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blog / ACTUALITÉS

Jérôme Cervera: un cœur qui bat pour l’Algérie

©D.R.

Bien que notre interview se fut déroulée sur messenger, je sentais qu’il voulait communiquer la magie de l’incroyable aventure qui l’avait mené jusqu’à son « second pays l’Algérie » …

Mais qui est donc Jérôme Cervera ?  l’homme qui eut le coup de cœur pour la culture d’un pays dont une partie des enfants ne cessent de fuir.

Un artiste français âgé de 37 ans habitant le sud de la France, et évoluant dans le domaine de la photographie, des belles lettres mais aussi dans l’art de la ferronnerie.

Pour commencer, il m’a fait part de toutes les fausses idées reçues et les préjugés véhiculés par son entourage au sujet du mot « Algérie » qui sonnait comme un interdit.

A la télé, c’était « le pays des sauvages », dans la cours de récréation, en présence des enfants d’immigrés, la haine était toujours au rendez-vous. Ça suintait le racisme à tous les niveaux car pour ne rien arranger, l’Algérie était cataloguée comme un pays de terroristes, alors qu’elle en était la première victime.

Notre ami artiste en est à ses balbutiements dans sa démarche, lorsqu’à l’âge de vingt ans, il s’intéresse à l’orientalisme et au Moyen-Orient.  Il me cite pêle-mêle : Pierre Loti, Isabelle Eberhardt, Delacroix, August Renoir... et bien d’autres qui « m’ont fait changer de regard ». C’est par ce biais que l’Algérie lui est apparue. Une rencontre qui fit office de révélation. Ce pays l’a tout de suite séduit par sa beauté et sa diversité culturelle. Il m’expliqua que cela l’a encouragé à faire des recherches dans tous les domaines, notamment musical. L’andalou, à travers le malouf constantinois, l’école d’Alger et le haouzi de Tlemcen lui a ouvert les portes du raffinement de toutes ses villes. Nous étions alors en 2011-2012, l’aventure ne faisait que de commencer et les premiers liens se nouaient avec des Algériens grâce aux réseaux sociaux. Parmi eux, il évoqua Haroun avec qui il sympathisa rapidement. « Nous partagions bon nombre de références musicales. Lui m’initiait à l’andalou et moi je lui faisais découvrir mon univers. » me rapportait Jérôme.

Mais c’est durant l’année 2016 que l’occasion de se rendre pour la première fois en Algérie se présenta à lui. Son nouvel acolyte lui adressa une invitation pour venir assister au mariage de son frère. Jérôme précise à ce sujet : « Durant presque trois mois, j’ai tergiversé tandis que haroun essayait de me convaincre en me familiarisant avec son environnement. En dépit de cela, je demeurais sceptique à l’idée d’aller vers l’inconnu. »

« Je pris mon courage à deux mains et je me suis convaincu de considérer ce voyage comme un baptême du feu » ajoute-t-il dans la foulée. Refuser cette invitation le faisait culpabiliser et fort heureusement, tous les efforts déployés  pour  le faire changer d’avis eurent raison de lui. Il se résolut à déposer sa demande de visa au dernier moment, une vingtaine de jours plus tard, il avalait ses premiers boureks sur Zeralda.
 

« L’accueil fut plus que magnifique. J’ai fait la rencontre de beaucoup de personnes, passé un séjour inoubliable entre la Kabylie et Alger ; c’était un vrai moment rêve, de liesse, de profonde communion, et bien sûr à mon départ, le déchirement le plus total total et la tristesse. A peine rentré en France, j’avais toute hâte de retranscrire par écrit les moments que j’avais vécus sur Alger

Mes amis intimes et les personnes qui me suivent sur les réseaux sociaux, à plus forte raison ma famille d’Alger, furent extrêmement touchés par ce petit récit dont la force résidait dans son caractère poignant. »

Jérôme en profite pour me livrer des anecdotes liées à ce premier séjour sur la capitale :

« En passant une première journée à la Casbah, nous nous étions rendus auprès du mausolée de Sidi Abderrahman. Un endroit symbolique qui continue à exhaler la sagesse du maître de céans. Nous allions prendre congé quand deux femmes vinrent à mon encontre. J’étais pris sur le fait et il eût été particulièrement malpoli de décliner l’invitation m’expliqua mon ami Haroun. Manger ce couscous blanc parfumé à la cannelle, assis sur des nattes, et à la lueur des bougies, fut une expérience troublante. Ces femmes venues accomplir leur sadaqa m’avisèrent qu’on revient toujours une seconde fois en ce lieu. »

La prophétie se confirma trois mois plus tard.

C’est à partir de son deuxième voyage qu’une idée lui tarabiscota l’esprit, avec comme seul leitmotiv, le souhait de réconcilier ces deux pays si proches par une aspiration commune : 

« Mon livre devait exprimer l’amour qui peut résider entre la France et l’Algérie. Au-delà de tous les déchirements et des souffrances endurées, il fallait faire ressortir les qualités de coeur et d’esprit qui peuvent apaiser, bonifier les liens qui unissent ces deux peuples. »

Jérôme découvrit à la Casbah, un endroit ne pouvant laisser personne indifférent tant il suinte l’histoire à tous les coins de rue. Un univers qui ne se livre pas de prime abord, qui préfère conserver jalousement ses trésors pour ne les laisser apprécier qu’aux méritants.

Il ajoute à ce sujet :

« Une cité qui éveille, nous livre ses précieux enseignements, nous révèle à nous-mêmes. Pour pouvoir accéder à ces trésors, il faut faire preuve de simplicité, de discrétion, d’humilité, de respect et témoigner de la considération pour nos hôtes. La formule magique est à la portée de tous en fin de compte. » 

 





S’ensuivirent durant deux ans, 11 voyages supplémentaires durant lesquels il logea à plusieurs reprises au sein de l’antique médina. Ces incessants allers-retours lui permirent de multiplier les expériences et de le conforter dans ses opinions.

« Mon livre, je voulais qu’il soit source d’émerveillement. J’ai pris le parti de débuter le récit à une période qui n’en était pas du tout propice. Il ne faut pas y voir par là une façon de contourner l’histoire ou d’en absoudre les malheurs mais une réflexion sur la manière dont nos relations auraient du évoluer, ou doivent le faire aujourd’hui. Je veux mettre en exergue ce qui fait défaut entre mes deux pays : les manques à combler, les lacunes qui subsistent. La sensibilité et l’imaginaire peuvent largement y contribuer. »


Pour finir, Jérôme continua de me faire voyager à travers son univers onirique dans lequel le raffinement algérois et son art de vivre occupe désormais une place de premier choix. Il me fit part de tous ces futurs projets, tous empreints d’une affection touchante à l’égard de l’Algérie. Il compte pour cela, mettre tous ses talents au service de la protection du patrimoine et de la création artistique. D’autres projets devraient emboîter le pas à Dziriya, son premier livre dédié à la Casbah d’Alger.

Espérons que cette inspiration ne tarisse jamais. Sur ce point, il reste confiant:
« Pour ceux et celles qui ambitionnent d’approfondir leurs recherches culturelles, l’Algérie est un véritable eldorado. Je regrette juste de ne pas disposer de plusieurs vies pour cela. »

Nour BOUCHERIKA

Y


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