Secteur de la santé: appel à l'installation d'un comité de sages (Contribution pour la #RDL)

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Au-delà du Comité intersectoriel diligenté par le Ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme Hospitalière, chargé de l’examen et du suivi de la plateforme de revendications des résidents en sciences médicales, et des mesures inaudibles qui émanent de la Tutelle, le mécontentement des résidents en sciences médicales persiste, et plus largement celui de la population, otage de ce conflit.
Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse, d’autant plus que la crise aigüe qui lie résidents en sciences médicales et leur Tutelle sur fond de revendications de l’abrogation de l’obligation du service civil, n’est que la partie émergée de l’iceberg. 
Cette crise ne peut se résumer qu’au débat autour du service civil. En réalité, le secteur de la Santé souffre d’une crise chronique et le conflit des résidents en sciences médicales est révélateur d’un mal plus profond. Des inégalités sociales et territoriales de santé persistantes ; des problèmes logistiques rencontrés dans certaines wilayas en raison de leur étendue et de la dispersion des populations ; une augmentation des difficultés d’accès à certains services de santé et une recrudescence de mortalité évitable pour ne citer que ceux-ci.
Alors que le Système National de Santé est le reflet des valeurs de l’Etat-Nation, ces réalités révèlent de façon patente que notre Système National de Santé ne traduit ni les efforts de la gouvernance pour une politique de promotion de la Santé, ni les lourds investissements consentis en matière d’infrastructures et d’équipements de base, ni ne répond aux attentes de la population.  
L’ampleur de ces dysfonctionnements et leurs implications doivent être reconnus et actés pour conjurer l’échec de gouvernance et retrouver le chemin d’une réforme durable; d’autant plus que nous sommes loin d’avoir mis en œuvre l’ensemble des transformations prévues par l’ultime projet de la loi sanitaire, non abouti, et qui par ailleurs est loin d’être adapté aux nouvelles exigences du secteur. Ce qui ne sera pas entrepris dès maintenant ne pourra bientôt plus l’être. 
In fine, le problème posé aujourd’hui est celui de l’absence d’une vision claire, l’absence d’une politique de santé cohérente, l’absence d’un programme national de santé pour les prochaines années avec des objectifs clairs, des échéanciers précis et des stratégies efficientes pour les atteindre.
La sagesse nous exige un retour au calme et une reprise sereine du dialogue entre toutes les parties. Et parce qu’il est de notre devoir, en dépit de cette conjoncture, de garder le cap pour conduire des réformes de fond de notre Système National de Santé avec une exigence de célérité ; ces événements récents et attendus nous imposent l’incontournable nécessité d’installer un Comité des Sages.
Un Comité des Sages, comme ultime recours, un Comité des Sages, comme initiative salutaire, c’est cette initiative de médiation que je souhaite relayer dans ce présent communiqué.
Se doter d’un Comité des Sages, une instance consultative de réflexion et de concertation indépendante, fondée sur l’expérience, la connaissance ; indispensable à la cohésion et issus de toutes les forces vives du secteur. Et à cette fin, lancer un appel aux sages, à nos ainés ; Professionnels du secteur de la Santé, Administrateurs, Politiques et Experts en management, à se réunir. 
Je crois en la capacité de tous les corps du secteur de la Santé, partenaires sociaux et usagers de se saisir des préconisations de ce Comité des Sages, et de participer activement à ce travail qui appelle à la responsabilité collective. 
Avec la santé comme responsabilité partagée et la transversalité qui donnera priorité à l’approche intégrée de la Santé, dans toutes les politiques qui visent à atteindre l’état complet de bien-être physique, mental et social, ce Comité des Sages diligenté, aura la tâche :
(1) de rétablir un dialogue constructif et pérenne avec les résidents en sciences médicales et leur tutelle, 
(2) de préconiser des solutions pour le règlement de ce conflit majeur, 
(3) de se charger de formuler des propositions destinées à réformer le Système National de Santé en vue d’éviter de futures crises.
Le Comité des Sages, force de proposition, n’agira jamais directement, mais il émettra des orientations, des recommandations et un avant-projet de solutions aux organes exécutifs de gouvernance, veillera au respect des droits et obligations des parties prenantes de ce conflit majeur et facilitera la poursuite d’un véritable projet de refonte du Système National de Santé plus équitable et plus efficient au service de tous nos concitoyens. 
Mon ambition est que notre pays tire le meilleur parti des réformes qui seront préconisées, qu’il garantisse la Santé de nos concitoyens, et que les générations suivantes puissent évoluer dans un Système National de Santé prospère, permettant de préserver la cohésion de notre société, et de peser sur les évolutions auxquelles nous seront confrontés.  
Mon ambition est que chaque acteur professionnel administrateur et politique puisse donner toute sa mesure et que des usagers en confiance, puissent accéder aux meilleures offres de soins et les prestations sanitaires essentielles préservées. 
Mon ambition pour le Système National de Santé n’est donc pas seulement de voir le secteur survivre à cette crise mais que par une réforme positive et une gestion plus efficiente, que l’on retrouve la voie d’une gouvernance forte, financièrement saine et socialement juste. 
Et c’est dans cette perspective que je recommande résolument d’installer un Comité des Sages.


Dr. Mohammed Larbi TOURAB
Docteur en Pharmacie, Expert en Management & Politique de la Santé