Autres / Chronique ramadhanesque

“Le petit livre des grandes phrases” de Gilles Guilleron : “Un quart d’heure avant sa mort, il était encore en vie.”

D’après une chanson des soldats de Jacques de Chabannes (vers 1470-1525)

L’Histoire de France est jalonnée de batailles, de victoires et de défaites ; parmi ces dernières, il y a celle de Pavie (1525) au cours de laquelle François 1er fut fait prisonnier. Dans le désastre, il perdit un de ses meilleurs lieutenants, très apprécié de ses hommes, Jacques de Chabannes, seigneur de la Palisse pour lui rendre hommage ; ceux-ci composèrent une chanson à sa gloire où l’on trouvait les vers : “Hélas, s’il n’était pas mort / Il ferait encore envie” ; une double erreur de transcription transforma rapidement l’éloge en absurdité : “Hélas, s’il n’était pas mort / Il serait encore en vie”. L’affaire en serait restée là si Bernard de Monnoye (1641- 1728), un poète facétieux, n’avait pas repris cette bourde pour en faire un procédé dans une chanson de ses Noëls bourguignons (1700) dédiée au seigneur de la Palisse et aligner des dizaines d’évidences sur le modèle initial. La tradition populaire a retenu sans doute la plus forte et «un quart d’heure avant  sa mort, il était encore en vie» est devenue la référence pour mesurer l’énormité d’une lapalissade.

Quelques lapalissades :
Lorsqu’il était le vainqueur / Il remportait une victoire.
On croit puisqu’il est mort / Que la plaie était mortelle
Et le jour de son trépas / Fut le dernier jour de sa vie.