gmail.com

(*) Professeur des universités, expert international

Professeur des universités, Dr Abderrahmane Mebtoul, ancien émigré ayant effectué ses études primaires, secondaires, et une fraction du supérieur à Lille (France), auteur de 20 ouvrages et  plus de 500 contributions locales et internationales notamment sur les relations internationales (plusieurs contributions internationales sur l’intégration du Maghreb, les enjeux énergétiques en Méditerranée), expert international en management stratégique, docteur d’Etat en gestion (1974), expert-comptable,    directeur d’études au ministère de l’Energie/Sonatrach 1974/1979 - 1990/1995 - 2000/2006 (ayant dirigé plusieurs audits sur Sonatrach), ancien magistrat, premier conseiller, directeur général des études économiques à la Cour des comptes (1980-1983), président du Conseil algérien des privatisations, rang ministre délégué (1996-1999), directeur d’études au cabinet de la Sûreté nationale DGSN, (1997-1998) expert au Conseil économique et social (1996-2008), expert à la présidence de la République 2007-2008.  De 1974 à 2013, il est  consulté par les différents gouvernements successifs algériens sur différents dossiers économiques.