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Autres / Chronique ramadhanesque

24 Ramadhan 1436, samedi 11 juillet 2015

L’islam et la diversité religieuse : soyez les propagateurs de la paix (1re partie)

©D. R.

Nous vivons à une époque de diversité, de mélange et de très profonde complexité. Chaque religion a quitté l’espace géographique qui l’a vue naître et est devenue mondiale. Cette mondialisation a amené chaque religion à se poser des questions sur elle-même, à se situer par rapport aux autres religions et à s’ajuster avec d’autres religions minoritaires, comme c’est le cas en Europe et en France en particulier. Aujourd’hui, les questions qui se posent pour beaucoup sont les suivantes :
- Comment ces religions vont vivre entre elles dans un même pays ?
- Vont-elles contribuer à la paix et à l’entente sociale ou au contraire vont-elles alimenter des foyers d’intolérance et des conflits ?
- Est-ce qu’on s’achemine vers un choc des civilisations(1) ou vers un dialogue des cultures et des religions ?
C’est évidemment la religion musulmane qui est la plus visée par toutes ces questions. L’islam est compris, traduit et enseigné comme une religion de violence et de discrimination vis-à-vis des femmes et des non-musulmans. Et pourtant, arrivé à Médine, les toutes premières paroles du Prophète (Psl)(2) informaient les musulmans sur leurs responsabilités fondamentales : “Répandez la paix, donnez à manger à ceux qui ont faim, honorez les liens de parenté, priez alors que les gens dorment, vous entrerez au paradis en paix”(3), disait-il aux nombreux musulmans venus l'accueillir. Presque tous les enseignements spirituels de l’islam sont contenus dans cette tradition prophétique : l'homme n'est pas sur terre pour prêcher la haine, semer les peurs ou entretenir la violence, mais pour donner la vie, semer l’amour et propager la paix. Il rédige un pacte(4) établissant les relations entre les musulmans et les autres communautés religieuses établies à Médine, les juifs et les chrétiens : “Ils ont les mêmes droits et les mêmes devoirs”(5), stipule clairement ce document. Il reconnaît de fait que la diversité religieuse est une volonté divine et appelle au respect foncier des autres croyants : “Quiconque fait du mal à un chrétien ou à un juif sera mon ennemi le jour du Jugement.”(6) C'est au fond ce qu'enseignent toutes les religions et les philosophies. Elles font du respect de la vie, de la diversité, de la dignité humaine, du respect des croyances et des religions un principe universel. Et c’était en substance le message qu’avait voulu faire passer l’émir Abdelkader qui était sans doute l’initiateur et le précurseur du dialogue entre les religions. Quand il arrive à Damas en 1860, l’émir Abdelkader va s'illustrer en sauvant la vie de milliers de chrétiens qu'il avait pris sous sa protection lors de la tuerie déclenchée en juillet. Cette démarche lui a valu les honneurs du monde entier. Mgr Pavy, alors évêque d’Alger, lui adresse ses félicitations, et l’émir lui répond dans une lettre dans laquelle il insiste sur le respect de ce qu’il appelle à l’époque “les droits de l’humanité”.

Louange à Dieu seul !
“à sa grandeur le très estimé Louis Antoine Octave Pavy, évêque d’Alger. Je demande au Dieu Très Haut pour votre grandeur la lumière par laquelle on peut discerner les choses et distinguer par leurs causes ce qui est préjudiciable de ce qui est avantageux.
Votre lettre éloquente et votre brillant message me sont bien parvenus. Ce que nous avons fait de bien avec les chrétiens, nous nous devions de le faire par fidélité à la foi musulmane et pour respecter les droits de l’humanité. Car toutes les créatures sont la famille de Dieu, et les plus aimés de Dieu sont ceux qui sont les plus utiles à Sa famille.
Toutes les religions apportées par les prophètes depuis Adam jusqu’à Mohamed reposent sur deux principes : l’exaltation du Dieu Très-Haut et la compassion pour Ses créatures. En dehors de ces deux principes, il n’y a que des ramifications sur lesquelles les divergences sont sans importance.
Et la loi de Mohamed est, parmi toutes les doctrines, celle qui montre le plus d’attachement et donne le plus d’importance au respect de la compassion et de la miséricorde, et à tout ce qui assure la cohésion sociale et nous préserve de la dissension.
Mais ceux qui appartiennent à la religion de Mohamed l’on dévoyée. C’est pourquoi Dieu les a égarés. La récompense a été de même nature que la faute. Je vous remercie pour vos prières à notre intention et votre bienveillance à mon égard.
Avec mes salutations.
Moharam 1279 (10 juillet 1862) - Abdelkader Ben Mahieddine”
Dans cette lettre, l’émir Abdelkader confirme que les religions dispensent les mêmes enseignements et s’accordent sur les valeurs universelles. Il en cite quatre qu’il considère essentielles : “Le respect de la personne, de l’esprit, de la famille et des biens acquis.” Enfin, pour réussir le dialogue des cultures et des civilisations, il appelle à faire la distinction dans le Coran entre les lois fondamentales ou immuables qui sont indépendantes de l’espace et du temps et les lois circonstancielles, et donc adaptables dans le cadre de l’ijtihad (effort intellectuel), pour permettre aux musulmans d’être en phase et ancrés et dans les préoccupations de leur époque.

A. G.
Recteur de la mosquée de Villeurbanne et universitaire

1 - Samuel P. Huntington, Le choc des civilisations, Paris, Odile Jacob, 2000.
2 - Psl : Paix soit sur lui.
3 - Rapporté par Ibn Majah et Tirmidhi.
4 - Il s’agit de la “Constitution de Médine” dans laquelle figure sous le titre : “Le pacte entre les Émigrés et les Ansar et la réconciliation avec les juifs”.
5 - La vie de Muhammad (Psl), Ibn Ishaq, 2 tomes, édition A-Buraq 2006.
6 - Rapporté par Muslim.


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