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Économie / Avis d'expert

Avis d'expert

Les placements algériens à l’étranger sont-ils menacés ?

Il faut éviter la sinistrose et aller vers un débat serein qui engage l’avenir de l’Algérie, à savoir l’utilisation des réserves de changes.

Les pays développés connaissent une crise d’endettement sans précédent, la crise mondiale enclenchée depuis 2007/2008, malgré une légère reprise, n’étant pas terminée. Cela a-t-il un impact sur les placements algériens à l’étranger ? Tel est l’objet de cette brève présentation.
1.-La stabilité financière dans le monde reste sous la menace d'un changement de cap de la politique monétaire aux états-Unis et de l'endettement massif des pays riches, a estimé le FMI, le 9 octobre 2013 à Washington, dans son rapport pour 2014, suggérant pour la première fois de faire contribuer les plus fortunés et les multinationales à la réduction des déficits. Le Fonds monétaire international prévoit un endettement record des pays riches en 2014, en estimant environ 4500 milliards de dollars d'avoirs dissimulés par des particuliers dans des paradis fiscaux. En moyenne, la dette publique des pays développés devrait atteindre le “pic historique” de 110% de leur produit intérieur brut (PIB) en 2014, soit 35 points de plus qu'en 2007, selon le FMI dans son rapport. Le Japon aurait un ratio de dette/PIB de 242,3%, suivi de la Grèce (174%), l'Italie (133,1%) et le Portugal (125,3%). Les états-Unis devraient eux voir leur endettement progresser à 107,3% de leur PIB en 2014, et la France à 94,8%. La Chine aurait un ratio d'endettement de 20,9%, bien que les pays BRICS – la nouvelle coordination politique entre le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et aussi l’Afrique du Sud, fortement connectés à l’économie mondiale – connaissent une relative récession et un retour à l’inflation depuis 2012. Ces ratios alarmants avec la récente expérience américaine suscitent de véritables inquiétudes sur l’avenir de l’économie mondiale. Les pays développés replongeront en récession si les états-Unis ne parviennent pas à relever le plafond légal de leur dette, a estimé mercredi l'OCDE, qui regroupe les 34 états les plus industrialisés du globe. “Si le plafond de la dette n'est pas relevé – ou mieux, supprimé –, nos estimations suggèrent que la zone couverte par l'OCDE retombera en récession l'année prochaine, tandis que les pays émergents connaîtront un ralentissement brutal”, a indiqué le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques, Angel Gurria. Cependant, il ne fallait pas être un grand expert financier pour prévoir que les démocrates et républicains allaient s’entendre sur un minimum pour éviter le défaut de paiement des USA, puisque le Congrès américain a finalement abouti à un accord, mettant un terme au shutdown qui paralysait l'état fédéral depuis plus de deux semaines et relevant par la même occasion le plafond de la dette, évalué à 16 700 milliards de dollars le 16 octobre 2013. Rappelons que les plus gros placements en bons de trésor américains sont effectués actuellement par la Chine, et qu’un retrait entraînerait une chute vertigineuse du dollar en déclin. “Au plus tard en 2016, le commerce mondial s’organisera de manière équilibrée autour des trois devises que sont le dollar (qui représenterait plus que 35-40% des transactions mondiales, contre 80% en 2008), l’euro (30-35%) et le yuan (10%)”, selon une analyse récente du Laboratoire européen d’anticipation politique (LEAP). Et tout dépendra de l’attitude des pays du BRICS vis-à-vis du dollar US. Se pose cette question : quel impact pour l’Algérie ?
2.Certes il faut déplorer le manque de communication sur le rendement réel des réserves de change algériennes tenant compte de l’inflation mondiale, des différentes opportunités de l’utilisation de ces réserves : fonds souverains, investissement tant local qu’à l’étranger, placements dans des banques centrales ou au niveau de banques internationales cotées dites AAA, ou encore laisser les hydrocarbures sous terre afin de dévirer l’épuisement, car ces réserves ont été dues essentiellement aux exportations d’hydrocarbures, l’économie algérienne étant mono-exportatrice. C’est tout un débat national, car propriété de toute la population algérienne, qu’il s’agit d’initier sans passion. L’Algérie a placé environ 86% de ses réserves à l’étranger, 98% depuis 2010 garantis par les états. Mais ce taux était inférieur, une partie avait été placé dans des banques internationales cotées AAA dont certaines ont fait faillite. L’Algérie a-t-elle été concernée ? Au sein de cette masse, plus de 45% des réserves sont placées en bons de trésor américains, 45% en obligations européennes avec un taux fixe de 3% avant 2011 selon le gouverneur de la Banque d’Algérie ayant engendré une recette de 4,7 milliards de dollars, mais ayant connu une baisse entre 2012/2013 fluctuant entre 2 et 2,25%. Le reste est placé en autres monnaies (livre sterling, yen japonais) et en droit de tirages spéciaux (DTS) auprès du FMI d’un montant de près de 9 milliards de dollars, y compris le prêt de 5 milliards de dollars à un taux inférieur à 1%. Une crise d’endettement aux USA déprécie certes la valeur de ces bons, en fonction de la durée du placement. Mais il faudra être également attentif également au rendement des placements en obligations européennes dont le montant est presque équivalent.
On peut discuter donc de l’opportunité des  placements  en Algérie. Mais je dois souligner qu’ils    sont garantis tant par  les Etats que par le FMI, sauf faillite généralisée de la première puissance économique mondiale  et par voie  de conséquence de l’économie européenne représentant à eux deux  en 2012 , plus de 45% du produit intérieur brut,  25% pour l’union européenne pour une population  de 500 millions  et 20% pour les  USA pour une population ne dépassant pas  400 millions sur 7 milliards d’habitants au niveau de  notre planète. Le taux  est de plus de 50% du PIB mondial si on y inclut le Japon. En effet, en 2012 les plus gros contributeurs au PIB mondial sont l’Union européenne qui forme un quart du PIB mondial, les États-Unis, un cinquième du PIB mondial et la Chine, 10 % du PIB mondial. Je précise qu’existe tout un débat pour dépasser cet indicateur du PIB, car on peut avoir un  fort taux de croissance avec paradoxalement  un niveau élevé  de pauvreté et de chômage, alors que l’indice de développement humain (IRH) incluant l’éducation de la santé, complété par la répartition du revenu et du  modèle de consommation par couches sociales, est un indicateur plus objectif.
3.-Aussi, évitons  tant toute autosatisfaction, source de névrose collective qu’également toute sinistrose, selon laquelle l’Algérie allait perdre la majorité de ses placements, environ 90 milliards de dollars  aux USA, ce qui est pour l’instant une utopie, à moins d’une déflagration de l’économie mondiale qui emporterait toute l’économie algérienne dont 98% de ses recettes en devises proviennent des hydrocarbures connectés à la croissance de l’économie mondiale. Comme cette déclaration euphorique où sans  donner la structuration tant  par catégories socio-professionnelles  que par secteurs, (souvent désherber  ou faire et refaire les trottoirs), des emplois permanents  ou d’une durée  très limitée, devant différencier  les emplois  créateurs de valeur ajoutée, de ceux non créateurs de valeur qui bénéficient d’un transfert de  rente, du ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale lors du colloque récent Marseille le 06  octobre 2013, qui a déclaré je le cite : “Depuis 2008, Algérie a permis la création d’une moyenne de 700 000 emplois/an, soit environ 4 millions de postes depuis cinq ans”.  Or, le Premier ministre  Abdelmalek Sellal en affirmant  devant la Tripartie le 10 octobre 2013  que les  emplois existants sont créés surtout par la dépense publique et que cela ne peut continuer  nuance fortement ces propos idylliques (voir-AFP du 24/10/2013-(1). Les étrangers ont du rêver  face à la crise mondiale qui touche leurs pays avec un taux de chômage inégalé, ont dû se demander comment  l’Algérie a pu réaliser ces recettes miracles qui contredisent toutes les lois économiques  et sourire  face à ces contrevérités, pour  ne pas contredire un officiel algérien. Ayant assisté à de nombreux séminaires internationaux en présence de ministres en fonction    des pays en voie de développement, j’ai pu constater toujours, bien  que défendant les intérêts de leurs pays, ils l’ont fait avec intelligence.  Encore des effets d’annonce déconnectés de la réalité. En effet,   tant au niveau international  qu’au niveau local, les étrangers  et les Algériens connaissent   parfaitement la réalité. Comment peut-on affirmer   ce nombre impressionnant alors que le taux d’emploi est fonction de la croissance du tissu productif lui-même fonction de la dynamique de l’entreprise, taux  approchant  celui de la croissance de la population active  ne créant pas des emplois fictifs par décrets  ou en majorité dans l’administration via la dépense publique. C’est que le tissu industriel algérien actuel, sur lequel le  gouvernement souhaite     fonder la relance économique est en réalité insignifiant, la part du secteur industriel étant de moins de 5% dans le produit intérieur brut. Il s’agira  de livrer  périodiquement  à l’opinion publique des informations transparentes , avec des messages simples et clairs  afin  d’éviter toute dénaturation, la manière dont on gère  les fonds publics renvoyant à l’urgence d’un État de droit, devant dépasser  cette mentalité bureaucratique du secret de Polichinelle.  L’objectif stratégique  est  de bien  utiliser ces réserves de change, richesse artificielle,  qui ne sont qu’un moyen de développement,  de nouveaux projets à valeur ajoutée, condition d’atténuation des tensions sociales,  rentrant dans le cadre des filières internationalisées,  permettant à l’Algérie de s’insérer  harmonieusement au sein des nouvelles mutations économiques mondiales, grâce à une transition maîtrisée par l’Etat régulateur, stratégique en économie de marché.


A. M. 
ademmebtoul@gmail.com
(*) Professeur des universités,  expert international en management stratégique