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Autres / Chronique ramadhanesque

L’avènement de l’Islam au Maghreb

La Kahina

©D. R.

Personnage historique célèbre, la Kahina,-“l’évocatrice de présages”, ainsi que la désignaient vraisemblblement ses opposants arabes,- est de son vrai nom Dihya, Damya ou Dyhia Tadmut (la belle gazelle) et était une reine guerrière amazighe-berbère-zénète de la tribu des Djerawa des Aurès. Elle tint particulièrement tête à l’envahisseur ommeyade lors de l’expansion de l’islam au Maghreb au VIIe siècle. Sa lutte acharnée durant une demi-douzaine d’années à la tête de tribus unifiées pour combattre les troupes venues d’Orient pour islamiser les populations de la contrée, resta légendaire et garde aujourd’hui encore une grande importance dans la culture amazighe et algérienne, en général, comme figure de résistance, aspirant à la liberté
 On ne connaît pas avec certitude la religion à laquelle elle appartenait, ni autres détails la concernant comme le lieu et la date exacts de sa mort (sans parler de sa naissance !). De meme qu’on prête à son surnom (la Kahina, ou la Kahéna ?) une origine dérivant de l’hébreu koha, (prêtre) ou de l’arabe kahin, (prophétesse).
L’Encyclopedia Universalis en vient à cette conclusion dans son article sur la Kahina en énonçant : “L’histoire de cette femme fougueuse et indomptable (la ‘Déborah berbère’) est en grande partie légendaire : les romanciers s’en sont emparés”.
Et en effet, les certitudes manquent pour pouvoir avancer des données fiables, la plupart proviennent de récits traditionnels ne pouvant etre considérés comme des sources sûres. On peut néanmoins se référer, entre autres, à ce que rapporte un Ibn Khaldoun (1333-1379), un des rares esprits critiques et clairvoyants en matière d’évocation et d’explicitement socio-historique qui a écrit sur le sujet , sept siècles après l’avènement de l’islam au Maghreb. Écoutons-le :
“Une partie des Berbères professait le judaïsme, religion qu’ils avaient reçue de leurs puissants voisins, les Israélites de la Syrie. (...)Parmi leurs chefs les plus puissants, on remarqua la Kahéna, reine du Mont-Aurès, et dont le vrai nom était Dahia, fille de Tabet, fils de Nicin. Sa famille faisait partie des Djéraoua, tribu qui fournissait des rois et des chefs à tous les Berbères descendus d’El-Abter.
Le khalife Abd el-Melek fit parvenir à Hassan ibn-en-Noomane el-Ghassani, gouverneur de l’Égypte, l’ordre de porter la guerre en Ifrikia … El-Hassan se mit en marche, entra dans Kairouan puis emporta d’assaut la ville de Carthage. Après cette victoire, il demanda quel était le prince le plus redoutable parmi les Berbères, et, ayant appris que c’était la Kahéna, femme qui commandait à la puissante tribu des Djeraoua, il marcha contre elle …
Mais cette dernière mena ses troupes contre les musulmans et, les attaquant avec un acharnement extrême, les força à prendre la fuite après leur avoir tué beaucoup de monde… La Kahéna rentra dans son pays et continua pendant cinq ans à régner sur l’Ifrikia. Hassan revint en Afrique à la tête de nombreux renforts. À son approche, la Kahéna fit détruire toutes les villes et fermes du pays, depuis Tripoli jusqu’à Tanger. Mais elle fut abandonnée par ses alliés qui virent avec un déplaisir extrême la destruction de leurs biens … La Kahéna fut battue et tuée dans le Mont-Aurès. L’offre d’une amnistie générale décida les vaincus à embrasser l’islam”. (Passage extrait de l’ouvrage d’Ibn Khaldoun : Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l’Afrique, Traduction par de Slane, 1852)  

Annexe
La Kahina (Récit)

“H’assân partit à la recherche de la Kâhina. C’était la reine des Berbères, qui avait subjugué la majeure partie de l’Ifrikya. Il la rencontra près d’une rivière aujourd’hui nommée Nahr al Balâ. Une bataille acharnée s’engagea. Les musulmans furent mis en fuite. Beaucoup furent massacrés, et quatre-vingts faits prisonniers. H’assân put s’échapper. II gagna l'Ant'âbulus, et s’établit dans des forteresses de la province de Barqa, qui reçurent le nom de Quçûr de H’assân (les châteaux de H’assân). Ce dernier laissa le gouvernement de l’Ifrikya à Abù çalih. L'Ant'âbulus, la Lûbiya, la Marâqiya jusqu’au territoire d’Ajdâbiya, étaient administrés par H’assân.
La Kâhina traita ses prisonniers avec beaucoup d’égards. Elle leur rendit la liberté, ne gardant auprès d’elle que l’un d’eux originaire des Banù'Abs nommé Khâlid b. Yazid, qu’elle adopta comme fils. H’assân envoya un messager à Khâlid.
“H’assân, lui dit l’émissaire, te fait demander ce qui pourrait t'empêcher de nous informer par écrit des affaires de la Kâhina”. Khâlid ben Yazid rédigea alors un billet et le dissimula dans un pain cuit sur des cendres chaudes, qu’il donna au messager, de telle sorte que la lettre passât inaperçue, et qu’on s’imaginât que ce pain n’était que provision de route. Sur ces entrefaites, la Kâhina sortit : “Mes enfants, s’écria-t-elle, votre perte est dans un aliment!” Elle répéta ces mots, mais le messager était parti, et, ayant rejoint H’assân, il lui remit la missive contenant les indications qui l’intéressaient. Khâlid écrivit un second billet, qu’il introduisit dans une cavité creusée dans un pommeau de selle. Il recouvrit le trou et en égalisa l’orifice, si bien qu’il était invisible. A ce moment, la Kâhina arriva : “Mes enfants, s’écria-t-elle, votre perte se trouve dans un objet provenant d’une plante!” Elle répéta ces mots, mais le messager s’en fut rejoindre H’assân, qui mobilisa ses partisans, et se mit en campagne, à la rencontre de la Kâhina. A son approche, celle-ci sortit, la chevelure déployée.
— Mes enfants, s’écria-t-elle, que voyez-vous au ciel?
— Nous voyons, répondirent-ils, quelques nuages rouges.
— Non, par mon Dieu, dit-elle, c’est la poussière soulevée par les chevaux arabes.
Elle ajouta, s’adressant à Khâlid b. Yazid :
— C’est par une pareille journée que je t’ai adopté comme fils. Je vais périr, et je te recommande de t’occuper de ton mieux de tes deux frères que voici.
— Je crains, répondit Khâlid, que si tu dis vrai, ils ne puissent échapper à la mort!
— Que non! L’un d’eux, jouira même chez les Arabes d’un prestige plus grand qu’il n’en a aujourd’hui. Pars, assure-toi de la vie de mes fils!
Khâlid partit, rencontra H’assân, le mit au courant de ce qui se passait, et obtint quartier pour les deux jeunes gens.
Les troupes de H’assân comprenaient un groupe de Berbères Butr, que le chef arabe fit passer sous le commandement de l’aîné des deux fils de la Kâhina, qu’il honora de son amitié personnelle.
H’assân et ses partisans se mirent en marche. La rencontre eut lieu au pied d’une montagne. La Kâhina périt, avec tous ses hommes, et ce lieu fut nommé Bi’r al Kâhina. Cet événement eut lieu”. Ibn ‘Abd Al-Hakam, Conquête de l’Afrique du Nord et de l’Espagne
(Traduit par A. Gâteau), Alger, 1948, pp. 17-79.
 
* Que dit l’Histoire ?
Bien évidemment l’Histoire apporte ses propres éclairages lorsque c’est possible mais il semble qu’il y ait divergence des points de vue sur la Kahéna ou Dihiya, mais quoi qu’il en soit cela relève du registre des historiens(1) notre contexte spécifique se limitant ici à signaler des évènements historiques qui ont entraîné des implications d’ordre socioculturel qui se sont répercutées dans la sphère culturelle et littéraire du patrimoine du terroir. Notons toutefois ce que conclut Gabriel Camps à propos de la Kahina, indiquant : “Sa mort peut être considérée comme la fin de la résistance armée des Berbères contre les Arabes. De fait, lorsque, en 711, Tariq traverse le détroit auquel il a laissé son nom (Gibraltar: Djebel-el-Tariq) pour conquérir l’Espagne, son armée était essentiellement composée de contingents berbères et maures” (Gabriel Camps, Les Berbères. Mémoire et identité).(2)

M. G.

Notes :

  1. Charles André Julien, Histoire de l’Afrique du Nord des origines à 1830, grande Bibliothèque Payot.
  2. Gabriel Camps, Les Berbères. Mémoire et identité, éd. Errance, 2002

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