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blog / ACTUALITÉS

Les temps modernes : « Chaque travail mérite salaire »

Une scène du film réalisé par Charlie Chaplin en 1936: "Les temps modernes"/©D.R.

Je reviens cette fois-ci pour vous parler du citoyen lambda, ce joli spécimen qui continue d'intriguer la communauté des artistes.

Ce modèle citoyen subit frontalement une nouvelle vague de métiers liée à la culture, à l'art et au digital créatif.

Comment intercepte-t-il ces nouveaux métiers ? Je m'y pencherai au cours de cet article.

Avant toute chose, nous devons nous mettre dans la peau de ce citoyen lambda...

C'est quelqu'un qui est souvent fonctionnaire, étudiant, bénévole dans une association, conservateur par nature, un citoyen qui souffre financièrement du niveau de vie médiocre en Algérie : le SMIC, la bourse estudiantine, l'absence de fonds associatifs (à noter la loi 12-06 et ses restrictions liées au financement étranger) en résumant, on peut dire que le « citoyen lambda » a des poches et des caisses vides.

 

 

L'insuffisance financière n'est pas le seul problème du citoyen lambda, nous devons comprendre aussi qu'il ignore que le travail intellectuel et créatif est aussi coûteux que le travail physique, nous vivons dans une société où la notion du travail représente souvent le « bureau » et « la force des bras ».

De ce fait, le citoyen lambda considère le plombier et le bureaucrate comme travailleurs, tandis qu'à son avis, le graphiste, le photographe, le musicien compositeur et autres, ne sont que des passionnés.

Il est évident que le citoyen lambda méprise l'effort intellectuel, la pensée, la créativité et la création, pour lui ce ne sont que des concepts qui ne lui appartiennent pas et qui ne sont que secondaires, voir même : futiles.

Voilà pourquoi, les priorités et les perspectives d'avenir vont aux métiers où la force des bras est indispensable ou bien au sport, parce qu'être sportif est aussi considéré comme un métier physique (oui, les jeux d'échecs ou le sodoku ne sont pas physiques, je le sais.)

Ce profil citoyen ne dépense de l'argent que pour les besoins qui nécessitent une intervention physique directe, je vais citer des exemples :

* Une panne de voiture, il n'hésitera pas un seul instant à payer la maintenance et la réparation auprès d'un mécanicien.

* Une défaillance du câblage électrique, d'où la nécessité de faire appel à un électricien.

* Construire une maison (imaginez s'il y avait des ouvriers bénévoles...)

 

Evidemment, le peu d'argent que gagne le citoyen lambda ne se fait pas dépenser qu'à travers ces besoins, il peut être dépensé indirectement, comme pour le sport, nous citerons les différents abonnements (télévision et chaînes TV par exemple) pour pouvoir regarder les matchs de football qu'ils soient nationaux ou étrangers, mais aussi les tickets d'accès au stade, les t-shirts de clubs, la consommation de publicités (shampoings et produits utilisés par les sportifs sur les canaux d’information de masse) et toutes ces petites dépensent qui ne font qu'enrichir le club/équipe de sport, le sportif, ses sponsors, etc.

 

Pour revenir au fond de notre sujet, si le citoyen lambda accorde autant d'importance aux dépenses qui résultent d'un effort physique en particulier, ce n'est pas souvent le cas pour l'effort intellectuel, artistique et créatif…

Cette même personne peut demander à un graphiste la conception d'un logo bénévolement pour je ne sais quelle raison ou bien même à un photographe de prendre en charge bénévolement la couverture d'un évènement ou d'un shooting.

Il peut aussi demander à un musicien de venir jouer un peu de musique gratuitement pour son anniversaire ou de décorer l'évènement d'une association avec un peu de musique "pendant les pauses".

Ce mépris flagrant envers ces métiers est irrespectueux et insultant, car il est question d'énormément de dépenses, le matériel, l'achat de logiciels, les formations payées, les autres frais comme l'abonnement internet et autres...

Et puis, il n'y a pas que les dépenses matérielles et financières, il y a aussi l'énorme travail intellectuel, l'expertise, l'expérience, la maitrise du logiciel ou de l'instrument, mais aussi les longues années sacrifiées pour l'apprentissage.

Il est important de préciser l'irrespect total lorsqu'on invite un artiste lors d'un évènement quelconque pour jouer un peu de musique lors des pauses, le citoyen lambda et les idiots croient que l'art et la musique ne sont que des outils de décorations, un geste égoïste et meurtrier. Le citoyen lambda ne peut pas seulement mettre de la musique téléchargée illégalement pour divertir le public convié, il doit absolument inviter un musicien, l'obliger à se déplacer de chez lui un jour de week-end avec ses propres moyens, pour qu'il vienne dans un endroit à attendre comme un abruti sans prise en charge jusqu'à ce que l'organisateur de l'évènement (généralement égocentrique, prétentieux, bête et avec un sourire d'idiots) vienne lui dire s'il peut jouer seulement pendant 10 minutes parce qu'ils sont un petit peu en retard et qu'il y a des "talks" ou je ne sais quoi par la suite, les pauvres musiciens montent timidement sur scène sans préparation technique (considérés comme du bétail, pourquoi faire des répétitions ? ) et avant de commencer à jouer, les artistes se demandent encore ce qu'ils vont jouer, il y a trop de bruit dans la salle, l'irrespect est à son comble, soudainement, le ventre de l'un des musiciens fait ce joli bruit de faim... ils commencent à jouer, certains sont attentifs à leur musique, la plupart continuent de discuter, ils jouent deux petits titres timidement, se font applaudir et descendent de l'estrade, à ce moment l'organisateur vient les remercier de s'être déplacés avec son fameux sourire d’idiot et ils repartent chez eux, en bus, train ou en stop, tout en écoutant la douce musique de la faim.

 

Ce n'est qu'un exemple, on aurait pu y voir le photographe, avec les mêmes contraintes et circonstances, avec le même irrespect et inconsidération, ou le graphiste qu'on ne remercie même pas pour un logo qui lui a coûté une semaine de travail et j'en passe, les exemples sont trop nombreux.

Certains me diront : "Oui, mais ça permettra à l'artiste de se faire connaitre, ce sont des amateurs, ils doivent participer à des actions bénévoles" ou d'autres qui diront "Nous n'avons pas eu de sponsors, nous n'avons pas de fond et pas suffisamment d'argent pour payer la prestation de l'artiste, du photographe et du graphiste" et d'autres qui diront "Non mais c'est ça le bénévolat et le volontariat et puis ce sont des passionnés." à ceux-là je ne dirai que quelques mots.

Déjà, l'évènement qui n'a rien d'artistique ni de culturel (du type évènement sur l'entreprenariat, par exemple) ne fera jamais la promotion d'un artiste, tant qu'il est inconsidéré et négligé, l'artiste ne sera qu'applaudis et remercié, personne ne retiendra son nom et ne fera jamais le pas pour acheter son album.

Ensuite, rien n'oblige les organisateurs d'un évènement ou n'importe quelle personne de ramener un groupe de musique pour jouer pendant 10 minutes ou un photographe qui ne contribuera qu'à faire changer les photos de profiles des narcissiques, s'il n'y a pas d'argent ni de sponsors, ne faites pas perdre du temps à ces gens qui font de l'art et du digital leur métier.

Et puis, comme le dit notre chère Jack Brel:"

 

Qu'aimerait bien avoir l'air mais qui n'a pas l'air du tout

Faut pas jouer les riches quand on n'a pas le sou

 

Pour finir, je rappelle que le bénévolat et le volontariat se fait lorsqu'on croit fermement à une cause, l'art en est une. Voilà pourquoi un artiste accepte et participera passionnément à un évènement artistique qui défend une cause artistique particulière.

Il faut probablement arrêter de considérer l'artiste comme une plante de décoration ou un meuble, qu'on ramène pour enjoliver quelque chose qui ne le lui appartient pas, qui n'appartient peut-être pas au citoyen lambda, narcissique et égoïste.

 

Chaque travail mérite salaire. La cause est le salaire du bénévole

 

19H19

Zakaria Med. BRAHAMI

Blogueur à la Rédaction Digitale de "Liberté" (#RDL)

Malade d’artivisme, d’anarchisme et de la digitalisation de la culture.Ce bloggueur de la #RDL souffre de nombreux troubles psychologiques:Promotion du cinéma algérien, de la scène musicale underground et indépendante mais surtout d’une forte envie de libérer l’industrie artistique de l’hégémonie capitaliste !


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