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chronique / ACTUALITÉS

Dachra, minorité et ghetto


Comment et pourquoi dans le monde arabe et en Afrique du Nord, les minorités se transforment-elles en ghettos linguistiques, culturels ou religieux ?

Un regard approfondi sur les systèmes politiques qui, depuis les indépendances nationales, prennent en otage les peuples du Machrek et ceux d’Afrique du Nord, nous explique comment les minorités positives qui sont le capital du génie historique d’une société sont forcées à se transformer en ghettos culturels, linguistiques ou religieux.

Qu’importe le poids de la minorité, elle représente une composante dans le génie d’un peuple. L’importance d’une minorité ne se mesure pas par le nombre de sa population, mais par sa dimension civilisationnelle qu’elle offre à son entourage géopolitique.

Il faut le rappeler : les pouvoirs politiques dans les pays arabes ou maghrébins maintiennent leur survie politique par la violence, la répression et par la peur exercée sur la société et d’une façon méthodique. Basés sur l’idéologie néo-fasciste du panarabisme, les systèmes politiques arabes, arabistes et arabisés ont mené depuis les années cinquante des guerres contre toutes les autres communautés ou minorités qui vivent et appartiennent à cette terre depuis la nuit des temps. 

Le panarabisme, depuis sa naissance politique après la chute du califat ottoman, avait l’œil qui ne dort jamais sur les minorités. Sous prétexte d’une menace à l’unicité fantoche, le panarabisme n’a pas cessé d’écraser, et dans l’œuf, toute tentative de faire revivre dans cette région du monde d’autres cultures que la culture arabe, d’autres langues que la langue arabe, d’autres religions que l’islam.

L’idéologie panarabisme, par peur du différent, a couru à la généralisation de la peur entre toutes les composantes de la société. Afin de régner, elle a imposé la haine comme seule culture commune entre les citoyens.
Puis, au nom du socialisme nationaliste ou socialisme islamique, d’autres systèmes politiques totalitaristes au Moyen Orient et en Afrique du Nord ont accédé au pouvoir sur le dos des chars, ou par des putschs militaires après avoir chassé la colonisation classique. 

Et le premier sale boulot qui a été réalisé : la répression des minorités ethniques, culturelles, linguistiques et religieuses. Et l’argument est semblable à celui déjà affiché par l’idéologie néo-fasciste panarabiste : unicité du territoire et l’égalité sociale entre les citoyens. Le but de l’idéologie égalitariste nationaliste socialiste est d’imposer une seule langue, une seule culture, une seule pensée, une seule religion. Cette situation a poussé les minorités à se replier sur elles-mêmes. À lancer une résistance plurielle politico-culturelle de l’intérieur de ce ghetto. 

Puis, l’avènement de l’islam politique. Un islam dicté et commandé par le parti des Frères musulmans et dont l’idéologie n’est que la violence, la haine d’autrui et l’intégrisme. Sous de multiples appellations, l’islam politique s’est armé de plusieurs organisations politiques et associations locales ou nationales à caractère caritatif, sportif, cultuel ou culturel. Dans sa stratégie destructive, l’islam politique s’est installé dans l’école, comme première priorité, afin de créer une situation d’aliénation générationnelle dans la société ; couper la nouvelle génération de celle des parents. 

Du système scolaire, cette force de l’obscurité a commencé sa guerre contre toute diversité. Elle a créé des écoles coraniques parallèles ayant pour mission l’embrigadement islamiste et la standardisation idéologique des générations montantes. Et afin de diaboliser toutes les langues locales ou étrangères vivant sur le sol, elle a islamisé la langue arabe en faisant d’elle un sixième pilier de l’islam. Langue du Paradis. Langue de Dieu. Cette stratégie idéologique a été couronnée par la violence et les guerres civiles qui ont vidé le pays d’une grande partie de ses richesses intellectuelles et ses mémoires ancestrales.

L’idéologie néo-fasciste du panarabisme, le système socialiste nationaliste totalitariste et l’islamisme violent avaient un seul but : comment réduire les minorités ethniques, culturelles, linguistiques et religieuses, avec tout ce qu’elles recèlent de valeurs humaines et richesses historiques en un ghetto renfermé sur lui-même. Et malgré tout ce que ces minorités ont subi de violences, de guerres, de prisons, de répressions, de censures... elles ont créé leur forme de résistance face à ces idéologies néfastes en métamorphosant cet état de ghetto imposé en une situation de reconstruction féconde et de régénération perpétuelle.

En écoutant la déclaration publique d’un ex-candidat islamiste aux dernières élections présidentielles en Algérie, qualifiant la résistance populaire comme “une résistance de dachra”, faisant allusion à la Kabylie, cela explique que l’ennemi numéro un de cette idéologie c’est la diversité politique, la pluralité linguistique et le vivre ensemble.

 


A. Z.
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