Le besoin d’exister

Si la visite du président français fut si brève qu’il a été difficile, au protocole, de respecter le timing des différentes activités retenues, le résultat attendu par les deux parties semble avoir été atteint.
Sur le plan politique et pour la consommation interne, les deux présidents avaient besoin, chacun pour des objectifs différents, de se mettre en avant. L’un pour rappeler sa présence et marquer son territoire, l’autre pour redorer une popularité en disgrâce et relancer une économie en panne. Sur un autre volet, la France a besoin d’un pays de l’envergure de
l’Algérie pour faire bouclier à la menace jihadiste des pays de la région, en contrepartie d’une reconnaissance appuyée de la gouvernance du président Bouteflika. Cet échange de bons procédés ne doit pas occulter les relations commerciales même si la délégation française, qui s’est déplacée à Alger, était exclusivement politique.
Il est évident que si les “commerciaux” étaient absents, les politiques ont déblayé le terrain lors de la séance de travail qui a eu lieu entre le président Hollande et le Premier ministre Sellal. Les demandes étaient précises. Après Alstom qui s’est taillé la part du lion comme équipementier dans les turbines et les locomotives, il fallait sauver le groupe Total qui a été éliminé dans deux projets dont celui du complexe portant sur le vapocraquage d’éthane prévu initialement à Arzew et délocalisé à
Hassi-R’mel. Il a aussi été question de l’usine de montage de Peugeot, de la possibilité pour Areva d’avoir des concessions d’exploitation des mines aurifères après son départ précipité du Niger. Autant de projets d’investissements qui pourraient faire sortir de la zone rouge l’économie française et, par ricochet, permettre à Hollande d’être présent aux prochaines élections. Pour l’Algérie, la France pourrait être ce partenaire accompagnateur pour diversifier le tissu industriel, aujourd’hui presque inexistant.
Cette visite de travail arrange, en fin de compte, les deux présidents qui ont un besoin d’exister. Chacun pour des raisons différentes.