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Économie / Avis d'expert

Avis d'expert

“La construction du Grand-Maghreb et la mondialisation”

L’intégration du Maghreb, face aux enjeux géostratégiques, interpelle l’Algérie.

Le 17 février 2013, l’Union du Maghreb arabe (UMA) a fêté son 23e anniversaire. Fondée le 17 février 1989 à Marrakech, bien que les responsables des cinq pays membres continuent de se rencontrer périodiquement (UMA), elle ne cesse de faire du surplace, loin des aspirations des peuples et des potentialités, marginalisant de plus en plus la région au sein de l'économie mondiale. Or il devient nécessaire, du fait de la densité de nos rapports culturels, que les relations passionnelles soient transgressées dans le cadre des intérêts bien compris de chaque nation. Aussi, la dynamisation des relations entre les pays du Maghreb ne sera possible que si les dirigeants ont une vision commune du devenir commun de leur population et des enjeux géostratégiques mondiaux. C’est l’objet de mon intervention au séminaire organisé par l’Institut maghrébin d’études et de prospectives, le 21 juin 2013, à l’Assemblée nationale française devant de nombreux experts maghrébins et personnalités internationales (1).
L'émergence d'une économie et d'une société mondialisées et la fin de la guerre froide depuis la désintégration de l'empire soviétique remettent en cause, d'une part, la capacité des Etats-nations à faire face à ces bouleversements et, d'autre part, les institutions internationales héritées de l'après-guerre. Les gouvernements à travers les Etats-nations – et la crise actuelle en est la démonstration – sont désormais dans l'impossibilité de remplir leurs missions, du fait de la complexification des sociétés modernes, de l'apparition de sous-systèmes fragmentés, de l'incertitude liée à l'avenir et de la crise de la représentation politique, d’où l’exigence de s'intégrer davantage dans un ensemble plus vaste pour pouvoir répondre aux nouvelles préoccupations planétaires. Pièce maîtresse dans la région euroméditerranéenne, le Maghreb est sollicité par l'Union européenne, par les USA et la Chine dans le cadre d'une compétition entre ces trois pôles, en fait de deux pôles n’existant pas de divergences stratégiques USA/Europe, dans leur recherche d'une hégémonie économique. Trois pays de l'UMA, le Maroc, la Tunisie et l’Algérie, ont signé des accords “euroméditerranéens d'association” allant bien au-delà de la simple libéralisation des échanges telle qu'initiée dès la fin des années 1960 dans le cadre des premiers accords commerciaux euromaghrébins. Cette nouvelle forme de régionalisme Nord-Sud visant à établir une zone de libre-échange euroméditerranéenne est constituée de deux principaux piliers : la création d'une zone de libre-échange entre l'UE et chacun des pays méditerranéens et l'élargissement graduel de cette zone grâce à la libéralisation des échanges entre pays méditerranéens. Force est de reconnaître que les résultats sont mitigés. Mais depuis, nous avons une nouvelle donnée qui est celle de l’Union pour la Méditerranée qui tend à être supplantée actuellement par le sommet des 5+5 qui est le premier sommet des chefs d'Etat des pays du bassin occidental de la Méditerranée qui s'était ouvert le 5 décembre 2003 à Tunis. Parmi les points qui avaient été inscrits à l'ordre du jour était la coopération économique et l'intégration maghrébine.

Un bilan très mitigé
L’UMA dont la création a été décidée politiquement depuis plus de deux décennies n’arrive toujours pas à se concrétiser. Ainsi, chaque pays de la région procède dans la gestion de ses relations extérieures avec les divers pays et blocs, en l’absence d’une coordination avec les autres pays de la région. Certains pays du Maghreb tentent d’assurer leurs propres intérêts et réaliser des acquis au détriment des autres pays maghrébins, alors que les autres blocs tels que l’Union européenne négocient en groupe leur partenariat avec ces pays (ceux du Maghreb) séparés. Cela fait que les rapports deviennent déséquilibrés. Les peuples de la région paient l’incapacité des élites à concevoir un projet commun. Alors que le monde connaît des bouleversements sans précédent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale (1945), le Maghreb reste aux abonnés absents. Le constat est donc très mitigé. Le PIB mondial est évalué selon le FMI pour 2011 à 70 011 milliards de dollars, 17 960 pour l’Union européenne, 15 064 pour les USA, soit 33 024 (47,17%). Si l’on ajoute le Japon dont le PIB est de 5855, nous aurons 55,54% pour environ un milliard d’habitants, la Chine ayant un PIB de 6988, soit 9,98% pour 1,3 milliard d’habitants. Si l’on prend en référence l’indice du développement humain, indicateur beaucoup plus fiable que le PIB, l’écart va en s’accroissant. Si l’on prend la région du Maghreb, dont les échanges commerciaux intermaghrébins ne dépassent pas 2 ou 3%, le produit intérieur brut de l’ensemble des pays du Maghreb a été évalué en 2011 par le FMI à 409,445 milliards de dollars en 2011, contre 387,712 milliards de dollars US en 2010, avec plus de 50% de superficie économique de la sphère informelle à dominance commerciale et de petites entreprises familiales peu innovantes. Ce PIB global est artificiellement gonflé par la Libye et l’Algérie du fait du poids des hydrocarbures et les phosphates pour le Maroc. Ainsi, le PIB du Maghreb représente, en 2011, 0,57% du PIB mondial, 2,40% du PIB de la communauté économique européenne et 2,72% du PIB américain étant légèrement supérieur au PIB de la Grèce qui connaît une très gave crise d’endettement pour environ 12 millions d’habitants. Comparé à la population et au PIB allemand (3328 milliards de dollars pour 82 millions d’habitants) et français (2808 milliards de dollars pour 65 millions d’habitants), on mesure l’important écart. Le PIB maghrébin doit, horizon 2020, quadrupler (1550 milliards de dollars à prix constants 2010) au minimum si l’on veut éviter des tensions sociales de plus en plus vives au niveau de l’espace Maghreb. Et le rapport de l’OIT (mai 2013) prévoit plus de 15 millions de chômeurs au Maghreb dans horizon 2017. Le rapport de la Banque mondiale 2009 souligne que l’intégration maghrébine pourrait permettre une croissance du Maghreb de plus de 3 ou 4% du PIB hors hydrocarbures, gagnant ainsi plusieurs points qui auront une répercussion positive sur la création d’emplois et donc sur le niveau du taux de chômage. Alors, on pourrait imaginer les importantes économies d’échelle, les gains de productivité si l’intégration maghrébine pouvait se réaliser.
L’UMA a perdu plus de la moitié de son poids économique dans le monde entre 1980 et 2012, ses exportations qui représentaient environ 2% des exportations mondiales en 1980, représentent moins de 0,50% en 2012. Et cela n’est pas propre au Maghreb, puisque la part de l’Afrique dans le commerce international représentait 12% il y a 20 ans, étant passée à 8% dans les années 90 et, actuellement, elle atteint à peine 2%. Une étude réalisée par le secrétariat de l’UMA courant 2009 a montré que l’intégration économique dans la région lui ferait gagner 5 milliards $ en investissement; dont 3 en IDE/an et un nombre important d’emplois dans une zone où il y a trois millions de chômeurs qui constituent 12% des actifs, ce qui correspondrait en matière d’échanges aux transactions conclues entre 2000 à 3000 PME maghrébines par an. L’augmentation des exportations pour les produits agricoles pourrait atteindre 45%, ce qui correspondrait à 170 millions $, ce qui représente près de 1% du PIB net agricole du Maghreb arabe. Quant au secteur électrique, il pourrait économiser près de 25% de sa production si les centrales électriques maghrébines sont intégrées. Et à supposer que la capacité de production pour les 20 prochaines années doit passer à 26 gigawatts, l’intégration permettrait d’économiser 6,6 gigawatts. Un exemple la combinaison du gaz algérien et libyen avec le phosphate marocain pourrait créer de grandes compagnies dans le cadre d’un co-partenariat avec des firmes internationales pour pénétrer le marché mondial de l’engrais, en pleine croissance. En réalité, l’impact négatif de la non-intégration est plus important si l’on tient compte des effets cumulatifs et, surtout, le peu d’attrait des investisseurs potentiels intéressés par de grands marchés. Je voudrais avant de conclure insister sur un facteur important pour le Maghreb, zone semi-aride, c’est le défi de la maîtrise de l’eau.

Conclusion
Le Maghreb et son sud : vers des liens renouvelés (3)

Comme l’a montré récemment un ouvrage collectif consacré au Maghreb (3), la région peut devenir une région économique pivot, intégrant son flan sud avec des liens renouvelés (co-développement), l’émigration ciment de l’interculturalité et des échanges, pouvant être un sous-segment de la dynamisation de l’espace euroméditerranéen et du continent Afrique, enjeu du XXIe siècle, qui habitera horizon 2020 plus de 1,5 milliard d’âmes et un quart de la population mondiale horizon 2035, nouveau vecteur de la croissance de l'économie mondiale sous réserve d'une meilleure gouvernance et de son intégration, selon une vision pragmatique et progressive.
Ce qui permettrait d’éviter ces images désolantes de jeunes fuyant tant le Maghreb que le continent Afrique à partir d’embarcations de fortune. Ce sera une condition fondamentale, afin de peser dans les grandes décisions internationales, les micro-Etats en ce XXIe siècle n’ayant que peu d’impact.
Cela est possible, pour peu que la volonté politique existe d’aller vers un Etat de droit, une gouvernance rénovée, la revalorisation du savoir loin des rentes, le mal étant avant tout en nous et les solutions existantes à notre portée.
Cela passe également par des réformes institutionnelles et microéconomiques, la stabilisation macroéconomique étant éphémère sans réformes de structures. Ces actions collectives peuvent favoriser un partenariat gagnant/gagnant, loin de toute tutelle bureaucratique qui annihile la créativité, les Etats régulateurs devant favoriser la libre entreprise.
Le problème central qui se pose aujourd’hui aux pays du Maghreb (notamment la Tunisie, le Maroc et l’Algérie) est le suivant : après plusieurs années de l’accord d’association avec l'Europe, cet accord a-t-il permis une coopération économique, financière et sociale orientée vers une véritable accumulation du savoir-faire organisationnelle et technologique ?
Et se pose également cette question lancinante : le Maghreb n’a-t-il pas besoin surtout de management et également, sans chauvinisme, de capitaux étrangers qui ont besoin d’un marché large, l’ère des micro-Etats étant dépassée, dans le cadre d’une libéralisation maîtrisée ?
Le chemin de la croissance ne peut être retrouvé que pour autant que l'appareil productif soit modernisé et managé selon les techniques actuelles. Deux conditions qui ne peuvent être remplies que si le Maghreb se met en partenariat avec des firmes qui participent à l'innovation.
Pour que de telles firmes s'intéressent au Maghreb, il s'agit d'acquérir la crédibilité sur le plan institutionnel et politique, donc aller vers l'intégration et offrir un Etat de droit, évitant l’instabilité juridique, une cohérence et une visibilité économique qui autorisent le calcul économique, donc la visibilité des investisseurs.
C’est donc dans ce contexte que doit s’insérer la compréhension de la dynamique économique et sociale tenant compte tant de la stratégie des réseaux internes et externes ainsi que de l’urgence de nouvelles structures pour placer le Maghreb comme vecteur actif au sein de l’économie mondiale, dont l’espace euroméditerranéen et euroafricain constitue son espace naturel, en fait pour s’adapter aux futurs enjeux géostratégiques mondiaux horizon 2015/2020 qui seront déterminants pour son avenir, s’il veut éviter des remous sociaux et politiques. Les calculs étroits des dirigeants doivent faire place aux intérêts de leur peuple souvent plus mûrs que leurs dirigeants.


Dr A. M.

 


(1) Cette présente analyse entre dans le cadre de la contribution du Pr Mebtoul sur ce thème, parue à l’Institut français des relations internationales (Ifri) en octobre 2011, dans le nouveau Global Go To Think Tanks Report 2012 de l'Université de Pennsylvanie, l'Ifri est classé au 22e rang des 100 think tanks les plus influents au monde, Etats-Unis compris) et d’une importante étude sous la direction du Pr Mebtoul, toujours dans le cadre de l’Ifri, sur le thème “L’intégration du Maghreb confrontée à la dominance de la sphère informelle”. Cette étude paraîtra la mi-septembre 2013, la sphère informelle ayant plusieurs facettes renvoyant à la corruption et donc à l’instauration d’un Etat de droit : drogue, trafic d’armes, transfert illégal de devises, de marchandises, travail au noir… Elle entre également dans le cadre de l'ouvrage collectif (environ 700 pages) que le Pr Mebtoul et le Dr Camille Sari, expert international financier, enseignant à la Sorbonne, ont coordonné sur “L’intégration économique maghrébine face aux enjeux géostratégiques de la mondialisation” et qui compte 32 experts maghrébins et européens (politologues, sociologues, juristes, économistes) qui paraîtra en septembre 2013.
(2) L’Algérie a augmenté en dix ans les dotations en eau des grands périmètres irrigués tout en multipliant par deux leur superficie globale. La superficie irriguée en petite et moyenne hydrauliques a également progressé de 180%, passant de 350 000 ha en 2000 à 980 000 ha en 2011, grâce, notamment, au parc des retenues collinaires qui compte aujourd’hui 444 ouvrages à travers le territoire national. Enfin, le plan quinquennal 2010-2014, qui réserve au secteur des ressources en eau une enveloppe budgétaire de plus de 11,7 milliards de dollars, prévoit la réalisation et l’équipement de plusieurs grands périmètres irrigués ainsi que la réalisation de 137 nouvelles retenues collinaires. L’Algérie a accompli, il faut le reconnaître, d’importants progrès dans ce domaine, le ratio national par habitant étant de 600 m3 pour une dotation quotidienne par habitant de 170 l et ayant prévu la construction de 15 nouveaux barrages. Ainsi, la capacité de mobilisation en 2012 est de 7,4 milliards m3, devant passer à 9,1 m3 en 2014, les potentialités hydriques avoisinant 17 milliards m3. Pourtant, les ratios évoqués sont globaux et il faudrait les éclater.
(3) Voir “Le Maghreb et son sud : vers des liens renouvelés” collectif CNRS/Ifri 2012 (240 pages), sous la direction de Mansouria Mokhefi et Alain Antil.