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chronique / ACTUALITÉS

Femmes algériennes sans visages !

Ceci m’horripile. Une chose bizarre et choquante m’a secoué.  Sur des affiches électorales anarchiquement placardées sur les murs, sur les ponts, dans les tunnels et sur les vitres des véhicules, des affiches en couleurs et de mauvais goût, conçues à l’occasion des élections municipales et wilayales, les photos des candidates femmes algériennes, oui algériennes, sont sans visages. Des femmes sans visages. Elles sont nos sœurs, nos voisines, nos cousines. Elles sont des cadres, des universitaires, des médecins, des enseignantes.  Ces femmes sont réduites, tout simplement, en fantômes. Les visages remplacés par  des taches noires, sur un papier en couleurs. Sont remplacés par des roses. Par des points d’interrogation. Sont remplacés par un rien. Le visage de la femme est un néant. Un rien sur rien!

Je suis choqué ! Blessé ! Et c’est inadmissible !
Et je demande pardon  à nos belles étoiles.
Pardonnez-nous, la moujahida Djamila Bouhired.
Pardonnez-nous, la moudjahida Djamila Boubacha.
Pardonnez-nous, la moudjahida Louisa Ighilahriz.  
Pardonnez-nous, la moudjahida Djamila Bouazza.
Pardonnez-nous notre lâcheté, notre bêtise, chères et vénérables les chahidates Malika Gaïd, Maliha Hammidou, Hassiba Benbouali, Lalla Zoulikha Oudai, Meriem Bouattoura…
Quand, après un demi-siècle d’indépendance, un peu plus, les arrière-filles des chahidate et des moudjahidate n’osent pas mettre leur photo sur des affiches conçues pour les élections municipales ou wilayales, confectionnées par des partis issus d’une Algérie libre et indépendante, des partis laïcs, socialistes, démocratiques ou islamistes, ceci dit : nous sommes dans un temps des monstres !
Honte à la femme. Doublement honte à l’homme !
Je suis triste.
C’est  une humiliation envers  les chahidate et les moudjahidate, ces dernières, toutes et sans exception aucune, n’ont jamais eu honte de leur visage, honte de leur corps. Ces braves héroïnes, toutes et sans exception aucune, n’ont jamais  porté ni hijab, ni burqa, ni niqab. Et elles n’ont jamais caché leur visage, parce qu’elles étaient propres comme la lumière.
Et pourtant ces grandes dames civilisées de la révolution, engagées, éduquées, bnat familia, avec leur visage découvert, n’ont jamais senti que leur honneur est menacé. Et pourtant, ces belles femmes courageuses, responsables et conscientes vivaient dans une Algérie colonisée, martyrisée, torturée. Vivaient dans une société d’injustice et de violence raciale et civilisationnelle.
Elles n’ont jamais senti qu’elles étaient une honte pour leurs frères de combat, les moudjahidine, et ces derniers, de leur côté, n’ont jamais senti que leur honneur est bafoué. Et ces hommes moudjahidine n’étaient pas des douctours, n’étaient pas des universitaires. Ils étaient Algériens. Ils étaient des Hommes.
Un visage féminin remplacé par une tache noire, par un point d’interrogation, par une rose, par une tête d’oignon, est une honte pour nos mères. Une honte pour nos filles. Est une honte pour l’Algérie qui se veut moderne.  
Les braves et belles femmes qui ont mené, avec force et conviction, la révolution de 54 jusqu’à l’indépendance, n’avaient peur ni des moudjahidine ni des soldats de l’armée coloniale.
Aujourd’hui, nous sommes dans un pays libre, indépendant, la colonisation traditionnelle relève du  passé, mais les femmes de cette Algérie indépendante ont peur des hommes de cette Algérie indépendante !
La femme, dont le visage est remplacé par un fantôme, un point d’interrogation, une rose ou un chou-fleur, a peur de son frère sanguin, de son frère de la nation indépendante. Elle a peur de son mari, père de ses enfants. Elle a peur de l’Imam. Elle a peur de l’épicier qui fait les cinq prières quotidiennes. Elle a peur du taxieur qui la guette dans le rétroviseur.
Pourquoi est-ce que les hommes d’hier, les frères et compagnons de Ben M’hidi, de Abbane Ramdane, de Amirouche, de Mostapha Ben Boulaïd, de Ben-Bella, de Boumediene, de Aït Ahmed, de Boudiaf…  étaient des anges et ceux d’aujourd’hui sont des monstres ?
Après plus d’un demi-siècle d’indépendance, la femme algérienne, la belle, l’honnête, la libre, la responsable, la courageuse … cache son visage. Dissimule son visage en dessous d’un fantôme, d’une rose, d’une tache noire, d’une tête de chou-fleur… et c’est triste.
Pardonnez-nous les Djamila, les Malika, les Maliha, les Hassiba, les Zahra, et les autres, on vous a trahies. Pardonnez-nous les Ben M’hidi, les Abane Ramdane, les Amirouche, les Mostapha Benboulaïd, les Ben-Bella, les  Boumediene, les Aït Ahmed, les Boudiaf… nous avons trahi votre combat. Nous avons trahi votre honnêteté. Nous avons trahi votre Algérie rêvée. Nous avons trahi votre islam.


A. Z.
aminzaoui@yahoo.fr


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