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chronique / ACTUALITÉS

Allah Akbar au pluriel !

1- Bonne nuit mon enfance !

Paisiblement, comme un poème, mon enfance s’écoulait comme dans du coton de quiétude. Nous vivons dans un douar dont la totalité des  maisons appartenaient à mes oncles, mes cousins, mes tantes et mes grands-parents. Un douar où tous les habitants portent le même nom.
Sous la lumière du quinquet, ou sous la lueur fatiguée de la bougie, mes rêves sont nés et ont grandi. On cherchait de l’eau d’un puits situé à quelques kilomètres, en bas du douar, sur les dos des ânes ou sur les dos des femmes ! Les hommes qui sont forts ne portaient jamais les choses pesantes !  
De loin, sur l’horizon vers l’ouest, à quelques kilomètres, se trouvait le village principal où se tenait le souk du mardi, Souk Etlata, où se rencontraient hebdomadairement les paysans de tous les hameaux avoisinants.
Mon père, à l’image de mes trois oncles paternels, ne rate jamais ce rendez-vous convivial du souk. La veille du jour du marché, il rase son visage, taille ses moustaches. Assis devant ma mère, mon père enregistre dans sa tête ronde tout ce que lui dictait cette dernière : il ne faut pas oublier d’acheter l’huile, il faut acheter le café, il ne faut pas oublier d’acheter le savon, il faut acheter un litre et demi de gaz, il ne faut pas oublier d’acheter un pain de sucre yougoslave… La même liste se répète, sur la même musique chaque lundi !
La nuit, de ce village lointain je garde l’image des lumières des lampadaires publics qui scintillaient comme en dansant. Elles me fascinaient. De ce village lointain, j’ai entendu la première fois l’appel à la prière sur la voix d’un muezzin qui me donnait des frissons. Une voix splendide. Je n’ai jamais vu ce muezzin. Dans notre douar, les aînés le surnommaient Bilal !   
De cette belle voix appelant les croyants à la prière, je garde deux moments exceptionnels : l’appel à la prière d’el-fadjr (l’aube). Il me berçait et me procurait une sensation unique.  Sous le bourabah (grande couverture artisanale de laine) avec lequel nous nous couvrions mes cinq sœurs (les deux autres étaient mariées) et moi, je suivais son “Allah Akbar”, je tremblais. Et je pleurais. Et je ne savais pas pourquoi je pleurais. Et je cachais mes pleurs à mes sœurs !  
A chaque aube, mon horloge physique me réveillait, et j’écoutais cette belle voix qui me parvenait de ce muezzin à quelques kilomètres du douar.
Le deuxième moment c’était l’appel au f’tour du Ramadhan. Mes oncles, mes tantes, moi et d’autres cousins, avant l’heure du maghrib de quelques minutes, adossés au mur, le regard fixé à l’horizon, au loin, nous attendons “Allah Akbar” de Bilal. Soudain, sa voix mielleuse s’élève simultanément avec les premiers éclairages des lanternes publiques. Et c’était fantastique. Dès que sa voix arriva dans nos oreilles nous nous précipitions vers la table du f’tour.
Petit à petit, à l’aube, dès que j’écoutais la voix du muezzin Bilal, je sentais une sensation soyeuse ranimer mon petit corps ! Et avec la douceur de cette voix, un jour j’ai trouvé ma main en train de jouer avec mon corps ! La magique voix du muezzin Bilal en appelant à la prière de l’aube a éveillé mon cœur. Elle a réveillé une partie de mon corps.
Quelques années plus tard, mon grand-père maternel est parti au pèlerinage, il fut le premier pèlerin du douar. Impatiemment, j’attendais son retour. Je souhaitais qu’il ramène avec lui une photo de Bilal, Bilal le vrai, Bilal El-Habachi, celui qui a levé le premier appel à la prière. Je pensais que ces gens, à l’image de Bilal El-Habachi, ne sont, et ne seront, jamais touchés par la mort.
Je l’ai toujours imaginé debout au sommet du minaret de Beyt El-Haram, la paume de sa main sur son oreille en train d’appeler les croyants aux cinq prières quotidiennes ! Le jour de son retour, mon grand-père a ramené dans ses bagages une montre turque qui n’arrête pas de faire tic-tac !   
(à suivre)

 

A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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Commentaires
4 réactions
no passaran le 12/05/2016 à 10h30

on rase la barbe et non le visage sinon celui-ci disparait au premier rasage. Quant à l'horloge physique c'est plus scientifique de la nommer biologique.... le passage d'une langue à une autre c'est bigrement difficile. ne dit-on pas traduire c'est trahhir !!!!!!!!!!!!!!!

M.larbi le 13/05/2016 à 0h55

L'impossible Zaoui! Il arrive à se mettre SOUS la lumière d'un quinquet, SOUS la lumière d'une bougie, SUR l'horizon. Il a de ces rêves qui GRANDISSENT. Il entend l'appel de la prière SUR la voix d'un muezzin. Il a le regard fixé À l'horizon. Dans son douar l'éclairage public se fait à partir de LANTERNES. Sa main qui joue avec son corps. ces gens...touchés par la mort. Il écrit le ''français'' comme il pense en Derdja. Ce sont les nouveaux plaisantins qui nous tiennent lieu d'écrivains.

ASSIL le 15/05/2016 à 6h47

L'horloge biologique et non physique...et puis que vous pleurez avec ELFAJR je vous crois pas....Non la montre Turque ne faisait pas partie des cadeaux des Algeriens....Erdogan vous inspire des songes et cauchemars ..... ASSIL KSEL

Les accessits le 15/05/2016 à 6h48

Malgré son français bancal, l'écrivain A. Zaoui a le talent de savoir mettre les mâtins en curée. Par ailleurs, les journaux, qui ont fermé les espaces consacrés au "clabaudage", n'ont pas eu tord. Mais, supposément, ils ont ignoré l'effet cathartique, pour un tant soit peu, sur certains esprits tortus. Tant pis pour eux, c'est le moins qu'on puisse dire.

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