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Bien-tristes sont les...

Montage #RDL (D.R.)

Bien-tristes sont les flemmards qui n’ont pas fait le déplacement pour découvrir le premier long-métrage de Sofia Djama, "Les bienheureux".
Bien-tristes, car ce film est une nouvelle affirmation que la nouvelle génération du cinéma algérien existe, qu’elle innove et qu’elle lutte pour écrire, créer et produire des films.
Bien-tristes, à cause d’un casting de choc, d’une provocation socio-culturelle nécessaire, d’une nécessité de redécouvrir la langue algérienne, du besoin de rappeler la liberté du culte, de cicatriser les dizaines de plaies noires d’un pays encore en deuil, mais surtout, ils sont bien-tristes, car ce film de Sofia Djema est un délicieux cocktail de tous ces besoins et facteurs qui font qu’on doit revoir et réaffirmer un cinéma algérien provocateur, sensibilisant et révoltant.
Avec une note de 6,8/10 sur IMBD, 3,7/5 sur Allociné et 6,6/10 sur Senscritique, le premier long-métrage de Sofia Djama décroche quelques prix (meilleure actrice au Mostra de Venise 2017 et Prix du public au Festival Black Movie de Genève 2017) un film qui fascine par son scénario complexe et son beau casting :
Nadia Kaci (Amel), Salima Abada (Souad), Faouzi Bensaïdi (Amine), Sami Bouajila (Samir), Lyna Khoudri et Amine Lansari (Fahim) mais aussi de Brahim H. rappeur dans Genoxy.


Attardons-nous un petit peu sur cette sélection artistique:
Nadia Kaci, plus de 25 films, 5 apparitions théâtrales, 5 prix d’interprétations et 23 ans de carrière et une fraîcheur de liberté algérienne; bien qu’elle nous ait ensorcelé par sa beauté et sa finesse dans ses précédents films, on la voit assez réticente dans ce long-métrage. Une performance moyennement bonne, portée sur l’exagération de la colère lorsque c’est un sujet socio-religieux. L’exemple de sa dispute avec un croyant en public et lorsqu’elle exige à son fils d'arrêter la lecture phonographique du Coran dans sa chambre, elle est aussi réservée sur l’empathie et le mécontentement. Nous pouvons citer ses querelles avec son mari. En spéculant, nous pouvons peut-être lui reprocher un manque de préparation qui n’est peut-être pas de son ressort.
Sami Bouajila, 60 films, 5 apparitions théâtrales, quelques prix et nominations, 26 ans de carrière, une icône du cinéma franco-algérien ; une bonne performance, exprimant à la fois le caractère dur et machiste de l’algérien lambda avec des traits et des goûts raffinés dans son discours, ses mots, sa gestuelle. Il occupe en vérité un triple rôle, celui du mari machiste, égoïste et protecteur, mais aussi le rôle du gynécologue militant, et enfin de l’entrepreneur qui vit sa liberté pleinement. Il est évident que ce triple rôle n’a pas aidé Sami Bouajila à garder sa maîtrise. Nous pouvons facilement
sentir qu’il se perd dans certaines scènes en adoptant un vocabulaire et une gestuelle différente, chose tout à fait normale étant donné la complexité de son rôle.
Lyna Khoudri, la révélation féminine de cette année, avec seulement 3 films, une présélection pour les Césars 2018 et le prix Orrizonti de la meilleure actrice à la Mostra de Venise 2017 ! Elle est devenue la jeune actrice à suivre en priorité.

Elle confirme cet intérêt à travers sa performance dans le film. Un regard attentionné, perçant et rempli de tristesse, fémininement masculine pour les besoins de son rôle: Feriel est une algérienne qui vit dans un quartier populaire, elle a des amis de l’université qu’elle voit souvent, s’imposant dans un milieu misogyne et réservé généralement aux hommes (l’exemple de la chambrette/grotte où Brahim invite ses amis pour partager des produits illicites et de l’alcool, mais aussi pour exercer illégalement la profession de tatoueur) L’actrice de 26 ans arrive aussi à exprimer une véritable tristesse, car dans le film sa mère fut assassinée par des terroristes, voilà pourquoi nous éprouvons une forte empathie face à son personnage.
Amine Lansari, avec une dizaine d'apparitions cinématographiques, ce jeune acteur franco-marocain démontre du talent, bien que nous sentions ses difficultés à exprimer un accent algérien, nous pouvons quand même apprécier l’effort qu’il met pour l’exercice phonétique de son personnage.
Brahim H., alias Genoxy, ce jeune rappeur a une grande maîtrise à travers ses nombreuses performances comme acteur dans le cinéma depuis plusieurs années. Doté d’un naturel et d’un charisme qui jouent en son avantage, n’ayant pas peur de s’exprimer en dialecte algérien réel avec ses insultes et sarcasmes, une personne qui arrive à nous faire rire parce que ses mots et ses gestuelles nous sont familiers.
● Pour finir, mon personnage/acteur préféré: Adam Bessa. Pourquoi préféré ? Ce jeune franco-tunisien "Reda" est très intéressant. Sa conception est créative et intelligente: Sensible, spirituel et libre. C'est parce qu'au début on devine un stéréotype probable: Le jeune endoctriné par l'Islam et le discours obscurantiste, mais au final c'est celui qui jouit d'une véritable liberté. J'y vois la créativité de Sofia, un personnage libre d'interpréter la religion musulmane sans qu'il ne tombe forcément dans le profil type du jeune endoctriné/projet de terroriste. La liberté du culte est vraiment bien mise en valeur. Adam Bessa joue à la perfection son rôle. Seul bémol, tout comme Amine Lansari, il a du mal à maîtriser l’accent ce qui nuit à la légitimité de son interprétation étant donné qu’il est tunisien.
Techniquement, le film est moyen, de beaux plans qui se font timides, un manque cruel de musique et de voix-off, un vide sonore qui me gène (et qui plait à d’autres personnes) avec quelques faux raccords déstabilisant. A citer l’exemple du minaret de la grande mosquée d’Alger.
Le film est une multitude d’historiettes entre-liées, un drame et une comédie selon l’angle de perception de chaque spectateur. La complexité du scénario se justifie par son homogénéité,
Sofia Djema à su garder le contrôle et nous fait vivre un joli moment de cinéma. On est loin de s’ennuyer, particulièrement dans les moments de provocation socio-religieux exprimés à travers les dialogues, mais surtout cette incroyable scène où Reda fumait de l’herbe en écoutant le...Coran. Beaucoup de réflexion au final. Des débats houleux et des distinctions/projections en Europe. Seule chose que nous regrettons: qu’il ne soit pas projeté en Algérie (hormis quatre projections à l’IF).
Vous l’aurez compris, si vous avez l’occasion d’assister à sa projection, faites-le! C’est un film qui mérite amplement son temps.

19H19

Zakaria Med. BRAHAMI

Blogueur à la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL)


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