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blog / ACTUALITÉS

La JSK : un vaste chantier

©D.R.

A l’issue d’un suspens atterrant,  la JSK vient in extremis de se soustraire du purgatoire. A l’issue de l’avant dernière journée, le sympathique Md Haouchine, pour le compte de la chaine 3, vient de l’annoncer en direct de Tizi-Ouzou ajoutant même : « qui aurait dit que viendrait le jour où la JSK fêterait le maintien ? » Oui ! elle a, comme on dit,   « sauté de la poêle » au dernier moment, laissant un arrière-gout d’amertume auprès de milliers d’inconditionnels lesquels, longtemps habitués à fêter ses nombreux titres glanés, autant à l’échelle nationale qu’africaine, sont obligés, cette année encore, de se consoler d’un simple jeton de présence au sein de « l’élite ». Il faut dire néanmoins, qu’en plus d’être le club le plus titré, il s’agit là d’un record qu’elle a réussi à conserver car la JSK est la seule équipe dont la continuité, depuis qu’elle a accédé en division nationale une, en 1969, n’a jamais été interrompue. Alors bravo à tous ceux qui ont réussi à la prolonger une année de plus. Pour autant, doit-on se contenter de cela ? Non bien sûr ! Pour combien de temps encore ? Nul ne le saurait le dire ! En foot, comme dans beaucoup d’autres domaines, la prévision est souvent la chasse gardée de l’aléa. On peut cependant affirmer que la trajectoire de la JSK, ces dernières années, ne fut pas le résultat d’une fatalité mais celui d’un concours de circonstances  dont la  gestion approximative et à courte vue n’est pas des moindres. Partant de cela,  il est alors possible de penser que rien n’est inéluctable, que ce qui s’est défait peut se reficeler, et qu’elle pourrait retrouver son lustre d’antan, pour peu que les leçons du passé aient été tirées. Puissent ces  lignes susciter, chez ceux qui ont en main le destin de l’équipe, quelques réactions à même de poser correctement la problématique et éviter les travers du passé. Il ne s’agit pas ici de recettes techniques mais de quelques principes généraux à garder en ligne de mire et autour desquels il faudra bâtir.

La JSK a écrit l’essentiel de sa légende en gros durant le dernier tiers du siècle dernier. Dans une courbe Gaussienne on appelle ceci un plateau. Plateau que l’on doit d’une part à une exceptionnelle « couvée » de jeunes talents propulsés par le souffle de l’indépendance et d’autre part à la réforme sportive de la décennie soixante-dix. Ce à quoi il faut ajouter la dynamique insufflée par des managers et coachs d’exception tels que les Benfedha, les frères Abd El Kader et Mahiedine Khalef, Hadj Oumnia, Ben Kaci pour ne citer que ceux-là. Depuis, hélas, elle a entamé un déclin progressivement pour finir dans la peau d’une équipe quelconque, qui a sombré dans la banalité et que rien ne distingue ces dernières années si non sa lutte pathétique à chaque fin de saison pour se maintenir en division Une. Force est alors de constater qu’il ne s’agit pas d’une évolution en dents de scie, par-à-coups, mais d’une régression continue qui s’était inscrite dans la durée, faute pour les dirigeants de n’avoir pas su anticiper la dégringolade. C’est dire qu’aujourd’hui toute la problématique qui les attend  est de faire en sorte que ce trend débouche au plutôt sur un renversement de tendance pour que ce mythique club regagne son lustre d’antan. Comme tout bateau en dérive son sort est d’abord entre les mains de ceux qui sont en charge de son gouvernail,  lesquels doivent d’abord s’imprégner des lacunes et des erreurs commises tout au long de ces années de galères et tout faire pour éviter de les reproduire.

Il faut en premier lieu faire un diagnostic objectif et inscrire la « rédemption » de l’association JSK dans un projet sportif global, transparent, sur le long cours et sortir une fois pour toutes  de la gestion à court terme dans le copinage, le flou et l’improvisation ; se méfier des actions d’éclat de fin de saison qui souvent cachent des tares profondes. Il faut en second lieu remettre la JSK dans son milieu socio-culturel ancestral qu’elle n’aurait jamais dû quitter pour la simple raison que ce milieu est dans son essence même porteur des mêmes valeurs que celles véhiculées par le sport au sens le plus noble du terme. Pour cela il faut que le club active à retrouver son identité à travers notamment une symbiose, qu’il faudra reconstruire, entre les joueurs, dirigeants, le public et tous ceux qui  portent  la ISK dans leur cœur. Ce lien affectif très fort qui a longtemps constitué sa force s’est progressivement distendu sous l’effet des luttes intestines et des puissances de l’argent qui se sont engouffrées maladroitement, avidement au nom de l’opportunisme d’abord et, en dernier lieu, au nom du professionnalisme. Un « professionnalisme » annihilant, décidé ailleurs dans la précipitation, sans diagnostic de l’état des lieux et dont l’effet premier  a été de polluer les rapports entre les hommes, contraints de dépenser l’essentiel de leur énergie à surveiller leurs accotements et défendre leur pré carré. Ce n’est pas pour des prunes si le poste de Président fait à ce point l’objet de convoitises et de coups bas déstabilisants qui ne disent pas leur nom.  On ne peut reprocher à un homme d’affaires de chercher un retour sur investissement mais on peut le faire à l’égard de cette politique qui leur permet de polluer un milieu qui traditionnellement, pour au moins les valeurs qu’il véhicule, doit être tenu loin des magouilles et autres calculs mercantiles. La JSK est le type même d’équipe qui a été la plus touchée par cette corrosion car ébranlée dans ses fondements du fait, qu’étant une équipe habituée à évoluer en milieu sain, elle fut une cible facile pour tous ces agents pollueurs. Aussi, une  façon d’éviter de retomber dans ces travers est de s’interdire de rentrer dans cette concurrence effrénée à l’achat de « joueurs mercenaires ».Il faut former sur le tas, fidéliser les joueurs avec des clauses libératoire en conséquence, stabiliser l’équipe. La prospection, une politique de formation, la réalisation d’une école de Foot Ball, voire une académie, devront être des priorités des dirigeants. Vu le potentiel existant de jeunes les résultats suivront et elle pourrait se permettre d’être un grand pourvoyeur de talents. La finalité est de parvenir à redéfinir le rapport du Club à l’argent, au patrimoine, car s’il est connu pour être un bon serviteur l’argent est tout aussi connu pour être un mauvais maître. Dans ce sens il faut, chaque fois que c’est possible, se soustraire à l’emprise du « mercato »  lequel n’est pas le moyen propice pour la culture des valeurs humaines et sportives mais l’antichambre dans laquelle la parole et la considération sont au plus offrant, ce qui est antinomique avec l’identité même de la JSK. D’autant qu’il est faux de croire que l’excellence est essentiellement dans l’argent. Aujourd’hui la preuve du contraire est faite, car avec des salaires mirobolants,  les équipes persistent à sombrer dans l’indigence et la médiocrité pour la simple raison que c’est toujours les mêmes médiocres qui sautent d’une équipe à une autre, mettant chaque fois le curseur au plus haut. C’est la puissance morale et psychologique du microcosme dans lequel évolue une équipe qui conditionne ses performances et c’est le lien unissant  ses composantes qui en est déterminant. Ciment dans lequel les amoureux du club se reconnaissent ainsi que les forces vives que représentent les bonnes volontés, les associations et la société civile d’une façon générale. La JSK est un symbole dont la portée sublime est incrustée profondément dans le cœur de centaines de milliers d’Algériens. C’est une synergie formidable dont les dirigeants doivent se soucier en cherchant les voies et moyens susceptibles de la capter et la canaliser en conséquence. Il faut organiser des assises, engager une réflexion dans ce sens au plutôt, solliciter les hommes de terrain et de savoir, aller voir ce qui se passe ailleurs auprès d’associations similaires et tracer une feuille de route en conséquence. C’est un travail de sensibilisation, de  mobilisation, de longue haleine mais le résultat est au bout et il sera pérenne. Tout ceci exige des responsables : de la compétence, l’engagement et de la rectitude, indispensables à l’instauration d’un climat de confiance sans lequel rien ne saurait s’accomplir. Si dans l’immédiat il est heureux que la JSK ait pu conserver sa place parmi l’élite, il ne faudrait pas perdre de vue que ce n’est que du rafistolage provisoire, dicté par le souci de ne pas  subir les affres de la seconde division.  Le travail de fond quant à lui reste à faire. Il faut enfin se remémorer qu’un des paramètres ayant fait la force de la JSK fut la stabilité de ses structures, laquelle a trouvé dans la réforme sportive des années soixante-dix, comme dit ci-dessus, le cadre approprié pour s’exprimer. Maintenant que le « bazar » s’est installé, il faudra bien trouver un autre cadre, moral, philosophique et organisationnel,  consensuel loin des luttes d’influence, auquel se référer. Ce cadre ne peut qu’émerger du cœur même de la JSK à travers sa composante humaine dans son ensemble et surtout ses dirigeants qui se doivent d’être avant tout des innovateurs, des visionnaires. Le défi est consistant mais l’histoire de la JSK plaide en sa faveur. Il faut savoir s’inscrire dans la modernité tout en ayant à l’esprit les  fondamentaux qui ont fait sa force.           

Rabah KEBDI (*)

(*) Coauteur du livre : "JSK Quarante ans de Foot Ball" (Editions Enap 1986) 

Les contributions publiées sur Liberte-algerie.com relèvent exclusivement de la responsabilité de leurs auteurs  

 

 

                      


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