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Économie / Avis d'expert

Avis d'expert

Y a-t-il un modèle de développement en Algérie ?

Une absence de vision et de cap stratégique est constatée dans la mise en œuvre des politiques de développement économique en Algérie.

Il est convenu de définir le “modèle de développement économique et social d’un pays” ou bien le “système économique” en tant que “mode d’organisation et de fonctionnement de l’activité économique dont les caractéristiques influencent entre autres l’investissement, la production des biens et services, les relations sociales et le marché de travail”. Le système économique en place dans un pays ou une région a donc une grande influence sur le niveau de vie des habitants, les inégalités entre les  individus et les régions (distribution des revenus) ainsi que les relations avec le reste du monde. L’histoire nous enseigne qu’il y a toujours une pensée économique dominante qui marque le système économique à chaque époque ; aussi, l’après-guerre a été marqué en Europe occidentale par le “capitalisme contrôlé par l’Etat”. Dans ce cadre, l’Etat dans les pays développés et émergents a accompagné toutes les reformes en corrigeant les excès du marché et à tempérer les violences du capitalisme. Elle apparaît comme le refuge contre l’arbitraire et l’injustice. Malgré cela et depuis l’avènement de la globalisation et la mondialisation, l’économie internationale est entrée dans un désordre financier qui semble être le résultat du recul du rôle de l’État et de la grande place laissée aux marchés. En plus de cela, cette vision capitaliste de l’économie n’a pas toujours pris en compte correctement les besoins sociaux et a entraîné de ce fait une décomposition sociale, de l’insécurité et surtout des crises à répétition.

Besoin d’un cadre de compréhension globale
La politique de développement en Algérie se caractérise par des programmes importants et des actions concrètes sur le plan économique et social, avec des progrès insuffisants et une absence de vision et de cap stratégique.
En effet, l’important programme de développement engagé par les pouvoirs publics sur le terrain entraîne une croissance insuffisante, un peu coûteuse et non durable, générant une  productivité et un niveau de rentabilité des investissements en deçà des attentes. Ce rapide bilan même s’il n’est pas positif, il reste très instructif car l’économie est incertaine et imprévisible ; elle est faite de gens et non de chiffres.  On est obligé de reconnaître que les investissements sont aujourd’hui “comptabilisés en coûts” et que les bénéfices attendus à moyen terme de ces investissements dépendent de l’évolution de l’environnement politique, économique et sociale du pays.
Aussi, le discours économique et social en Algérie ne doit pas porter sur le cadre conjoncturel et événementiel immédiat mais se situer dans un cadre d’ évolution économique et social global afin de mieux comprendre les effets de toutes les actions et mesures initiées.
Pour cela, l’économie algérienne a besoin d’un cadre de cohérence et de compréhension globale portant cap stratégique pour pouvoir corriger en priorité les causes majeures de l’inefficacité. Ce cadre global de compréhension n’est autre que le modèle de développement  , de fonctionnement et d’organisation de l’économie du pays qui fixe les objectifs de croissance et d’équité et les conditions de gestion du changement, de répartition des ressources, d’utilisation de l’environnement et de réponse à la croissance démographique.

Abandon du modèle économique  et social national d’après-indépendance

La génération d’après-indépendance s’est consacrée durant 20 années à mettre en place une organisation du développement de l’économie principalement orientée par un cadre de planification central et fonctionnant dans un contexte de monopole organisé autour de grandes sociétés nationales dans tous les secteurs d’activités. Ces grandes sociétés nationales qui constituaient des “holdings de fait” sans avoir le nom conduisaient la gestion et le développement des services, de l’énergie, de l’industrie, du BTP, de l’agriculture et même de promotion des ressources humaines sur la base d’orientation gouvernementale en matière de politique économique et sociale.    Un virage de politique économique et social s’est opéré au début des années 80 et a freiné  la trajectoire du modèle de développement national suite à une remise en cause totale du schéma d’organisation et du fonctionnement de l’économie dans le pays. La nouvelle approche partait du principe que les petites entreprises sont plus maîtrisables et plus aptes à porter le développement à l’intérieur du pays, à réaliser l’équité sociale et surtout favoriser l’équilibre régional. Toutes ces bonnes intentions ont en réalité couvert l’éclatement des grandes sociétés nationales, la cassure du processus intégré et l’effritement du savoir et du savoir-faire capitalisés durant  deux décennies et demie. Ainsi les efforts et les sacrifices de toute la génération d’après-indépendance sont partis en fumée. Ceci est d’autant plus vrai que les trois principales configurations portant organisation du secteur public (holding, fonds de participation, SGP ) mises en place par les pouvoirs publics sur les deux dernières décennies ont toutes essayé, sans grands succès, de ressusciter le modèle de développement national. En effet, il est impossible  de reconstituer les anciennes grandes sociétés nationales même avec des adaptations et des aménagements portant autonomie et ouverture sur le privé national et  international. Car les grands ingénieurs, cadres et hauts techniciens formés par les sociétés nationales (à l’étranger et en Algérie) et qui ont réalisé les investissements sous forme de grandes usines ont tous quitté les ateliers d’études et de fabrication des produits nobles pour devenir des administratifs (directeurs et sous-directeurs) de la nouvelle société créé autour du complexe de production. De même que l’expertise accumulée dans le domaine de la planification et la conduite du développement n’a pas été préservé suite à la suppression du ministère de la Planification qui aurait pu servir de base à la mise en place d’ un cadre de concertation, d’échange et d’orientation. Il faut espérer que ce qui reste du tissu public de production industrielle, agricole et de services puisse servir de base à une reconfiguration, intégration et diversification des produits  en partenariat avec des professionnels privés (national et étranger) sous forme d’IDE ou de prise de participation.

Le contexte local prédétermine le modèle de chaque économie

Tous les économistes sont unanimes sur le fait que  les modèles ou les systèmes économiques  et sociaux, nécessitent  d’abord et surtout un environnement institutionnel favorable et porteur d’un fort degré de liberté économique encadré par un État de droit.
Malgré cela, les modèles économiques et sociaux sont nombreux  à travers le monde et ont permis à beaucoup de pays PED d’émerger, prendre en charge les besoins locaux et s’intégrer  dans le commerce international. Ces pays  émergents  à forte croissance ont tous en commun  un  rôle stratégique de l’État de régulation, de coordination et de  développement international des entreprises publiques et privées. À ce stade, il convient de souligner, et d’après certaines sources(*) que “les pays du Sud-est asiatique que l’on dénomme les tigres (Thaïlande, Malaisie, Indonésie et Philippines) ont été inspirés par ceux qu’on appelle les Dragons (Corée du Sud, Hong Kong, Singapour, et Taïwan). Ces derniers ont été inspirés par les modèles des pays d’Europe du Nord (Allemagne et autres)”.  L’impressionnant parcours de développement économique et social de la Corée du Sud a fait l’objet d’intérêts, de présentations  et d’études par les services économiques du gouvernement algérien durant la dernière décennie. Plusieurs groupes d’acteurs économiques algériens du secteur public et privé ont visité Séoul  et ont pu découvrir et apprécier l’important progrès réalisé en matière de développement social et de croissance économique avec ses  grandes  entreprises privées à dimension internationale.( LG , Daewoo,…)  À titre d’illustration seulement, c’est un pays qui produit plus de 60 millions de tonnes d’acier  sans avoir de  minerais et sans avoir de  l’énergie (il importe du GNL par bateau). À la question de savoir comment la Corée du Sud a pu se placer à la 11e position dans le classement des grands pays industrialisés dans le monde, le professeur coréen du Sud nous a répondu : “Il faut savoir qui nous sommes et  comment  on a démarré”.  

Modèle en Algérie : passage du descriptif au normatif
Le schéma de pensée dominant des économies émergentes ces dernières décennies commence à prendre forme et donne lieu à des études par  les spécialistes. Ces derniers  proposent les dénominations suivantes : “capitalisme nationaliste”  ou bien “nationalisme corporatif” ou bien “capitalisme concurrentiel de l’État de doit”.  
En l’état actuel de la réflexion, il ne s’agit pas pour nous de recommander ou proposer un quelconque modèle économique et social pour l’Algérie ni même s’engager dans une illustration chiffrée des relations comportementales, organisationnelles et technologiques entre ses différents compartiments.
Nous savons pertinemment que les modèles ou les systèmes économiques et sociaux sont des constructions théoriques qui entraînent une forte dose de scepticisme parmi même les professionnels du domaine. On sait aussi qu’il est difficile de réunir les conditions  théoriques de concurrence parfaite, d’efficacité et d’équité sociale  dans une économie réelle.
Malgré cela, des institutions et des organismes publics et privés se sont  toujours penché en Algérie sur cet aspect de modélisation sans beaucoup de succès à cause principalement de l’absence de données statistiques fiables et couvrant tous les domaines d’activités.
Mais, l’ouverture de l’économie nationale vers l’investisseur privé national et étranger a rendu la tâche beaucoup plus e ou compliquée. En effet, un cadre de compréhension économique et social ne peut se passer d’ une formalisation des liens des  deux nouveaux importants agents économiques  représentés par “le reste du monde” et  “les ménages capitalistes” avec les autres agents économiques et au niveau de chaque activité.  
La présence des liens avec l’étranger ont entrainé de nouveaux flux, un système de prix élargi à l’international,  un système douanier, un système fiscal et un système de changes      Quant aux “ménages capitalistes”, par distinction des “ménages salariés”,  ils  vivent de revenus  provenant de rente de situation de détention de  capital  sous toutes les formes possibles ( patrimoine immobilier et non immobilier…).

Conclusion
Les modèles de développement économique et social qui ont réussi  à travers le monde sont ceux qui ont permis à leur pays  d’émerger, de prendre en charge les besoins locaux et s’intégrer  dans le commerce international.  Ces pays  émergents  à forte croissance ont tous en commun  un  rôle stratégique de l’État de régulation, de coordination et de  développement international des entreprises publiques et privées. Ce rôle consiste à corriger les excès du marché  et à tempérer les violences du capitalisme. Ils ont aussi un cadre théorique de base reflétant des choix stratégiques des pouvoirs publics pour concilier les objectifs de performance  économique et les objectifs d’équité sociale dans l’allocation des ressources.
Ainsi, il est convenu depuis les années 1980, de distinguer dans  l’analyse du développement économique  “l’inégalité et la pauvreté” de “la croissance économique”,  tout en maintenant des liens très forts. Dans tous les PED, ainsi dans les pays développés, les pauvres sont devenus une force politique et sociale qu’il ne faut pas ignorer afin de préserver la cohésion sociale et l’équilibre politique.
En Algérie,  effort  important de transferts sociaux est estimé à  25 et  30 % du PIB sans être visible dans le Budget. Ce filet social est certes  nécessaire mais gagnerait à être réévalué et revisité pour un meilleur ciblage des populations pauvres et la réduction du gaspillage sur les produits  de consommation de première nécessité.
À notre humble avis, cette dimension sociale  doit être intégrée dans le cadre d’amélioration de l’efficacité, de l’allocation des ressources et de l’équité par la reconversion et l’inclusion du potentiel  humain, à travers la mise à niveau et la modernisation de l’économie sur les plans technologique, managérial et de la formation. Ceci n’est possible que si le pays dispose   d’une  vision,  d’un cap stratégique et d’un cadre de compréhension et de cohérence globale portant politique économique et sociale  conciliant les objectifs d’efficacité et  les objectifs sociaux.  
Ainsi, il est possible de suivre les importants  programmes et les actions concrètes  initiées et en cours de réalisation  afin de mesurer les progrès attendus, réduire  les inefficacités et adapter l’allocation des ressources.


I. N.
(*)  Économiste financier/
Ancien président  de la Cosob
Diplômé de l’Ecole nationale polytechnique d’Alger : en  économie Appliquée, nourismail@gmail.com