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Économie / Avis d'expert

Avis d'expert

Nouvelles opportunités pour une filière en pleine croissance

La demande en gaz naturel, au niveau mondial, augmente de près de trois pour cent (3%) depuis plus de 20 ans. En 2030, le gaz naturel se hissera au 2e rang du mix énergétique mondial et le gaz naturel liquéfié (GNL), considéré comme étant une source d’énergie respectueuse de l’environnement, jouera un rôle déterminant dans l’industrie mondiale de l’énergie, permettant, en même temps, la diversification des approvisionnements des pays consommateurs et l’optimisation de la valorisation commerciale des pays producteurs.

Sur le long terme, le GNL, dont le principal avantage de l’industrie du GNL découle de la flexibilité qu’elle procure au transport des hydrocarbures liquides sur de longues distances, est l’une des sources d’énergie qui est appelée à croître le plus rapidement dans le monde, en effet, la demande globale en GNL devrait passer de 238 millions de tonnes par an en 2013 à 375 millions de tonnes par an en 2020 et à 470 millions de tonnes par an d’ici 2030. Le marché asiatique, qui a absorbé 70% de la production mondiale de GNL en 2013, soit 167 millions de tonnes, restera de très loin la première région consommatrice de GNL à l’horizon 2030.
Il y a lieu de noter que les capacités de regazéification, ont été estimées, en 2013, à 642 millions de tonnes pour une capacité de liquéfaction mondiale de 280 millions de tonnes, même avec une augmentation de la capacité de liquéfaction de plus de 125 millions de tonnes d’ici 2020 (dont 79 millions de tonnes sont déjà en cours de construction), le déséquilibre entre l’offre et la demande en GNL persistera.
L’essentiel des ventes de GNL est régi par des contrats à long terme mais suite à la déréglementation du marché du gaz en Europe, au déséquilibre entre l’offre et la demande en GNL, à la hausse inattendue de la production de gaz naturel aux USA, favorisée par de nouvelles techniques d'extraction des gaz non conventionnels, et de l’accroissement des capacités de production et de transport de GNL, son négoce s’appuie aussi sur le marché spot à court terme.
Ajouter à cela, le développement des FLNG (Float LNG), dont le projet Prelude (3.6 MT), première unité flottante de GNL au monde située au large de la côte ouest de l’Australie est actuellement en cours de construction. Ce type d’usine GNL sur support flottant ouvre de nouvelles perspectives aux pays producteurs pour rentabiliser des gisements offshore, difficile à exploiter de façon permanente, ainsi, il ouvre l’accès aux réserves gazières trop éloignées des côtes. La part du FLNG dans la satisfaction de la demande mondiale de GNL pourrait atteindre 6% dès 2020 et dépasser les 10% à l’horizon 2025.

L’Algérie, 7e exportateur mondial en 2013

La production globale de GNL du groupe Sonatrach est passée de 23 MT durant la période 2000-2005 à 19 MT durant la période 2006-2013. C’est ce qui explique, en grande partie, la baisse des exportations en termes de GNL, qui seraient passées de 12 à 6% du total des échanges mondiaux en 2013. Les exportations algériennes en termes de GNL ont été de 11 millions de tonnes, dont 10,3 MT destinées au marché européen et 0,7 MT au marché asiatique, plaçant notre pays au 7e  rang du classement des pays exportateurs de GNL après le Qatar (77,4 MT), la Malaisie (23,1 MT), l’Australie (20,8 MT), le Nigeria (20 MT), l’Indonésie (18,1 MT) et le Trinidad (14,4 MT). La France, la Turquie et l’Espagne demeurent les principaux clients de l’Algérie. La proximité du marché européen est, certes, un atout majeur pour le groupe Sonatrach mais les vicissitudes de la zone euro, notamment dans les pays de la partie méditerranéenne de l’Europe, constituent actuellement un handicap pour le groupe Sonatrach (l’Europe représente 98% des exportations de gaz du groupe Sonatrach), d’autant plus, que 80% du volume des exportations du groupe Sonatrach se réalisent sous forme de contrats à long terme dont le prix est indexé sur les prix du pétrole. Avec l’entrée en production, en 2014, des deux méga-trains d’Arzew (GL3Z) et de Skikda (GL2K), la capacité de liquéfaction nominale du groupe Sonatrach sera portée à 35 millions de tonnes.

Stratégie des principaux pays concurrents

Le Qatar à travers Qatar Gas & Ras Gas, qui totalise une capacité de liquéfaction de 78 millions de tonnes par an de GNL (position de leader avec 32% des besoins mondiaux en GNL), la Russie à travers Gazprom qui projette de livrer jusqu'à 90 millions de tonnes de GNL sur le marché mondial d'ici 2030 et l’Australie qui sera le futur leader en GNL avec plus de 100 millions de tonnes par an, constituent, à eux trois, les principaux concurrents du groupe Sonatrach. Qatar Gas & Ras Gas, avec comme actionnaire principal Qatar Petroleum, ont opté pour la chaîne d'approvisionnement intégrée, il s’agit d’un procédé qui permet l'accès aux regazéifications, meilleur moyen pour l'accès au marché. En effet, ils ont construit leurs propres terminaux de regazéification avec des bacs de stockage 40% plus imposants que la moyenne. Ainsi, Qatar Gas & Ras Gas commercialisent leur GNL sur quatre marchés principaux: aux prix de pétrole brut au Japon ; aux prix de “spot” du Henry Hub aux USA ; aux prix de “spot” de National Balancing Point (NBP) et au Royaume-Uni et aux prix de fioul en Europe continentale.
Cette stratégie de différentiation a participé en grande partie à l’effondrement des cours du prix de gaz naturel sur le marché mondial. La Russie, qui a développé ses premiers projets de GNL à Sakhaline (deux mégatrains d’une capacité unitaire annuelle de 4,8 millions de tonnes) avec comme destination majeure le Japon et la Corée du Sud, a décidé de développer sur le Pacifique autant que possible l’exportation de gaz en donnant la priorité au GNL, l’objectif principal est de livrer jusqu'à 90 millions de tonnes de GNL sur le marché mondial d'ici 2030. À noter le lancement en décembre 2013 du projet Yamal LNG, qui prévoit la construction de trois trains de liquéfaction d’une capacité totale de 16.5 millions de tonnes de GNL (les premières productions sont prévues en 2017).
L’Australie avec sept sur les douze projets GNL, actuellement en construction, sera partie prenante de la nouvelle expansion de l’industrie du GNL et elle a de fortes chances de devenir l’épicentre de ce marché d’ici 2018 avec plus de 100 millions de tonnes par an (130 millions de tonnes par an en 2035), devenant le premier exportateur GNL, dépassant ainsi le Qatar, ce dernier n’envisageant pas la construction de nouveaux trains de GNL. La région Asie-Pacifique à d’énormes besoins d’importation en GNL et l’Australie est dans une position idéale pour devenir une plateforme d’exportation de GNL répondant à ses besoins. Par ailleurs, de très grands projets de GNL sont étudiés au Canada car la production de gaz de ce pays ne cesse d’augmenter et les USA ne cessent de réduire leurs importations de gaz canadien. Au total, 30 millions de tonnes par an sont prévus à être exportés en 2020 et cette capacité sera renforcée par d’autres projets, en phase d’études en ce moment, pouvant atteindre 53 millions de tonnes par an. Enfin, le Groupe Sonatrach doit être attentif à la perspective des USA à devenir exportateur de GNL, bien que cette tentative se heurte à des oppositions car une augmentation importante des exportations d’énergie US pourrait avoir des conséquences significatives sur son économie inférieure, notamment, l’augmentation des prix sur le marché intérieur ainsi que sur la compétitivité des industries. Le département américain de l’Énergie (DOE) a reçu au total, 22 demandes de construction d’unités GNL (au total, 46 trains de liquéfaction avec une moyenne de 4.3 MT par train).

Marché spot : 31% du total des échanges GNL

Avant les années 2000, le marché Spot a été très marginal, représentant 5% du total des échanges, en 2005, sa part est passée à 8% avant de connaitre une forte ascension, atteignant 20% en 2010. À partir de 2011, une série de facteurs a propulsé ce marché vers de nouveaux sommets, avec un volume total de 73.5 millions de tonnes de GNL, soit 31% du total des échanges.
Les principaux facteurs, favorisant ce marché spot, se résument en ce qui suit: la croissance dans les contrats GNL et avec plus de flexibilité, notamment de la part du Qatar ; l’augmentation du nombre des pays exportateurs (17) et d’importateurs (27), introduisant de nouvelles permutations des liens entre acheteurs et vendeurs ; l’insuffisance en matière d’importation par pipeline et/ou  manque de production en interne des deux principaux pays importateurs de GNL, à savoir le Japon et la Corée du Sud, ce qui signifie qu’ils recourent au marché Spot pour faire face ; la forte croissance de la flotte GNL en méthaniers, la baisse de la compétitivité du gaz en Europe ; la forte demande des pays émergents, notamment l’Asie du Sud ainsi que l’Amérique du Sud et enfin la re-direction des volumes libérés par les USA, du fait de la production de gaz de schiste.
Les gaz non conventionnels américains ont eu pour effets de maintenir les prix du marché Spot à des niveaux historiquement bas depuis 2009 (4.5$/MMBtu). Les prévisions tablent également sur des prix modérés dans les années à venir. En Europe, au contraire les prix spot sont orientés à la hausse (13$/MMBtu), ils restent néanmoins inférieurs aux prix des contrats long terme, qui sont indexés sur les produits pétroliers, ils suivent mécaniquement l'évolution haussière de ce marché. Cette situation de déconnexion des prix spot a poussé les acheteurs à renégocier leurs contrats de long terme pour intégrer une part croissante de prix spot (10 à 25 %). Les pays producteurs, peu favorables à un changement des contrats long terme, pourraient toutefois y être contraints par le marché.
Quelle stratégie pour le Groupe Sonatrach ?
De toutes les informations mentionnées ci-haut, il ressort clairement que le Groupe Sonatrach devrait non seulement conforter son rôle dans l’approvisionnement du marché européen, qui représentera 27% de la consommation européenne de gaz naturel à l’horizon 2030, mais aussi baser sa stratégie, en priorité, sur le marché asiatique, qui a absorbé 70% de la production mondiale de GNL en 2012, soit 168 millions de tonnes, et ce, en mettant en place une stratégie d’investissement et une politique dédiée exclusivement à ce marché sur les moyen/long termes.
À l’heure actuelle, la part de marché du Groupe est très minime (0.7 millions de tonnes) et à l’horizon 2030, cette région restera de très loin la première consommatrice de GNL où les principaux importateurs de GNL se trouvent dans cette région, le Japon, considéré comme étant le 1er importateur de GNL au monde avec 87 millions de tonnes par an, suivi de la Corée du Sud avec 36 millions de tonnes par an, Taïwan avec 13 millions de tonnes par an et la Chine avec 9,4 millions de tonnes par an (44 millions de tonnes par an d’ici 2020); ces quatre pays de la région asiatique consomment a eux seuls 62% du total de la production mondiale de GNL.
Le Groupe Sonatrach a qui a toujours défendu le principe de la clause Take or Pay, doit aussi adapter sa stratégie en faveur des marchés Spot pour le GNL tout en cherchant à défendre l’option des contrats à court terme pour le gaz naturel afin de pouvoir renégocier plus facilement les prix et profiter du marché Spot, ceci passe obligatoirement par la construction de nouvelles installations GNL, incluant l’extension des deux mégatrains de GNL d’Arzew et de Skikda, déjà développés,  avec une technologie de pointe et avec une maîtrise des coûts d’investissements.
Dans un autre registre, il est impératif de prendre une décision finale par rapport à la réhabilitation totale ou partielle des complexes GNL existants, en se basant sur une analyse objective, privilégiant  les aspects économiques en matière de rentabilité financière et d’autoconsommation.
Enfin, ces investissements doivent être accompagnés par une stratégie basée sur la construction de nouveaux méthaniers pour le shipping du GNL et par une stratégie de ventes basée sur des investissements (participations) en terminaux de re-gazéification en Europe mais beaucoup plus en Asie, et ce, dans le but de vendre du gaz directement aux clients en créant des filiales de commercialisation.


A. H. 
(*) Consultant