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chronique / ACTUALITÉS

Bac artistique : la musique et la danse seront-elles enfin licites ?


Elle est géniale cette idée de la création d’un bac artistique en Algérie. Une bonne nouvelle. Sans doute, un bac artistique est une valorisation symbolique de la place des arts dans un pays qui manque d’“art de vivre”.
Certes, la création d’un bac artistique est positive pour une société qui présente un ensemble de facteurs socioculturels et politico-économiques favorables à cette majestueuse idée.   Selon l’équation socioéconomique la plus élémentaire, la création d’un bac artistique est une nécessité émanant d’une société marquée par le manque d’artistes sur la place du marché du travail artistique ou semi-artistique. Un besoin d’une société qui ne peut émerger sans la présence des arts et des artistes. Or, la réalité est autre, les artistes chôment. Souffrent. Sans syndicat aucun ! Les entreprises privées ne s’intéressent pas à l’investissement dans le secteur des arts en général. Les villes souffrent d’un manque flagrant dans le domaine des infrastructures destinées à l’art du spectacle vivant. Sur le plan idéologique : comment peut-on imaginer la création d’un bac artistique émanant d’une école où la musique est bannie, illicite ou presque ? Vue d’un mauvais œil sociétal et pédagogique. Comment peut-on imaginer un bac artistique délivré par un système pédagogique qui considère l’art de la danse comme une chose immoraliste ? Une matière contre les valeurs de la société et contre la religion ? Comment peut-on imaginer l’art, pour ne citer que la danse ou la musique, où il n’existe aucune seule salle de danse professionnelle, où le nombre des conservatoires se compte sur les doigts d’une seule main, à l’échelle nationale ? Sur le plan philosophique : comment peut-on imaginer un bac artistique dans un pays où la haine de l’autre est une culture quotidienne ? Les arts sont un langage universel. Et il n’y a pas d’art local sans les arts des autres. Les arts sont une république universelle.
Un bac artistique est un beau rêve, et j’y adhère. 
Sur le plan touristique : comment peut-on imaginer un bac artistique dans un pays où le tourisme est quasi inexistant ? Absence totale de toute culture de tourisme. Et le tourisme est un secteur demandeur de tous les arts, de tous les cœurs et de toutes les mains des artistes : les musiciens, les plasticiens, les cinéastes, les dramaturges, les poètes, les tatoueurs, les photographes… Mais comment peut-on imaginer un bac artistique dans une société où une femme parfumée est une provocation pour les hommes ? Une fitna. Où une jambe nue, un pantalon serré, une paire de chaussures à talons pointus peuvent déclencher une guerre des pseudo-religieux ! Allah yastar !   
Sur le plan de la vie quotidienne, comment peut-on imaginer une telle belle idée, de la création du bac artistique, dans une société où la ségrégation sexuelle est rampante : ici on crée un phénomène des taxis roses spécialement destinés aux femmes. Là-bas on lance un projet de salon de thé pour femmes. Et au suivant ! Des voix qui, de plus en plus, condamnent la mixité. Que la mixité est la cause de tous les maux qui ont frappé le pays depuis l’avènement de l’occupation en 1830 jusqu’au jour d’aujourd’hui ! L’idée du bac artistique est géniale et j’y adhère.  Il n’y a pas de “bac d’art” sans “l’art de vie”. L’Algérien ne vit pas, il défile le temps de sa vie, jour après jour, saison après saison. Il tue le temps en gueulant sur “la vie” qui lui fait faux bond toute sa vie ! Et l’art, c’est le message musical, corporel ou linguistique qui souffle un sens d’amour à la vie de l’individu et du collectif. Donner le sens à la vie par l’amour, par le plaisir, par la diversité et par l’autrui.  L’art, c’est la géographie humaine où on cultive le “vivre-ensemble”, le “savoir-vivre” et l’“art de vivre”.  
On ne peut tolérer un bac artistique dans une société où tout ce qui appartient à d’autres cultures est considéré comme un danger qui menace les valeurs locales, la langue et la religion.
Peut-on imaginer un bac artistique dans un pays où les meilleurs de ses chanteurs, de ses musiciens, de ses cinéastes, de ses écrivains sont bannis, marginalisés ou exilés ? La place réservée aux artistes est le miroir d’un tel projet : le bac artistique.  Peut-on imaginer un bac artistique dans un pays où l’image de l’art comme celle de l’artiste ne sont qu’instrument de propagande politique et idéologique ?
Peut-on imaginer un bac artistique dans une société où le champ médiatique est fermé, hybride ou confus ? Le bac artistique est l’image parfaite de la liberté d’expression linguistique, corporelle, aquarelle et politique.
Et l’idée du bac artistique est géniale, et j’y adhère, et je reste optimiste et critique. 

A. Z.
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