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La protection de l'environnement: les bottines ne suivent pas les babines

©D.R.

L’expression « les bottines ne suivent pas les babines » est empruntée pour décrire la situation de l’environnement en Algérie. Les bottines traduisent l’action et les babines signifient les lèvres par ricochet les dires. En effet, depuis presque trois décennies, nous entendons une fanfare et nous ne voyons pas de meulage. Devant cette situation, Il convient de fustiger la formule hypocrite: dire et faire semblant versus faire et bien-faire!

Il est clair qu’en Algérie, les temps sont durs: les sols meurent, les ressources naturelles s’épuisent, la population augmente et la dette écologique explose. Avec l’épuisement des ressources non-renouvelables, le spectre d’une vie à crédit se profile à l’horizon. À défaut d’une intelligence verte qui préserve l’environnement et rend le développement durable une réalité et non pas un signe ostentatoire, il faut s’attendre à une désertification à grande échelle, y compris celle du littorale méditerranéen.

Récemment, le développement durable, ce concept phare que prône l’Algérie, a été éclaboussé par l’affaire du gaz de schiste. Ce projet controversé et socialement rejeté confirme que la version « DZ » du développement durable est un simulacre. En tenant compte de ce péché environnemental, la création d’un ministère de l’environnement ne dit pas grand-chose, mis à part  l’écoblanchiment. En fait, ce scepticisme résulte du retard injustifié pris par ce secteur et de l’embrouille qui tend à confondre le rôle du ministère avec celui d’un mouvement vert!

 

Ça y est, avec le baratin on peut faire une révolution verte: rendre l’air des grandes villes respirables et se départir du réseau SAMA-SAFIA; mobiliser et rendre accessible les énergies renouvelables; appliquer à grande échelle le programme des matières résiduelles «3RVE » et minimiser l’empreinte écologique des algériens. C’est une blague stupide de gonfler à l’hélium une affaire sérieuse telle la préservation de l’environnement. Dans beaucoup de pays, l’environnement est devenu un secteur prioritaire et chargé de sens, voir une industrie créatrice d’emploi et génératrice de revenus. Tout ceci a été possible grâce à l’engagement et à l’intelligence verte. En Algérie, il reste beaucoup de chemin à parcourir. La preuve est qu’on est rendu au stade de l’état des lieux, en faisant allusion à l’appel d’offre lancé le 27 mai 2018 consistant à l’élaboration du rapport national sur l’état de l’environnement « RNE ».

Une halte sur le sacré site officiel du ministère de l’environnement et des énergies renouvelables révèle l’aridité et la carence de ce dernier. Les moteurs de recherche internet le sous-estiment du fait qu’il n’est pas utile, utilisable,  visible et fonctionnel. Faites un essai pour confirmer l’archaïsme de cette interface. Comme un simple exemple, si on sollicite l’onglet ENVIRONNEMENT il apparait un sous menu dans lequel on a MISSIONS DÉFIS ET CHALLENGES qui mènent à une impasse, de plus quelle différence existe entre DÉFIS et CHALLENGES si ce n’est des faux-amis. En résumé la notoriété du ministère ne se fait pas à travers un site creux qui a l’allure d’un recueil de coupures de presse ou qui arbore le snobisme.

La dernière sortie arrangée de la ministre de l’environnement pour la corvée de propreté de la Casbah est une « B.A» ou bonne action. Cette sortie reste sans objet en absence d’un plan d’action pour développer des rituels. En effet, si le message perçu est une sollicitation indirecte à la mobilisation pour l’amélioration du cadre de vie, il reste insuffisant pour faire des agents multiplicateurs qui ont à cœur la préservation de l’environnement.

Naviguer au pifomètre, sans tableau de bord ni coffre à outils ne mène nulle part. Le tableau de bord contient des indicateurs de performance en lien avec les cibles. Quant au coffre à outils, il se compose de  ressources et de compétences. Le site du ministère s’est tari en stratégies, plans d’action, objectifs et cibles, mais étoffé  en photos et articles. C’est un vrai paradoxe!

Pour faire court, l’environnement est à bout de souffle. Il faut suivre l’exemple du  colibri, ce minuscule oiseau de 2 grammes, qui a voulu éteindre un immense incendie en déposant des gouttes d'eau de son bec sur le feu, c’est le modèle de croyance dont on a besoin pour changer l'état pitoyable de l’environnement au lieu d’avoir la tchatche!

Djamel GAHAM

Conseiller en développement durable

Pour la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL)

 


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