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blog / ACTUALITÉS

L’histoire mignonne du groupe de Death Metal « Paranoid Fantasy », et l’Amiral

Il était une fois, dans un non-pays pas très lointain, un regroupement de personnes qui s’habillent en noir, ils sont terrifiants avec de longues barbes, des piercings, des vestes en cuir et un humour de 3ème degré.

Je marchais tranquillement dans ce même non-pays pas très lointain quand je vis soudainement ce regroupement de personnes avancer vers moi, on me mit un sac en plastique sur la tête et je sentis que je me faisais embarquer dans une voiture qui sentait le thé…

Le trajet était long, je n’entendais qu’un vague vacarme de jolis sons, extrêmement violents et d’une brutalité illuminative. A travers tout ce chaos musical, les instruments se mariaient parfaitement et c’était beau. (je suis dans un univers parallèle que c’était de la musique Metal).

Après je ne sais combien d’heures (ou de jours), on me fit débarquer de cette voiture, plus nous marchions et plus je sentais une odeur de sauce fromagère, j’eus à ce moment-là, des idées étranges : Va-t-on me manger ? Vont-ils me transformer en sauce ? Me manger avec cette sauce qui me caresse les narines depuis peu ? Me noyer dans cette sauce ? …

Tout en imaginant ce qui pourrait m’arriver, on m’enleva ce sac en plastique qui commençait à m’étouffer et à peine j’ouvris les yeux ouverts qu’un « géant » me livra un sandwich, je ne compris pas ce geste, il insistait pour que je le mange, je tremblais à l’idée de goûter ce sandwich qui sentait une incroyable odeur de fromage et de viande, je le pris dans mes mains et à peine la première bouchée ingurgitée, la vie devint toute rose, je sentis le goût d’un morceau du paradis, un moment de plaisir qui me fit voir ce regroupement de personnes habillées en noir comme des saints, des anges, des prophètes de la nutrition ?

Je sus par la suite qu’on appelait ce sandwich : L’Amiral.

Je sus aussi que ce regroupement de personnes faisaient partie d’un groupe de Metal qui ne m’était pas étranger.

C’est à ce moment-là que j’ai décidé de vous parler de ces personnes sur #19H19 et d’écrire une histoire toute mignonne et toute rose sur ces prophètes de la nutrition et musiciens qui regorgent de talent.

Ils s’appellent : Tarak Salah (alias Roger Miller), Fazi Faradji (alias Nephilim Rise), Hafid Abdelaziz et Yacine Boukrif. Leur groupe s’appelle : Paranoid Fantasy.

Tarak Salah (Roger Miller), Fazi Faradji (Nephilim Rise), Hafid Abdelaziz et Yacine Boukrif du groupe Paranoid Fantasy)

Historique du groupe

Le projet musical a commencé en 1998 sous le nom de « Creality of Madness » dont le nom fait partie d’une chanson bonus de leur dernier EP (qui est aussi le premier titre composé et produit par Tarak), fondateur, créateur et concepteur du projet musical qui porte le nom de Paranoid Fantasy aujourd’hui.

Tarak a commencé anonymement, derrière le pseudo « Dr Schyzophagus » avec quelques années d’expérimentations et de création, il finit par sortir une première démo en 2004 en « one-man-band » après avoir supprimé une vingtaine de chansons qu’il a jugé « imparfaites ».

Autant dire que j’ai immédiatement senti le côté perfectionniste du groupe, Tarak n’hésite pas à me livrer : « Pour chaque titre que l’on produit, on en jette une vingtaine à la poubelle ».

Roger Miller (Tarak Salah), Paranoid Fantasy

En 2006, Tarak a proposé à Fazi de rejoindre le projet, ce dernier a accepté de rejoindre Dr Schyzophagus dans cette aventure musicale, tout en adhérant à l’aspect d’anonymat, il a porté le pseudo de « Dr Absynth » faisant de lui le plus ancien membre du groupe aux côtés de Tarak.

Le début du parcours entre Fazi et Tarak s’est fait anonymement, portant des pseudos, le principe et le concept du groupe portait sur l’anonymat de ses créateurs. Les pseudos étaient : « Dr Shyzophagus » et « Dr Absynth ».

D’abord, Tarak : « Dr Schyzophagus » qui a sorti sa première démo en 2006 en « one-man-band ». Ensuite Fazi : « Dr Absynth ».

Après une première composition, Tarak a joué dans d’autres groupes, ce qui lui a permis de retrouver son inspiration et sa motivation, tout en prenant conscience de son acquisition d’un meilleur niveau de jeu, d’une nouvelle approche de composition, de nouvelles influences et d’expérience.

Entre 1998 et 2012, Paranoid Fantasy a sorti beaucoup de titres, disponibles gratuitement sur le net. Le groupe a voulu garder sa passion pour le Metal en créant des compositions et les diffuser avec pour unique ambition : le plaisir de la musique Metal seulement, sans faire de publicité ni gagner d’argent.

Il a fallu attendre 2012 pour que Fazi et Tarak aient envie de faire quelque chose de professionnel, un produit à commercialiser.

L’initiative de créer quelque chose de durable et de professionnel, une envie de revenir aux sources, faire une bonne production et un bon enregistrement, en prenant compte de l’expérience et le parcours de Redouane Aouameur (Leader actuel de Lelahell) Tarak a voulu tout faire en Algérie, il leur a fallu acquérir le matériel, prospecter et composer !

Tarak a fait quelques tests en compositions, il sentait que cela pouvait être meilleur.

Lorsqu’il a décidé d’enregistrer avec Redouane Aouameur, la session s’est fait reporter à cause de nombreux problèmes : un manque de musiciens, de matériel, des responsabilités familiales et sociales, etc.

Ils ont dû attendre jusqu’à la fin de l’année 2016 pour qu’ils puissent rentrer en studio chez Fermata et produire leur EP.

Le groupe a encore été retardé à cause du changement de musicien, il fallait encore revoir les compositions et réévaluer leur travail, ce qui fait que l’EP a fini d’être enregistré en juillet 2017. Approché par le label Testicular Records en décembre 2017, ils ont enfin annoncé la sortie de leur EP : Everlasting Madness, dont les CD ont été vendu à la première édition du Metalgeria et disponible en streaming sur Youtube.

En 2018 il propose à Hafid Abdelaziz de devenir le batteur du groupe et Yacine Boukrif de devenir son bassiste même s’il n’avait pas de basse à l’époque, ce dernier a immédiatement accepté.

Everlasting Madness – Paranoid Fantasy, EP sorti en 2018

Identité de Paranoid Fantasy

«Everlasting Madness » est le dernier EP du groupe et en même temps la première véritable production commercialisée, du Death Metal pur et dur qui nous fait comprendre l’identité et l’univers « PARANOID FANTASY » .

Des thèmes en rapport avec l’échec du processus historique de la mentalité et la pensée humaine, entre folie et prise de conscience, les sujets abordés sont pertinents et d’actualité.

Ce que j’aime particulièrement dans leur écriture c’est qu’ils nous racontent une histoire tout au long de l’EP, nous laissant la liberté totale de l’interprétation.

Nous pourrions croire qu’on nous narre l’histoire d’un leader révolutionnaire des temps modernes, d’un prêcheur vicieux ou d’un génie du mal, dans tous les cas, ce personnage croit souffrir de folie, n’ayant plus conscience de ce qu’il représente ou croit pouvoir représenter, l’intro nous en dit long :

At first, I was the only one / “Au début, je croyais que j’étais le seul”
the only one who thinks / “Le seul qui réfléchit”
the only one who speaks / “Le seul qui parle”

the one who chooses / “Celui qui choisis”
and at the end, I’m lost / “Mais à la fin, je suis perdu”

I lost my self in those thoughts / “Perdu dans mes pensées”
I lost my self in those speeches / “Perdu dans mes discours”
I lost my life in this emptiness / “J’ai perdu ma vie dans ce vide”
I lost my mind in this madness / “J’ai perdu mon esprit dans cette folie”
...I don't even recognise my self in a mirror / “Je ne me reconnais même plus dans un miroir »

La suite de l’histoire est d’autant plus intéressante, ce personnage qui nous intrigue et captive par son mystère, se retrouve plongé dans le monde de la technologie et d’Internet, utilisant la liberté d’expression que lui procurent les réseaux sociaux, forums et blogs pour propager ses idées et gagner plus de fidèles et d’adhérents à son idéologie.

Un titre qui dénonce la perte de la confidentialité qui nous transforme en proies faciles à la propagande, des idées qui infectent les mentalités, des fous et des ignares qui utilisent cette liberté d’expression digitale pour guider des foules aveuglées par des prêches vicieuses ou par une révolution contrefaite. Une composition qui me rappelle le clip vidéo de Another Brick in the Wall, Pink Floyd, du lavage de cerveau à la propagation de l’ignorance à travers des supports audiovisuels.

De la misanthropie et une critique de l’éthique humaine au menu avec les prochains titres (Perpetual Agony, Beyond Perception, Continuity in Chaos et Cerebral Astrophy » une écriture révoltée et en colère contre la société qui détruit les rêves et les espoirs, contre l’humanité égoïste et auto-destructrice. Le personnage de cette histoire plonge dans ses pensées et noie avec lui ses rêves et ses passions, tout en prenant avec lui un ramassis de terreurs, de tristesse et de douleurs, ayant ce moment de désespoir total envers l’espèce humaine qui ne fait que régresser et perdre de sa morale, qui provoque son propre anéantissement à travers toute la violence qu’elle crée, une humanité qui périt à cause de l’hypocrisie et l’auto-aveuglement volontaire et opiniâtre, de l’amour du génocide et du meurtre « justifié » pour une raison politiquement et idéologiquement perverse, j’aime particulièrement un passage de « Continuity in Chaos » :

You are always about the kill / « Il est toujours question de « tuer »
Blood is the fuel of your spirituality and in the name of chaos / “Le sang est l’essence de votre spiritualité et le nom de votre chaos”

Techniquement et musicalement parlant, chaque membre du groupe a sa propre influence et son propre style, voilà pourquoi on retrouve souvent des sonorités de Black Metal, de Death Metal et même de Doom Metal.

Anis Boukrif, Roger Miller et Fazi Nephilim, du groupe Paranoid Fantasy

La difficulté de produire de la musique Metal en Algérie

Les membres du groupe dénoncent un problème social et économique apparent, ils ont toujours été obligés de travailler avec les moyens du bord, jusqu’à aujourd’hui, ils continuent de se débrouiller pour produire de la musique, sans aide apparente de la part des institutions publiques.
Tarak m’a raconté qu’il trouvait très amusante l’époque où il enregistrait ses démos dans les années 2000, aujourd’hui il a investi de ses propres moyens pour acheter du matériel et faire des sessions d’enregistrements dans un studio, chaque membre du groupe est entré dans le monde du travail, avec des salaires réguliers, ils ont pu s’autofinancer, acquérir du matériel et continuer de composer et de produire.

L’autre problème apparent, c’est bien aussi le manque d’artistes et de musiciens, ce qui nuit grandement à la productivité des groupes algériens, nous retrouvons facilement des musiciens qui jouent dans de nombreux groupes en même temps, beaucoup de jeunes groupes amateurs n’arrivent pas à démarrer à cause de ce manque énorme de musiciens que subit la scène Metal aujourd’hui.

Bien qu’il existe certains studios spécialisés, l’autre difficulté des groupes de Metal est l’inexpertise des producteurs et techniciens en ce qui concerne cette musique, cette dernière qui demande de l’expérience et une maitrise technique et sonore, les producteurs de Metal sont extrêmes rares, je citerai Danny Kross (un artiste qui a produit et composé son album à 100%) et Redouane Aouameur (le papa du Metal en Algérie) qui s’est occupé de la post-production de « Everlasting Madness » le dernier EP de Paranoid Fantasy sur son projet principal nommé « Fermata » un studio spécialisée dans la musique Metal.

Roger Miller (Paranoid Fantasy) avec Redouane Aouameur (Leader de Lelahell et initiateur du studio Fermata)

 

Une envie de se concentrer sur le digital

Paranoid Fantasy a délibérément choisi de se construire prioritairement sur le digital, contrairement aux autres groupes, n’ayant jamais fait de scène avant 2018, toutes leurs compositions n’avaient que pour support la présence sur streaming (Reverbnation et Youtube), à l’époque il était facile de faire une scène et très difficile de faire un enregistrement (contrairement à maintenant) ce qui a fait que le groupe s’est beaucoup plus intéressé par laisser une trace que de faire des scènes occasionnelles.

L’importance du digital pour eux réside dans le produit qu’on propose au public ouvertement, sans protocoles ni restrictions, le streaming facilite aujourd’hui l’accès au contenu artistique et particulièrement musical.

Toutefois, ils ne se recroquevillent pas uniquement sur la présence digitale, ils considèrent les performances sur scène comme importantes, il faut marier entre les deux, trouver un équilibre.

C’est sur ce dernier paragraphe que je termine un article inspiré de sandwicherie au fromage, de Metal underground 100% algérien et de potentiel artistique énorme.

Zakaria Med. Brahami

Malade d’artivisme, d’anarchisme et de la digitalisation de la culture.
Ce bloggueur de la #RDL souffre de nombreux troubles psychologiques : Promotion du cinéma algérien, de la scène musicale underground et indépendante mais surtout d’une forte envie de libérer l’industrie artistique de l’hégémonie capitaliste !

 


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